Mon vrai nom est Elisabeth, d’Adèle Yon

«Il faut que tu clôtures cette histoire pour commencer à vivre.»
Elisabeth est celle dont on ne parle pas. Diagnostiquée schizophrène, elle sera internée durant 17 ans en hôpital psychiatrique où elle subira de nombreuses cures de Sakel avant d’être ensuite lobotomisée. Cette femme, mère, grand-mère, arrière-grand-mère qu’on ne nomme pas ou alors sous le sobriquet de «Betsy», hante pourtant plusieurs générations de femmes d’une même famille. Qui était celle qu’on considérait comme folle?
Mon vrai nom est Élisabeth raconte l'enquête d'Adèle Yon sur son arrière-grand-mère Betsy, devenue un tabou familial après son diagnostic de schizophrénie et son internement forcé de 1950 à 1967. De cette aïeule, l'autrice ne connaît que quelques bribes: une femme coquette qui aimait nager, accusée de «folie», lobotomisée et marquée à vie par deux cavités au crâne. Confrontée au mur de silence de sa famille, Adèle Yon mène une investigation minutieuse à travers archives médicales, correspondances et témoignages pour reconstituer l'identité de cette femme qu’on veut effacer.
À travers son enquête, l’autrice révèle l'univers glaçant de la psychiatrie des années 1950: lobotomies pratiquées majoritairement sur les femmes (dans 85% des cas), électrochocs, cures de Sakel provoquant des comas hypoglycémiques. Yon y dénonce avec force une médecine punitive aux critères souvent misogynes, où «guérir» consistait à rendre les femmes dociles afin qu’elles ne portent pas préjudice au cadre familial ou social. Il faudra attendre l’arrivée des neuroleptiques à la fin des années 1950 pour mettre fin à ces pratiques barbares.
Même si l’autrice adopte à certains égards une vision manichéenne de la psychiatrie de l’époque en présentant un angle exclusivement accusateur, Mon vrai nom est Élisabeth mêle avec justesse enquête familiale, récit intime et essai historique, explorant les thèmes de l'hérédité, du trauma transgénérationnel et de la nécessité de briser les silences.

