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« Sciences et Techniques du jeu », une nouvelle formation en Belgique !

« Sciences et Techniques du jeu », une nouvelle formation en Belgique !
Prévue pour la rentrée 2013, la Haute Ecole Paul-Henri Spaak et la Haute Ecole de Bruxelles inaugurent une formation unique en Belgique : « Sciences et Techniques du jeu ». Cette formation, organisée en cours du soir, vise à former « des praticiens réflexifs ludologues, ludothécaires ou ludopédagogues ».

Elle s’adresse à tout bachelier qui souhaite :

  • promouvoir et utiliser le jeu de manière adéquate dans son cadre professionnel socio-éducatif, pédagogique ou paramédical ;
  • porter un projet et être responsable d’une ludothèque ;
  • travailler en ludothèque ou dans un autre secteur du jeu et du jouet.

Nous avons rencontré Michel Van Langendonckt, coordinateur pédagogique de la formation, qui nous a parlé du rôle du jeu dans la psychologie du développement et dans la socialisation des individus. Si le jeu fait partie intégrante de l’école et de l’enfance, sans doute devrait-on davantage reconnaitre ses vertus en termes d’apprentissage et intégrer son étude au sein de la formation initiale et continue des enseignant-e-s…

Eduquer : Quelles sont les raisons qui vous ont incité à mettre en place cette formation ?

Michel Van Langendonckt: Il y a deux motivations concomitantes. En premier lieu, il y a une demande pressante du milieu. Nous sommes actuellement dans une situation où le métier de ludothécaire existe mais sous forme de « coquille vide ». Des personnes sont « en poste », mais il n’y a pas de formation diplômante liée à la ludothéconomie. Aujourd’hui, la formation initiale des ludothécaires est tout à fait diversifiée on trouve aussi bien des personnes qui viennent du milieu de la petite enfance, que des personnes qui viennent du milieu bibliothécaire, qui sont architectes, enseignant-e-s, etc. La formation que nous mettons en place ne délivre pas, à « proprement parlé », un diplôme de ludothécaire, mais plutôt un diplôme de spécialiste en ludothéconomie, en ludologie, en ludopédagogie, puisque les futur-e-s participant-e-s ont déjà leur vécu personnel et leur diplôme de base. Mais elle reste, tout de même, le « papier officiel idéal » pour ouvrir une ludothèque.

Notre seconde motivation est de développer le jeu comme « outil », aussi bien pour des enseignant-e-s, des éducateur-trice-s spécialisé-e-s, que pour des personnes du milieu paramédical. On souhaite réunir une réflexion sur le jeu lui-même ainsi qu’une réflexion sur l’initiation au jeu, deux aspects très différents. Cette formation est généraliste puisqu’il y a des cours d’histoire du jeu, de socio anthropologie du jeu, de pédagogie, mais elle a aussi pour vocation de s’adapter au projet de chacun-e des participant-e-s. Chaque participant-e doit avoir un projet personnel qu’il-elle développera pendant la formation. Si « la sauce prend », on pourra peut-être développer un bac autonome à ce moment-là. Pour l’instant cette formation correspond à un master 1.

Eduquer : Selon vous, quelles sont les vertus du jeu ?

Michel Van Langendonckt: On sait que le jeu remplit un rôle majeur en psychologie du développement de manière générale. On parle beaucoup du jeu au niveau de l’enfance, mais on devrait, en fait, parler de la personne humaine dans son entièreté puisque l’enfant devient adulte. Par exemple, une étude canadienne lie le fait d’avoir « bien joué dans son enfance » et l’efficacité au travail. Le jeu entrainerait une capacité à chercher des solutions, aiderait à avoir un esprit positif, une attitude ludique face au monde.  On distingue deux types de jeux : les jeux libres et les jeux de société. Le jeu libre, qui consiste à utiliser des jouets de façon autonome, en créant ses propres règles, permet le développement personnel et le développement de la personnalité. Ce type de jeu oblige à être inventif et créatif, il permet de moduler l’environnement à ses propres besoins. C’est une étape très importante dans la construction de l’individu, qui s’arrête souvent trop vite pour laisser la place aux jeux à règles, c’est-à-dire aux jeux de société. A ce moment-là, l’individu perd en liberté mais gagne en socialisation, en culture. Les jeux à règles sont un apprentissage de la vie en société puisqu’on apprend des règles de vie. Cela permet de comprendre le fait que l’on n’est pas tout seul, que l’on vit avec les autres. Réaliser cette expérience sous forme de jeu, c’est s’exercer de façon indolore à quelque chose de très difficile. Les jeux sont les miroirs de la société. En fonction des cultures, on ne propose donc pas les mêmes jeux, les mêmes règles.     Les jeux à règles sont tout aussi importants que les jeux libres, ils sont très complémentaires :

  • il y a le jeu jouet d’un côté, « je suis dieu et je créé le monde » en utilisant mon jouet ;
  • de  l’autre côté, il y a le jeu à règles qui socialise.

