Actualité: EVRAS

L’EVRAS est encore trop absente des bancs de l’école

L’EVRAS est encore trop absente des bancs de l’école

Sensibiliser les parents est primordial: lancement de la 1re campagne médiatique.

En 2012, l’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (EVRAS) était ajoutée au décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire (24 juillet 1997). En 2013, la Communauté française, la Région wallonne et la Commission Communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale s’accordaient alors sur un protocole visant la mise en œuvre de sa généralisation[1]. Malgré les efforts et les investissements de ces dernières années, la généralisation de l’EVRAS n’est malheureusement toujours pas effective. Aujourd’hui, on estime qu’à peine 20% des élèves ont effectivement accès à au moins une séance d’EVRAS sur l’ensemble de leur scolarité et tou·tes les élèves n’ont pas accès à l’EVRAS de manière équitable.

Comment expliquer que, 10 ans après la priorisation de l’EVRAS dans l’enseignement, elle soit encore si peu présente sur les bancs de l’école et que si peu de jeunes bénéficient d’animations dans la pratique?

En réalité, la généralisation effective de l’EVRAS scolaire se heurte encore à plusieurs obstacles dont les principaux sont:

  • le manque de moyens financiers et humains pour dispenser les animations dans les écoles. Malgré un financement régulièrement augmenté à Bruxelles depuis 2013 et l’annonce d’une enveloppe de 3,6 millions d’euros en Wallonie pour la période de septembre 2022 à fin 2024, les acteurs et actrices politiques se sont engagé·es à renforcer l’enveloppe allouée à l’EVRAS. En effet, rien qu’à Bruxelles, le coût total de la généralisation est estimé entre 1,5 et près de 3 millions d’euros par an pour augmenter annuellement le taux de couverture de 3 à 10% selon la stratégie déployée;[2]
  • l’absence d’un cadre de référence commun minimum en matière d’EVRAS ces dernières années, conforme aux préconisations internationales en la matière. Depuis 2018, les Stratégies Concertées EVRAS[3] travaillent sur la mise en place de ce cadre afin d’une part d’accroître la cohérence, la pertinence et la qualité des pratiques d’intervention. D’autre part, il s’agit de permettre à chaque enfant et jeune d’avoir accès aux mêmes informations en matière de vie relationnelle, affective et sexuelle. Aujourd’hui, ce cadre commun existe et les conclusions de travaux des Stratégiesseront diffusées fin 2022;
  • l’absence d’un outil commun à l’ensemble des acteurs EVRAS qui permettrait de monitorer les avancées en matière d’EVRAS. Si on connait aujourd’hui le nombre et le type d’animations dispensées par les centres de planning, les interventions externes ou les initiatives propres à l’école sont mal répertoriées et ne sont pas centralisées à notre connaissance;
  • la place différenciée accordée à l’EVRAS dansles établissements scolaires. Certains établissements mettent en place un réel projet sur le long terme en mobilisant tou·tes les acteurs·trices concerné·es: professeurs·es, éducateurs·trices, parents, élèves, acteurs et actrices EVRAS, etc. D’autres restent malheureusement très réticents et n’organisent rien ou n’organisent au mieux que des animations très ponctuelles;
  • la méconnaissance de l’EVRAS et la crainte que celle-ci suscite encore auprès du grand public et plus particulièrement auprès des parents d’élèves.

 

L’EVRAS encore trop méconnue

L’acronyme EVRAS est en effet encore trop méconnu du grand public. Et, lorsqu’il est connu, force est de constater que la lettre «S» (pour sexualité) fait naître encore pas mal d’inquiétudes auprès des parents d’élèves. Réduire l’EVRAS uniquement à sa dimension sexuelle est pourtant un raccourci fort rapide. La place des dimensions relationnelle et affective y sont tout aussi importantes. Par ailleurs, les animations sont des lieux d’échanges où les thématiques vont être abordées à partir des questions amenées parles élèves: les animateurs·trices y répondent alors en fonction de l’âge et du développement des élèves. En tant que Fédération de centres de planning familial (FLCPF), nous prônons l’EVRAS à tout âge, et donc dès la maternelle, en ce qui concerne l’EVRAS scolaire.

