La question du masque divise dans le secondaire

Mercredi 7 octobre 2020

Selon une grande enquête sur le coronavirus réalisée par des chercheur·se·s de l’université d’Anvers auprès de 23.000 Belges, près d’un tiers des élèves et parents sont contre l’obligation de porter un masque buccal en classe. Un peu plus de la moitié des enseignant·e·s y sont favorables.

Après six mois sans école pour 80% des élèves du secondaire, cette rentrée était particulièrement attendue tant par les jeunes que par les équipes pédagogiques. Malgré un coronavirus encore actif, les classes ne devraient en principe pas fermer, ni en primaire ni en secondaire, sauf si 2 cas positifs au Covid-19 étaient détectés dans une même classe et ce, uniquement après consultation et évaluation de l’AVIQ ou de la COCOM[1]. Si jusqu’ici cette rentrée s’est déroulée sans souci majeur, elle n’en reste pas moins exceptionnelle aux niveaux sanitaire et pédagogique. Du côté des mesures sanitaires, il faut souligner que ce qui est appliqué dans l’enseignement secondaire est assez contraignant. Le port du masque est obligatoire pour tous les élèves et les enseignant·e·s «chaque fois que la distance sociale de 1,5 mètre ne peut pas être respectée», ce qui s’avère souvent le cas. Si des moments de pause dans le port du masque sont recommandés, sur le terrain, cela n’est pas forcément possible.

Peu de répit

Pascale De Meue est préfète à l’Athénée Adolphe Max, une école située dans le centre de Bruxelles. Elle constate pour ses élèves qui portent déjà le masque dans les rues de Bruxelles et dans les transports publics, que porter le masque toute la journée à l’école s’avère vraiment pénible. «Outre le fait que cela pose de gros soucis au niveau de la compréhension entre élèves et professeurs et que le masque assèche la bouche, il nous est très difficile de trouver des moments de répit. On a essayé de modifier les heures de récréation et de revoir les horaires mais c’est mission impossible. On tente plutôt d’aménager des coins, pour que quelques uns puissent retirer leurs masques quelques instants, à tour de rôle. Toutes les 50 minutes, on aère et on permet d’enlever un peu le masque à la fenêtre, en gardant les distances». À l’Athénée Leon Lepage à Bruxelles, on s’organise aussi comme on peut, en faisant preuve de bon sens, comme l’explique Michèle Braipson, préfète des études. «Depuis le début de la crise, on s’adapte. Les élèves font preuve de bonne volonté mais on ne peut pas pousser les murs... Ce contexte n’est clairement pas idéal pour les apprentissages et la remédiation, mais on fait pour un mieux. Chaque professeur sent l’ambiance dans sa classe et gère au mieux. En général, l’enseignant propose à un élève sur deux de retirer son masque près de la fenêtre, le temps d’une pause, puis on inverse. Il y a des tensions et ça va être compliqué de tenir sur la longueur». Joëlle Lacroix coordonne la mobilisation des parents et des associations de parents d’élèves pour l’enseignement officiel à la FAPEO[2]. «Les parents nous rapportent que dans de nombreuses écoles, les moments de pause sans porter le masque sont inexistants, même dans la cour. Certains jeunes semblent vivre plus mal que d’autres ce port du masque, notamment parce que des professeurs ont fait poser un plexiglas devant leur bureau. Du côté de élèves, il faut bien se rendre compte que c’est perçu comme une injustice et que ça déséquilibre le rapport de force face à leurs enseignants». Selon Gauthier Desuter, laryngologue interviewé sur les ondes de la RTBF le 10 septembre: «Il faut que l’enseignant, qui a un rôle d’exemplarité, reste dans une posture de respect des règles. C’est important que le cadre réglementaire soit bien fixé et qu’il puisse soustraire, quand nécessaire, l’enseignant du port du masque[3]».

Durabilité des mesures

Le port du masque était officiellement la condition sine qua non d’une rentrée en toute sécurité. Mais quelques jours seulement après la rentrée, des voix s’élèvent du côté des enseignant·e·s et de leurs syndicats. En Flandre, septante médecins demandent au ministre de l’Enseignement Ben Weyts d’abolir le port du masque obligatoire dans les écoles, tant pour le corps enseignant que pour les élèves, au nom du «bien-être général des enfants et des jeunes», préférant opter pour un système qui protègerait uniquement le groupe à risque. Du côté de la FAPEO, on se questionne également sur la durabilité des mesures sanitaires. «Nous avons une hypothèse, c’est que les parents vont vouloir aider leurs enfants et les soulager. Ceux qui le peuvent, les emmèneront chez le pédiatre pour obtenir une autorisation de ne pas porter le masque mais plutôt une visière faciale. Et une fois qu’un parent l’aura fait, les autres vont suivre. Pour le moment, cela ne se vérifie pas mais on a tout de même sollicité les représentants de la Task force pour leur parler de cette problématique. Par ailleurs, il nous semble essentiel et urgent de s’intéresser de manière globale à la santé physique et mentale des enfants et de répondre dans la durée et pas juste dans la gestion du covid». Pierre Smeesters, chef du service pédiatrie à l’Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola à Bruxelles, affirme au micro de la RTBF que le risque de transmission reste plus important avec les adultes qu’avec les adolescent·e·s et les enfants. Par ailleurs, il amène d’autres pistes de solutions: «les données récentes montrent que les 20-35 ans sont maintenant ceux qui ont régulièrement le virus dans le nez. Immuniser complètement les professeurs du masque n’est pas l’unique voie, peut-être pour certains [...] mais il faudrait trouver un entre-deux: faire des pauses, placer les enseignants qui ont des difficultés dans les locaux les plus aérés, etc.[4]». À suivre...

Maud Baccichet, secteur communication


SOMMAIRE DU DOSSIER: L’obligation scolaire à l’épreuve du coronavirus

 


Conséquences du passage au code orange en secondaire

Si le nombre de contaminations quotidiennes au coronavirus devait continuer à augmenter, le code couleurs pourrait passer du jaune à l’orange. Pour les 1res et 2e années, l’enseignement 5 jours sur 5 se poursuivrait. En revanche, à partir de la 3e année, les classes seraient scindées en deux groupes pour permettre aux élèves de bénéficier d’un enseignement hybride: à mi-temps en présentiel et à mi-temps à distance. Ceci ne s’appliquerait toutefois pas aux élèves de l’enseignement spécialisé de type 1 et 2, qui continueraient à se rendre à l’école à temps plein.


Trois revendications de la CGSP pour l’enseignement:

  • Dans l’idéal, les écoles devraient fournir des masques aux enseignant·e·s et aux enfants, dans le cas contraire, il faut qu’il y ait au moins un stock de masques pour les élèves ou profs qui ont oublié le leur;
  • pouvoir appliquer les règles d’hygiène, comme le lavage de mains par exemple; ce qui n’est pas encore le cas partout, car il n’y a pas assez d’éviers, de toilettes, de points d’eau;
  • pouvoir aérer les locaux, ce qui n’est pas toujours possible aujourd’hui, puisque dans certaines écoles, les fenêtres ne s’ouvrent pas ou sont en mauvais état.

  [1] Commission Communautaire Commune. [2] Fédération des Associations de Parents d’élèves de l’Enseignement Officiel. [3] «Port du masque à l’école: faut-il assouplir les règles?», émission CQFD de la RTBF. 10/09/20. [4]Idem.

oct 2020

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