«Ose le vert, recrée ta cour» / Oser la biodiversité, se relier à la nature et la convivialité dans les écoles!

Lundi 12 décembre 2022

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Eline Botte
Antoine Groslambert

Nous le constatons aujourd’hui plus que jamais, le contact avec la nature est essentiel. Cela n’est pas seulement bon pour notre santé physique et mentale[1], c’est aussi bon pour le développement de l’enfant[2]: découvertes, expériences, imagination, créativité, motricité, développement social… Être en contact avec la nature, c’est aussi apprendre à la connaître, à l’apprécier et à la respecter, ce qui est un enjeu crucial au vu du déclin actuel de la biodiversité[3]. Mais il n’est pas toujours facile d’avoir accès à la nature…

Dans ce contexte, l’école se révèle être un lieu propice pour accueillir la biodiversité.

Pourquoi la nature à l’école?

Tout d’abord car les enfants y passent une grande majorité de leur temps. Si on compte les récréations du matin et de l’après-midi, le temps de midi et les garderies du matin et du soir, un enfant peut potentiellement passer plus de 8h dans la cour de récréation sur une semaine. Vu les nombreux bienfaits que peut apporter la présence de nature, il semble logique de chercher à la faire entrer à l’école.

En outre, au vu du contexte actuel, il est primordial de protéger la biodiversité locale et de reconnecter les enfants à la nature car «on aime ce qui nous a émerveillé, et on protège ce que l’on aime» (citation de Jacques-Yves Cousteau).

En plus d’offrir un environnement convivial, la nature propose un fabuleux terrain d’expérimentations et de support aux apprentissages. La nature a donc toute sa place à l’école!

C’est pourquoi la campagne «Ose le vert, recrée ta cour», portée par GoodPlanet Belgium en partenariat avec Natagora et financée par la Wallonie, accompagne depuis 2016 plus de 400 écoles fondamentales wallonnes pour les aider à aménager leurs espaces extérieurs en faveur de plus de biodiversité, de contact avec la nature (en temps libre et d’apprentissage) et de convivialité.

La nature à l’école: oui, mais comment?

Rurale ou urbaine, petite ou grande, maternelle et/ou primaire, 100% minéralisée ou en présence d’un petit espace vert, déjà en projet nature/école du dehors ou pas… Les réalités des écoles sont si diverses qu’il n’y pas de recettes toutes faites pour «oser le vert» mais c’est possible partout, en déminéralisant, en aménageant l’espace vert de l’école ou un terrain mis à disposition proche de l’école.

En se lançant dans un projet de végétalisation à l’école, de nombreuses questions techniques, méthodologiques et pédagogiques apparaissent: recherche de plantes et fournisseurs, questions de sécurité, organisation du calendrier scolaire avec celui de la nature, dynamique d’équipe, adaptation aux rythmes et imprévus, exploitation pédagogique… Afin de soutenir les écoles dans leurs questionnements, de les inspirer, de les conseiller et de les aider à réaliser leur projet, «Ose le vert, recrée ta cour» leur propose un accompagnement personnalisé par des coachs de GoodPlanet Belgium ou de Natagora, ainsi qu’une bourse pour réaliser des espaces scolaires extérieurs «nature».

A côté de cet accompagnement, la campagne «Ose le vert» souhaite encourager toutes les écoles qui rêvent d’oser la nature, à se lancer. Pour cela, le site web www.oselevert.be a été créé et est régulièrement alimenté. Vous y retrouverez notamment une boîte à outils, remplie de conseils techniques pour réaliser des aménagements, d’outils pédagogiques pour exploiter la nature dans le programme scolaire et une foule d’autres informations utiles. Ce site recense également des conseils et témoignages d’écoles s’étant lancées dans l’aventure. Des vidéos y sont également visibles donnant des premières pistes pour démarrer. De quoi vous inspirer, ainsi que de nombreuses autres écoles…!

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Accueillir la biodiversité

Un des objectifs d’«Ose le vert, recrée ta cour» est de favoriser la présence d’espèces indigènes pour augmenter la biodiversité locale.

Pour les écoles disposant d’un espace vert, la manière la plus simple de favoriser la présence d’espèces indigènes est simplement de leur laisser de la place, c’est-à-dire laisser un espace pour la nature spontanée. Cela peut se faire en laissant une partie de la pelouse non tondue, par exemple. Vous verrez apparaître de nombreuses espèces végétales qui attireront une foule d’autres espèces animales.

En plus de laisser un espace de nature sauvage, les actions concrètes qui peuvent être faites à l’école pour accueillir la biodiversité sont de planter des haies diversifiées, creuser une mare, semer une prairie fleurie et y ajouter un hôtel à insectes, planter des arbres fruitiers, laisser un tas de bois qui sert de refuge pour les animaux, installer des nichoirs et abris… Un conseil important: pensez toujours à offrir le gîte (tas de bois, abris, nichoirs…) et le couvert (fleurs à polliniser, fruits et graines sur les arbustes…).

Cela demande évidemment de changer de regard sur la nature. Depuis des siècles, l’homme tente de domestiquer, de contrôler, d’ordonner la nature. Pourtant derrière cette apparence désordonnée se cachent des liens indispensables entre les êtres vivants (du bois mort qui fournit des abris, des herbes hautes où se reproduire, des graines pour se nourrir…). à force d’intervenir, nous avons perturbé ces liens et donc l’équilibre existant. La destruction des écosystèmes est une des principales causes du déclin actuel de la biodiversité[4].