Évidemment, les thématiques abordées sont sensiblement différentes en fonction du niveau scolaire. En maternelle, on ne parle évidemment pas de rapports sexuels, mais plutôt des émotions, des parties du corps humain, des limites et du consentement, de la différence, du respect de soi et des autres, etc. En fin de primaire, les animations traitent des thématiques telles que le harcèlement, informent sur les changements corporels (menstruations ou les protections périodiques, etc.) et répondent aux questions plus générales des enfants. Pour les adolescent·es en secondaire, les thématiques vont tendre vers les relations amoureuses, les stéréotypes, le genre, les orientations sexuelles, mais aussi les infections sexuellement transmissibles, les moyens de contraception, le plaisir, les grossesses non planifiées, etc. et ainsi donner aux jeunes les informations nécessaires pour devenir des adultes éclairé·es et acteurs·trices de leur santé.

Pour de multiples raisons, tous ces sujets ne sont pas toujours facilement discutés dans la sphère familiale. Plus encore, les inégalités sociales, l’environnement, les milieux de vie (ouverts ou fermés), le logement (précaire ou absent), la différence de langue ou de culture, le genre et les orientations sexuelles, le parcours individuel, la situation administrative, etc. sont autant de déterminants qui privent l’accès à l’EVRAS sur les chemins de vie. Offrir l’opportunité aux adultes de demain d’avoir accès à ces animations à l’école dès le plus jeune âge permet en partie de contrer ces inégalités et leur donne des outils nécessaires pour vivre une vie affective, relationnelle et sexuelle la plus épanouissante et éclairée possible.

Image tirée de la série «Sex Education»

Une campagne collaborative

Face au manque d’informations et à l’inquiétude que suscite encore parfois l’EVRAS auprès du grand public, la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial (FLCPF), en collaboration avec la Fédération Pluraliste des Centres de Planning Familial (FCPPF) et la Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel (FAPEO) a lancé en avril dernier la première campagne de sensibilisation à l’EVRAS avec le soutien de la Wallonie et de la COCOF.

 

«Il est temps que le pourcentage d’élèves touché·es par les animations EVRAS augmente de manière significative. L’éducation à la vie sexuelle et affective est un levier indispensable pour construire une société égalitaire entre hommes et femmes et pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Je soutiens avec vigueur les centres de planning qui œuvrent, dans le respect et la tolérance, à aider les élèves à devenir des citoyen·nes responsables capables de construire leur identité sur la base de décisions éclairées. Le travail pour revoir le protocole, fixer un socle commun et amplifier le dispositif EVRAS dans les écoles est en cours et devrait aboutir d’ici fin 2022»

Christie Morreale, Vice-Présidente et Ministre Wallonne des Droits des Femmes

Elle vise à informer sur la nécessité d’un parcours d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle tout au long de la scolarité, adapté au développement de l’enfant et à répondre aux questions telles que: c’est quoi l’EVRAS? À quoi cela sert-il? De quoi va-t-on parler à mes enfants? À partir de quel âge? Qui prend en charge les animations EVRAS au sein de l’école?

Concrètement, le but de cette campagne est triple:

  • informer et sensibiliser le grand public, et plus particulièrement les parents d’élèves, à l’importance de la généralisation de l’EVRAS scolaire;
  • faire reconnaître l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) comme levier d’émancipation concernant l’exercice des libertés personnelles et des droits sexuels et reproductifs (choix des partenaires, choix de la contraception, choix de fonder ou non une famille, etc.), dans le respect de l’autre (prévention des violences basées sur le genre et sur le rejet des différences socioculturelles) et en promouvant la responsabilité (réduction des risques en matière de santé mentale et physique). Une étude[4] montre par exemple que les enfants qui ont eu la possibilité de parler de sexualité avec leurs parents et/ou des adultes de confiance, vivent leurs premières relations de manière plus éclairée et responsable (choix du/de la partenaire, attention portée à la contraception et aux risques d’IST, etc.);
  • informer sur le rôle des centres de planning familial et leur complémentarité avec les acteurs et actrices scolaires en matière d’EVRAS à l’école.

