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Changer l’école selon les CEMÉA

Changer l’école selon les CEMÉA

SOMMAIRE DU DOSSIER

Le groupe École des CEMÉA propose des pistes concrètes pour changer les pratiques à l’école. Elles sont extraites du recueil intitulé «Et si l’école…». Les propositions ci-dessous concernent les thématiques développées dans l’article précédent de ce même dossier.

Infrastructures et vie en communauté

Pour la classe:

– Organiser un décloisonnement de la classe d’âge, en commençant par la classe d’à côté, puis avec deux, ensuite par cycle… À divers moments de la semaine, faire se rencontrer et travailler des élèves d’âges différents pour qu’elles·ils tissent des liens. Ensuite, augmenter peu à peu la durée de ces temps pour supprimer cette séparation d’âges. Faire vivre de nouvelles relations et permettre la création de nouveaux groupes;

– stimuler la rencontre entre les enfants, adolescent·e·s pour qu’ils·elles se découvrent et apprennent à se connaître. Cela peut avoir lieu pendant le moment privilégié de l’accueil du matin, dans le «Quoi de neuf», autour de projets, d’envies communes, de présentation de son ou ses talents, de travail coopératif… Si chacun·e peut être reconnu·e dans ce qu’il·elle aime ou pas, dans ce qu’il·elle sait ou pas faire par les autres, alors chaque enfant peut avoir une place dans le groupe qui peut fonctionner en tant que collectif.

Pour l’équipe:

– Créer des occasions pour que les élèves travaillent avec d’autres élèves de classes ou niveaux différents encadré·e·s par les mêmes adultes;

– organiser, au sein des grosses structures, des petites structures en créant des groupes encadrés par une équipe pédagogique attachée à ce groupe.

Pour le système scolaire: 

– Réfléchir la construction d’école sans vouloir obligatoirement un niveau par classe et, donc, à minima 9 classes: 3 maternelles et 6 primaires;

– arrêter d’ajouter des pavillons et autres préfabriqués dans des cours d’école déjà surchargées et privilégier la (ré)ouverture d’écoles.

Enseignant·e·s: modifier les pratiques

Pour la classe:

– Donner sa confiance à chacun·e en mettant en place un espace où les élèves peuvent faire de vrais choix: matériels et affiches à leur hauteur et pas uniquement visibles de l’enseignant·e; donner accès à des fichiers auto-correctifs que les élèves pourront utiliser après avoir choisi quelles tâches elles-ils allaient entreprendre; permettre à chaque élève de communiquer, se déplacer librement (aller aux toilettes, changer de place…), conseiller ou expliquer aux autres et en définitive se construire sans devoir toujours passer par la case «prof»;

– accompagner individuellement les élèves dans la classe petit à petit, dès le début de l’année. Cela permet de prendre soin de la relation en étant indisponible pour les autres, afin d’avoir un contact qualitatif avec chaucun·e. Ces temps partagés juste à deux, adulte-élève, participent à construire une sécurité affective nécessaire à tout apprentissage;

– expliciter autant que possible les choses jusqu’à ce que cela ne soit plus nécessaire. Travailler donc à être de moins en moins essentiel à l’élève, pour la·le laisser devenir autonome. En effet, l’autonomie ne se décrète pas, elle se construit;

– relativiser certaines attitudes des élèves, car elles·ils n’ont pas les mêmes codes que les adultes ou que l’école. Toutefois, certaines attitudes inacceptables (attaques personnelles ou moqueries) ne doivent pas être passées sous silence sous prétexte qu’en classe, on est là soi-disant pour apprendre des savoirs. Un·e enseignant-e doit accepter et exercer son rôle éducatif en renvoyant, par exemple, aux élèves son mécontentement et en leur rap – pelant le cadre de bienveillance;

– vivre et faire vivre au quotidien les valeurs du projet pédagogique de l’école avec l’ensemble des membres de l’équipe éducative, afin de créer un climat cohérent pour l’équipe et pour les élèves. A contrario, ces considérations sonneront bien creux pour les enfants. Autant l’admettre! L’enseignant·e, comme tout être humain, tâtonne, cherche et fait aussi des erreurs relationnelles et/ou pédagogiques.

