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Papilloma virus : égalité de traitement filles-garçons

Papilloma virus : égalité de traitement filles-garçons

Début octobre, des député·e·s[1] issus de trois partis différents déposaient au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, une proposition de résolution visant à élargir la vaccination contre les infections à papillomavirus humain (HPV), au-delà de la prévention du cancer du col de l’utérus et de généraliser la vaccination aux garçons et plus uniquement aux filles, de 9 à 14 ans inclus. En effet, 70 à 80% de la population seront en contact avec ce virus au cours de leur vie sexuelle, ce qui fait du HVP l’Infection Sexuellement Transmissible (IST) la plus répandue au sein de la population sexuellement active. De plus, l’exposition au virus peut entraîner de nombreux cancers et affections, tant chez l’homme (cancer du pénis, cancer de l’anus, cancers oropharyngés et verrues génitales) que chez la femme (cancer de la vulve, cancer du vagin, cancer de l’anus, cancers oropharyngés, cancer du col de l’utérus et verrues génitales).

Depuis septembre 2011, en Fédération Wallonie-Bruxelles, une politique de vaccination auprès des jeunes filles de 13 à 14 ans a été établie pour prévenir toute épidémie. Le vaccin est désormais intégralement remboursé et administré gratuitement dans les écoles, aux jeunes filles de 2e secondaire, et ce, après que les parents aient marqué leur accord.

Malgré une grande disparité entre le nord et le sud du pays (en 2013, 83,5% des jeunes femmes étaient vaccinées en Flandre pour seulement 29% en Fédération Wallonie-Bruxelles), de plus en plus de jeunes et de parents sont sensibilisés aux dangers d’une contamination au HVP.

Pourtant, pour que le système d’immunité collective soit réellement efficient, il faudrait que 75% des femmes soient vaccinées, ce qui n’est malheureusement pas encore le cas. Par ailleurs, pour plus d’efficacité et une réelle couverture de tous, il est nécessaire d’inclure les garçons dans la politique de vaccination des jeunes.

Le bât blesse à plusieurs niveaux :

– Considérer que la responsabilité de l’immunité collective et de la prévention reposent entièrement sur les épaules des jeunes filles est une réflexion genrée et abusive.

– Par ailleurs, en vaccinant uniquement les jeunes filles, la politique de vaccination au HVP omet de prendre en considération les relations homosexuelles. Cette option exclut de facto les hommes qui n’auront que des rapports avec d’autres hommes.

– Le spectre de vaccination proposé dans la campagne nationale n’est pas la plus efficace. En effet, un autre vaccin comprenant un spectre d’immunité plus large (contre plus de types du virus HPV, également contre deux types qui causent des verrues génitales) a été développé plus récemment : le vaccin nonavalent. Il est, par ailleurs, plus largement utilisé en Flandre ou dans les filières privées (via le médecin traitant). De ce fait, certaines jeunes filles sortent du programme de vaccination de la FWB et recourent à la médecine privée, ce qui pourrait regrettablement entraîner une inégalité sociale de santé.

– Il est important d’envisager une vaccination moins tardive : en reportant la vaccination à 13-14 ans, on peut induire un « rapport naturel » qui est fait entre la vaccination des jeunes filles et le début de leur vie sexuelle. Le débat étant encore difficile, voire tabou, dans certaines familles, vacciner plus tôt, lorsque les jeunes filles sont encore des enfants, permettrait de ne plus lier vaccination et vie sexuelle et ainsi augmenter l’acceptation sociétale de ce vaccin. La proposition de résolution propose dès lors d’engager une vaccination dès 9 ans tant auprès des filles que des garçons.

[1] Auteur·e·s : Jacques Brotchi (MR), Matthieu Daele (Ecolo), Joëlle Maison (Défi) et Charles Gardier (MR)