 

«Cette campagne est essentielle à plus d’un titre. En effet, les animations EVRAS constituent un pilier en matière de santé sexuelle et reproductive. Chaque enfant, chaque adolescent·e devrait pouvoir bénéficier de plusieurs animations EVRAS durant son cursus scolaire, en fonction de son développement psycho-affectif. C’est une question d’égalité sociale de santé. En tant que Ministre Présidente de la COCOF, j’ai à cœur d’aboutir à une véritable généralisation de ces animations dans les écoles bruxelloises pour 2025. Pour ce faire, nous avons doublé les budgets accordés aux centres de planning et nous travaillons avec mes collègues de la Région wallonne et de la Communauté française à un cadre de référence commun pour veiller à la qualité des animations»

Barbara Trachte, Ministre-Présidente de la COCOF

Cette campagne d’information et de sensibilisation s’inscrit dans un processus global de promotion de la généralisation de l’EVRAS que mènent les acteurs et actrices de l’EVRAS. D’autres travaux complémentaires cités plus haut sont menés depuis plusieurs années par les Stratégies Concertées EVRAS afin de tendre vers une réelle généralisation de l’EVRAS dans les écoles pour les années qui viennent.

 

Olivia Hairson, chargée de communication, Fédération Laïque de Centres de Planning Familial

 

 

 

 

 

 

 

 

Les outils de la campagne

La campagne a été lancée le 4 avril et sera diffusée jusqu’au mois de septembre 2022. Elle se compose de:

Un spot TV

Un spot de 30 secondes diffusé sur les principales chaines francophones (RTBF, TIPIK, RTL-TVI, AB Explore, AB3). Périodes de diffusion:

– 13 au 26 juin 2022

– 29 août au 11 septembre 2022

Ce spot porte un message général sur l’EVRAS: c’est quoi? Pour qui? Quels en sont les bénéfices?

Le choix d’une approche attractive et inclusive avec des émoticônes rend la thématique accessible, facile à comprendre. Le spot est consultable sur le site evras.be et sur la chaine YouTube de la FLCPF https://youtu.be/XiySgJwPFz0

Un site web d’informations www.evras.be à destination du grand public

Une nouvelle section du site EVRAS.be s’adresse spécifiquement aux parents et adultes de confiance. Il explique ce qu’est l’EVRAS à l’école, répond aux questions que pourraient se poser les parents par rapport à l’EVRAS et les renvoie vers d’autres ressources autour de la vie relationnelle, affective et sexuelle des enfants. Ce site sera régulièrement mis à jour.

Une campagne digitale sur les réseaux sociaux

Différents posts répondent aux questions que se posent les parents quand il s’agit d’aborder la vie relationnelle avec leurs enfants. Ils ont pour objectif d’éveiller l’intérêt des parents à ces questions tout en les renvoyant au site www.evras.be pour plus d’informations

La Fédération Laïque de Centres de Planning Familial (FLCPF)

La Fédération Laïque de Centres de Planning Familial (FLCPF) compte aujourd’hui 42 centres de planning familial en Wallonie et à Bruxelles. Elle promeut les droits sexuels et reproductifs comme faisant partie intégrante des droits humains afin de renforcer la liberté, l’égalité et la dignité de la population. Elle développe aussi un programme de promotion de la santé sexuelle et de soutien à l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) dans différents milieux de vie et en particulier le milieu scolaire.

Plus d’infos: www.planningfamilial.net


[1] Ce protocole est actuellement en cours de révision au sein des cabinets ministériels concernés.

[2] . Duchêne, C., Fontaine, M., Godin, I., Lannoo, A., & Tojerow, I. (2021). Généralisation de l’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (EVRAS) en Région bruxelloise francophone: à quelle échelle de temps et à quel coût? – https://dulbea. ulb.be/#/

[3] Depuis février 2018, à l’initiative de O’YES et de la Fédération Laïque des Centres de Planning Familial, un réseau d’acteurs et d’actrices a vu le jour sous le nom des «Stratégies Concertées EVRAS» (SC-EVRAS). Elles rassemblent des institutions et organismes coupoles représentant les acteurs et actrices internes et externes à l’école qui s’occupent de l’EVRAS.

[5] UNESCO, «L’Éducation sexuelle complète: une étude mondiale 2015». https://unesdoc.unesco. org/ark:/48223/pf0000235707_fre