Pour les écoles entièrement minéralisées, il s’agira dans un premier temps de déminéraliser pour ensuite pouvoir accueillir la nature.

Se relier à la nature

Être une école «nature admise» permet de répondre aux besoins de contact des enfants avec la nature et ce, en temps libre et en temps d’apprentissage. C’est le deuxième objectif de la campagne.

A l’aide d’aménagements spécifiques (mare naturelle, pré fleuri, spirale aromatique…), «Ose le vert» invite les enfants à observer, manipuler et nourrir de la curiosité envers la nature.

Par ailleurs, la campagne attire également l’attention sur les nombreuses possibilités pédagogiques que le contact avec la nature permet. Différentes dimensions sont ainsi sollicitées: l’éducation «à» la nature (éveil scientifique, étude du milieu), l’éducation «dans» la nature (cadre de vie et lieu d’apprentissage) et l’éducation «par» la nature (éléments naturels comme supports d’apprentissage). Cet objectif est entre autres rendu possible en développant des outils didactiques ou en aménageant des espaces d’apprentissages en extérieur (agora, classe du dehors…).

Une des écoles ayant précédemment participé nous raconte: «En permettant aux enfants de jouer et d’entretenir ces espaces avec du petit outillage, nous constatons qu’ils offrent un environnement qui encourage l’imagination, l’observation, la convivialité et l’expression de soi, tout en valorisant l’autonomie, l’initiative mais aussi la coopération et le respect du travail d’autrui.»

Vers plus de convivialité

La convivialité, le bien-être et le vivre-ensemble sont des enjeux cruciaux qui sont souvent complexes à appréhender à l’école. Le troisième objectif d’«Ose le vert» est donc de favoriser ceux-ci, grâce à la nature.

Dans un premier temps, il est primordial d’identifier les besoins. Ils sont nombreux et parfois contradictoires (besoin de calme / besoin de se défouler). Une école raconte: «Les enfants adorent être en hauteur. Il faut intégrer ce besoin de jeux dans tous les projets (buttes, tronc au sol, parcours de rondins, ...)». L’enjeu est donc de penser l’espace en amont afin que chacune et chacun s’y retrouve, et cela de façon concertée avec les principaux utilisateurs et bénéficiaires de ces espaces (enfants, équipe éducative, équipe d’entretien…).

Des espaces collectifs peuvent être imaginés car en plus d’être esthétiques, ils favorisent les interactions entre les enfants. Ces «cocons naturels» sont également une belle opportunité pour les enseignant·es de pratiquer l’école du dehors.

Astuces et conseils: comment mettre toutes les chances de son côté?

Un projet de végétalisation à l’école n’est toutefois pas simple. Il faut, en effet, changer de regard sur la nature, fédérer l’école autour du projet, s’organiser en équipe, réaliser les aménagements et surtout les exploiter et les entretenir. Les 4 éditions de la campagne ont permis d’identifier différents leviers pour réussir ce projet ambitieux, en voici quelques-uns:

  • Les aménagements doivent être adaptés aux besoins de l’école et des enfants afin qu’ils soient utiles et donc exploités pédagogiquement. Cette exploitation est une des clés d’un projet réussi et pérenne.
  • Il est essentiel que l’ensemble des acteurs (internes et externes) soient impliqués dès le départ et que les responsabilités soient partagées. N’oubliez pas les enfants, leur implication dans le projet (réflexion, réalisation, gestion) est essentielle.
  • Les projets «Ose le vert» qui s’inscrivent dans le plan de pilotage de l’école et qui sont en lien avec d’autres projets existants (École du dehors, gestion de la violence) ont plus de gage de réussite car cela crée un tout cohérent.
  • Les enseignant·es ayant participé·e à ce type de projets conseillent de «Bien penser la régulation des espaces et mettre en place un système simple où les enfants peuvent s’autogérer (inscription/tirage au sort, foulards...). Cela facilite grandement la surveillance et réduit drastiquement les conflits.»
  • Une fois mis en place, les écoles et les coachs conseillent d’organiser au moins deux journées par an (printemps, automne) consacrée au projet «Ose le vert»: activités, gestion, réparation… avec, au moins, les acteurs internes (équipe éducative, élèves, personnel d’entretien…). Pensez également à mobiliser l’association des parents.

Les résultats complets des leviers sont à retrouver sur www.oselevert.be dans les outils incontournables, ainsi que les conseils précieux des écoles dans la rubrique «On l’a vécu, on vous en parle». Alors, allez-vous vous aussi oser le vert dans votre école?

Eline Botte et Antoine Groslambert, Équipe Oselevert

Légende photo: Des buttes fleuries à l’École communale les Roches (implantation Tronquoy)


[1] WHO, Secretariat of the Convention on Biological Diversity. Connecting Global Priorities: Biodiversity and human health. Geneva; 2015 [2] Trésors du dehors, Collectif Tous Dehors, 2017, page 41 [3] IPBES [4] Rapport Planète Vivante – La Nature en Belgique, 2020, WWF.      

déc 2022

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