Pour l’équipe:

– Réfléchir en équipe éducative et poser un cadre clair (règles courtes permettant le vivre ensemble et un climat serein) tant dans les classes qu’au sein de l’école. Pour aider à l’épanouissement des jeunes, il est essentiel de leur donner également une place concrète pour s’exprimer et faire des propositions (au niveau des classes et de l’école). Dès lors, une réponse rapide doit pouvoir leur être renvoyée en se référant au cadre. Ceci permet aux institutions scolaires de faire société, de faire vivre la démocratie quotidiennement;

– tenir compte des besoins des élèves en assurant une continuité pédagogique (principes et règles communes à l’école) d’année en année. C’est à l’adulte d’être à leur écoute et de tenir compte d’où elles·ils viennent;

– évaluer en distinguant la personne, l’être humain, de son investissement dans le travail demandé. Pour que l’erreur ne soit plus synonyme d’échec, il faut tenir compte de l’évolution (positive ou négative) de l’élève, car l’évaluation est une affaire de chaque instant. De plus, pour le développement de l’élève et de son autonomie, il est intéressant de lui laisser la possibilité de s’améliorer de manière continue, en faisant et refaisant des évaluations tout en se fixant des objectifs à court et moyen terme. Il peut alors choisir son propre chemin d’apprentissage.

Pour le système scolaire:

– Développer lors de la formation initiale des jeunes enseignant·e·s que l’incertitude est une richesse pour l’enseignement et n’est en aucun cas l’opposé de la maîtrise de la matière. Ce lâcher-prise permet de laisser entrer la vie, cet imprévu, dans les écoles et donc dans les classes. Il est important que le système n’entretienne pas l’illusion de toute puissance des adultes en confondant maîtrise de la matière et maîtrise du dispositif pédagogique, maîtrise du savoir et maîtrise du pouvoir;

– garder à l’esprit que si les élèves sont au travail avec peu ou pas de consignes ou qu’elles-ils expliquent aux autres, ce n’est pas parce que l’enseignant·e ne fait rien. La société, les inspecteurs et inspectrices, la direction ou les parents font fausse route dans pareil cas. Ce qui s’opère est en réalité dû à un travail en amont important de l’enseignant·e, qui a pu donner du sens au savoir et qui permet aux élèves d’agir dessus;

– arrêter de croire au redoublement comme outil pédagogique: il ne résout rien! De nombreuses études montrent que ça ne donne pas de résultat chez l’élève et que ça entretient la grande machine de la reproduction sociale. Il serait bénéfique de réformer le système scolaire en profondeur pour lui permettre d’accompagner chaque élève dans son parcours, quel que soit le chemin qu’il souhaite emprunter. Il est également essentiel de former les professionnel·le·s à sortir des pratiques d’évaluation traditionnelles pour oser en créer de nouvelles qui seraient de véritables outils pour eux-elles dans leur mission éducative et pour les jeunes.

Réflexions autour des devoirs

Pour la classe:

– Respecter la loi[1] ! Pour une fois que celle-ci promeut un certain respect du rythme et des besoins de l’enfant, il faut l’appliquer et s’en saisir pour pouvoir faire face aux pressions extérieures (parents, direction, collègues…) et arrêter de donner des devoirs;

– ne jamais attribuer une note pour un devoir réalisé à domicile, quel qu’il soit! Cela renforce inévitablement les inégalités entre les élèves;

– oser proposer du travail à domicile individualisé. Chaque élève a un rythme, des besoins, des envies, des capacités différentes. Si les devoirs correspondent à la réalité du moment et du cheminement de chacun·e et que cela est expliqué, alors il fait sens pour l’élève et il peut être abordé autrement que comme une sanction ou une épreuve. Cependant, il faut se méfier de ne pas enfermer l’élève dans un type de devoir particulier au risque de le dégoûter, le décourager et de lui renvoyer un sentiment d’incompétence. De même, il faut éviter de transformer les tâches inachevées de la journée ou de la semaine en travaux à domicile. Un élève plus «lent» ne doit pas être pénalisé à la maison;

