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Pisa 2012 : des améliorations, mais aussi des fossés qui se creusent

Pisa 2012 : des améliorations, mais aussi des fossés qui se creusent
L’enquête Pisa 2012 a livré ses résultats en décembre dernier. En maths, les élèves francophones affichent un score comparable à la moyenne de l’OCDE, et ils s’améliorent en lecture.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, 110 établissements ont été sélectionnés, dont 3 457 élèves ont été évalués sur leur culture mathématique.

En maths, la Fédération se situe à 493, juste en-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (494), mais au-dessus de la moyenne de l’Union européenne (490). Ce sont Shanghai, Singapour et Hong-Kong qui se trouvent en tête du classement. La Communauté flamande, même si elle figure dans le top 10, est en perte de vitesse par rapport aux exercices précédents (529 en 2012, contre 533 en 2003).

En lecture, la Fédération Wallonie-Bruxelles franchit pour la première fois le cap de la moyenne OCDE (496). Selon Dominique Lafontaine, directrice du Service d’analyse des systèmes et des pratiques d’enseignement de l’ULg, en charge du traitement des résultats Pisa, « les différentes initiatives prises à la suite de Pisa 2000, la mobilisation des acteurs (enseignants, inspecteurs, chargés de mission, PO…) en faveur de la lecture semblent avoir porté leurs fruits. »[1]

En sciences, par contre, les résultats sont moins favorables.

 

Des « résultats prometteurs »

Principal constat de cette nouvelle enquête Pisa : en Fédération Wallonie-Bruxelles, les élèves ont progressé en maths. Entre 2003 et 2012, les élèves de 15 ans ont augmenté leur score moyen de 379 à 394 dans le 1er degré, de 443 à 461 en 3e secondaire, et de 546 à 552 en 4e secondaire.

L’évolution de la proportion d’élèves faibles en maths entre 2003 (23,2%) et 2012 (23,8%) est stable, tandis que les élèves moyens augmentent de 3,6% Par contre, les élèves forts baissent de 4%. Mais avec 12% d’élèves très performants, la Fédération Wallonie-Bruxelles se maintient à la hauteur de la moyenne OCDE.

Autre résultat de l’enquête : l’écart entre les jeunes issus de l’immigration et les jeunes d’origine belge se réduit. Entre 2003 et 2012, le score des élèves immigrés a progressé de 13 points, tandis que celui des élèves natifs a baissé de 6 points, alors que le nombre de jeunes de 15 ans nés à l’étranger a augmenté de 2%.

Le score des garçons de 15 ans en maths est stable, mais celui des filles a enregistré une baisse de 9 points. L’enquête Pisa révèle que le niveau d’anxiété à propos des maths est plus présent chez les filles que chez les garçons.

Même si « en sciences, il reste incontestablement du chemin à parcourir », la ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Martine Schyns, a souligné les progrès en maths et en lecture. Elle parle de « résultats prometteurs, inscrits dans la durée, et constituant un hommage et un encouragement pour les premiers artisans de cette progression, les enseignants et les acteurs du système scolaire. »[2]

Un système toujours inégalitaire

Les résultats de Pisa montrent que la dualisation de notre système éducatif demeure très forte. La Fédération Wallonie-Bruxelles continue de se caractériser par un écart important entre les 25% d’élèves les plus favorisés et les 25% d’élèves les plus défavorisés : 112 points, contre 110 en 2003, la moyenne de l’OCDE se situant à 90. Pour Dominique Lafontaine, « il y a un défi à relever ; certains pays arrivent à mieux gérer l’inégalité due à l’origine sociale des élèves, comme les Pays-Bas. »[3]

Enfin, en Fédération Wallonie-Bruxelles, l’écart entre les 25% d’écoles « les plus performantes » en maths et les 25% d’écoles « les moins performantes » en maths est de 181 points (209 en Flandre). Notre système éducatif engendre un véritable fossé entre écoles, qui continue à se creuser au fil du temps.

Il faut également souligner que l’écart entre la Fédération et la Communauté flamande reste impressionnant, même s’il s’est réduit en 2012. En maths, le score moyen flamand est de 36 points supérieur, soit l’équivalent de quasi une année scolaire.

Plusieurs explications ont déjà été soulevées pour expliquer cet écart : différences d’organisation des écoles, de formation des enseignants, d’autonomie des directions d’écoles ; poids supérieur de l’enseignement libre en Flandre. Mais pour l’OCDE, c’est surtout dans les différences d’origine socioéconomique qu’il faut aller chercher l’explication.

La Communauté flamande a 8% d’élèves d’origine immigrée, contre 21% en Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour Dominique Lafontaine, « cela signifie que sur certaines zones comme Bruxelles, nous en avons beaucoup plus. Cela crée des phénomènes communautaires de ghettoïsation, avec des très fortes concentrations de jeunes d’origine immigrée, qui sont aussi d’origine socioéconomique très défavorisée. (…) la Fédération Wallonie-Bruxelles, avec la population qui vit sur son territoire, fait face à des défis plus importants que la Communauté flamande. »[4]

En effet, les enquêtes Pisa semblent omettre les questions du sens des savoirs et des conditions dans lesquelles évolue l’éducation…

 

Valérie Silberberg, responsable du secteur Communication

 

Sources :

http://www.oecd.org/pisa/;

– Le Soir, 04/12/2013, 07/12/2013, 12/12/2013 ;

– La Libre Belgique, 03/12/2013, 04/12/2013 ; 06/01/2014.


[1] La Libre Belgique, 04/12/2013.

[2] Le Soir, 04/12/2013.

[3] La Libre Belgique, 04/12/2013.

[4] Ibidem.