Globalement, on peut dire qu’il y a six apports du jeu qui se répertorient ainsi :

Les jeux libres :

  • un délassement. On joue pour se détendre ou pour avoir du plaisir, même si c’est un loisir actif par rapport à la télévision ;
  • la créativité ;
  • l’autonomie dans les « jeux jouets », apprivoiser le monde, chaque objet est un jouet potentiel.

Les jeux à règles :

  • la connaissance, la culture, les savoirs socio-culturels qui nous entourent ;
  • des compétences transversales que l’on demande de développer au niveau des classes;
  • la socialisation.

Ces six apports ne sont pas spécifiques au jeu. Le septième apport, spécifique au jeu, réside dans l’attitude ludique qu’il génère. Grâce au jeu, on s’enferme moins facilement dans les problèmes. Le jeu donne un esprit de distance, de frivolité, une forme de sens de l’humour, parfois une ironie, un décalage par rapport à la réalité qui nous permet de mieux vivre.

Eduquer : Quels sont les objectifs de la formation ?

Michel Van Langendonckt: Il y a une ludosophie qui n’est pas du tout exploitée. L’objectif de la formation est de faire passer ce message. Si La formation est théorique, elle est aussi fortement axée sur la pratique. Si on veut convaincre quelqu’un d’utiliser quelque chose, il doit l’essayer. Il faut le sentir. Si l’on n’est pas passionné, on n’est pas passionnant. Dans une formation comme celle-ci, on joue et après, on partage une réflexion. C’est un diplôme assez professionnalisant, c’est du « pratico-pratique » mais avec une formation sur l’outil. On apprend aussi à accompagner l’enfant dans le jeu parce que le passage du « jeu libre » au « jeu à règles » est souvent mal géré. Cet accompagnement est mal connu, à la fois par les parents et par les enseignant-e-s. Les parents préfèrent, par facilité, mettre l’enfant devant un écran. Le jeu est une promesse de temps partagé. Le rapport au jeu est différent selon les cultures. Par exemple, en Allemagne, on joue beaucoup, au moins une fois par semaine. Dans les autres pays européens, on joue seulement une ou deux fois par an.

Eduquer : Vous dites que les jeux sont le miroir de la société. Avez-vous des réflexions et des positionnements sur des enjeux sociaux actuels, tels que le sexisme ou l’esprit de compétition, par exemple ?

Michel Van Langendonckt: Oui, la réflexion autour des stéréotypes de genre est abordée dans la formation. C’est tout-à-fait le type de réflexion posée sous forme de séminaire. Quant au couple « compétition/coopération », il est au centre de plusieurs cours. On en a fait une spécialité dans l’analyse des interactions sociales au niveau du jeu. On montre notamment que les jeux  de compétition « pure », tels que  le « un contre un » ou « une équipe contre une autre », sont largement mis en place dans nos sociétés au détriment d’autres formes de jeux. Par exemple, les jeux de chasse ont toujours existé mais ont été éradiqués.  Ce sont des jeux asymétriques, c’est-à-dire que les deux camps ont des outils différents, des pouvoirs différents et des objectifs différents. Avec ces jeux, on est dans une situation qui consacre le fait que la société n’est pas forcement égalitaire au départ, contrairement à ce que disent les jeux de compétition, fondés sur l’idée que tout le monde a sa chance, selon le mythe américain. Les jeux de chasse disent autre chose: « Oui, le meilleur gagne, mais chacun possède ses propres armes. » C’est un rapport au jeu très différent. Par ailleurs, aujourd’hui, commencent à paraitre des jeux d’auteurs alternatifs, qui présentent des mécanismes différents : par exemple, dans le « loup garou », les équipes sont cachées, c’est un jeu compétitif mais avec des équipes disproportionnées. Il s’agit de découvrir « qui est qui », il y a des incertitudes. Cette mouvance s’installe au niveau du jeu et renforce la richesse. C’est sans doute pour cela que ce jeu plaît. Dans cette catégorie, il n’y en pas encore assez mais de plus en plus.

Eduquer : Qu’en est-il de la place du jeu au sein de la formation initiale et continue des enseignant-e-s en Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Michel Van Langendonckt: Il y a des cours ponctuels dans la formation des enseignant-e-s, mais l’étude du  jeu n’est pas obligatoire. C’est une possibilité parmi d’autres offerte aux étudiant-e-s.  Parfois en psychologie du développement, le jeu est approché, mais seulement un psychopédagogue sur six aborde le rôle du jeu.  En dehors de cela, la formation de base ne comprend pas l’étude du jeu, y compris en pré scolaire,  ce qui, pour moi, est préoccupant. L’étude du jeu n’est pas institutionnalisée et est seulement liée à l’initiative personnelle de chaque enseignant-e. Le jeu est partout mais il n’est, en fait, prévu nulle part dans la formation, ce qui me semble incompréhensible.

Plus d’information sur : http://www.iessid.be/stj/stj.html