– laisser la possibilité aux élèves de tout âge de présenter devant la classe ce qu’elles·ils ont fait, créé, vécu, lu à la maison. Chacun·e peut ainsi tisser des liens entre les différents moments de sa vie et dévoiler aux autres (adultes et enfants, adolescent·e·s) une facette de sa personnalité. Ainsi, le groupe-classe se construit et s’enrichit de possibilités;

– proposer des choix aux enfants et adolescent·e·s dans leurs activités en classe, plutôt que de leur imposer des devoirs. Un enfant ayant le pouvoir de choisir ce qu’il entreprend pendant la journée peut avoir envie de reprendre ce travail à la maison pour le continuer librement. De ce fait, l’injonction du «devoir» est remplacée et donne place à l’envie, à la création, au plaisir… Et laisser la possibilité aux élèves de présenter devant la classe ce qu’ils·elles ont fait, crée, vécu, lu à la maison.

Pour l’équipe:

– Prévoir et garantir des moments dans les horaires des élèves pour qu’elle·ils n’aient pas de devoirs à ramener chez elles·eux. Cela nécessite de mettre à leur disposition: des adultes pour les accompagner, des ressources variées, ainsi que des espaces de travail calmes et agréables;

– être cohérent en équipe et réfléchir ensemble au type de devoirs attendus et à la manière dont on les propose. Cela permet ainsi une évolution dans ce qui est demandé aux élèves et dans l’accompagnement apporté, favorisant donc chez ces derniers·dernières de l’autonomie et du sentiment de compétence.

Pour le système scolaire:

– S’assurer que la loi qui régit les devoirs à la maison soit bien respectée dans toutes les écoles;

– défendre le rôle social de l’école. Elle doit être avant tout un moyen pour chacun·e, mais aussi pour les groupes, de se réaliser! Le système scolaire doit accompagner les enfants, les adolescent·e·s et leurs parents tout au long du parcours, dans une vision de partenariat. Par exemple, en repensant le temps scolaire et en organisant autrement le travail individuel, en mettant à la disposition des jeunes des locaux, des ressources matérielles et humaines, sans oublier des possibilités de pratiquer des activités de loisirs. Le tout gratuitement dans l’ensemble des établissements! Cela ralentirait la machinerie de la reproduction sociale en offrant à chaque élève, à l’école, les mêmes moyens d’apprendre et de se construire.

– changer de paradigme sur les évaluations: ce n’est pas en donnant des devoirs quotidiens que les enseignant·e·s peuvent mieux évaluer de manière continue leurs élèves. En réalité, dans la plupart des cas, ce qui sera alors évalué, c’est la compétence (ou les capacités financières) d’accompagnement des parents, tandis que sera niée la progression éventuelle de l’enfant. Il serait intéressant de confirmer la confiance du système scolaire en leurs professionnel·le·s. Ceux·celles-ci ont suffisamment de moyens autres que les bulletins, les devoirs et les interrogations notées, pour évaluer la progression des élèves. L’institution scolaire doit pouvoir encourager les enseignant·e·s à se faire confiance et doit réaffirmer la légitimité des professionnel·le·s face aux parents, à la société, en prenant ses responsabilités d’instruction ET d’éducation.

 


Le Groupe École des CEMÉA

Le groupe École, constitué de militant·e·s et de permanent·e·s, se donne comme objectif de réfléchir les évolutions nécessaires à l’institution scolaire, sous différents angles. Depuis mars 2016, les chroniques «Et si l’école…» sont diffusées tous les mois. L’envie est de déconstruire les «formules toutes faites autour de la vie scolaire» à travers le filtre de l’Éducation nouvelle, de réfléchir le quotidien et les fausses évidences pour transformer sa pratique, sa classe, son école.


Sommaire du dossier: Quelle école après la crise?


[1] Circulaire n°108 qui organise le travail à domicile pour l’école fondamentale rédigée en 2002: pas de devoirs en maternelle; devoirs interdits en P1-P2; max 20 min en P3-P4 et 30 min en p5-p6. Les devoirs ne sont autorisés que si l’enfant est en capacité de les réaliser seul et doivent être pensés comme prolongement d’apprentissages déjà réalisés en classe.