Crise budgétaire et gouvernement de droite à la FWB: un premier bilan
Les données de la crise financière en Communauté française sont éloquentes. La Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) dépense chaque année environ 15 milliards d’euros, alors que ses recettes s’élèvent tout au plus à 13,5 milliards d’euros. D’où un déficit nnuel d’environ 1,5 milliard, soit 11% de ses recettes. Avec l’accumulation produite au fil des années, sa dette s’élève à environ 14 milliards d’euros. Et à politique inchangée, la Cour des comptes estime que la dette de la FWB pourrait s’élever à 21 milliards en fin de législature (2029).
L’objectif du gouvernement vise à garder le contrôle de la dette et à stabiliser le déficit annuel à 1,2 milliard d’euros. Des chiffres qui donnent le vertige! Mais à l’agenda politique ne figure pas seulement la dimension financière. Il y a aussi un choix de société, une conception de l’éducation et de la culture, des réseaux d’intérêts dans l’enseignement, et l’opposition toujours bien réelle entre les conceptions laïques et confessionnelles de l’enseignement, entre les formes privées et publiques de l’organisation scolaire.
Dans sa Déclaration de politique communautaire (la DPC), rendue publique en juillet 2024, à l’issue des élections législatives et régionales gagnées du côté francophone par le MR et Les Engagés, le nouveau gouvernement se fixa des objectifs ambitieux qui, immédiatement, suscitèrent la controverse.
Au-delà des perspectives de restrictions budgétaires, déjà inquiétantes en soi mais peut-être nécessaires, ce sont d’autres aspects, plus politiques, qui nourrirent immédiatement le débat. La remise en question du statut des enseignantes et des enseignants, la fusion des réseaux publics, la réforme de l’enseignement qualifiant, etc. sont quelques-uns des sujets qui suscitèrent la controverse dès l’été 2024. Rapidement également, des craintes s’exprimèrent sur la pérennité du Pacte pour un enseignement d’excellence vis-à-vis duquel le Mouvement réformateur avait exprimé de longue date des réserves et qui, à l’origine, avait été initié par le Cdh et le PS. L’introduction du tronc commun en 1ère année secondaire, prévue initialement à la rentrée scolaire 2025-2026, semblait ainsi directement menacée.
Plus tard, apparurent d’autres sujets de préoccupation: la critique de la politique de discrimination positive, l’introduction d’une nouvelle épreuve en 4e primaire, la refonte complète de la législation en matière de gratuité scolaire et, en dehors de la compétence relative à l’enseignement, des restrictions budgétaires dans les domaines de la petite enfance et de la Culture.
Dans tous ces domaines, on pouvait craindre des atteintes sociales aux droits des citoyens mais aussi, une atteinte à la vie démocratique elle-même, à travers, par exemple, les mesures remettant en question la dimension politique de l’activité des organisations de jeunesse et des associations d’éducation permanente.
La multiplication des réformes en cours ou annoncées, l’importance des enjeux (statut des enseignants et valorisation de la durée des études; Pacte pour un enseignement d’excellence; politique en matière de gratuité scolaire; discriminations positives) et l’intrication des préoccupations budgétaires avec le contenu des réformes ont singulièrement compliqué la compréhension de l’action gouvernementale et l’évaluation des implications ou des conséquences de celle-ci.
Pourtant, de nombreuses questions se posent légitimement après un an et demi d’existence du gouvernement MR-Les Engagés: quel bilan peut-on tirer de l’activité gouvernementale, en particulier dans le domaine de l’enseignement et de la culture? Puisque le gouvernement motive ses choix par des raisons budgétaires, quelle évaluation peut-on faire de l’action du gouvernement sur le plan financier? La politique au gouvernement se traduit-elle par des inflexions seulement financières ou leur nature plus idéologique dévoile-t-elle une vision particulière de la vie en société, en particulier au niveau éducatif et culturel? Ultimement, cette politique remet-elle en question certains droits, dans l’accès à la culture et à l’éducation ou sur le plan social, voire porte-t-elle atteinte à certains aspects de la vie démocratique?
Il est sans doute trop tôt pour répondre à ces questions et le but de cette étude ne cherche pas à y répondre directement. Plus modestement, il s’agira de suivre pas à pas les développements de la politique gouvernementale, d’en évoquer, sinon tous les aspects, du moins les plus significatifs, et de rendre compte des réactions politiques que ceux-ci ont suscité, avec l’espoir que, de la lecture de l’ensemble, pourra naître une première perception ou appréciation globale de la politique menée jusqu’ici.
Le texte de l’étude suit à grands traits l’évolution chronologique des évènements: la mise en place du gouvernement en juillet 2024, le budget initial 2025, le conclave budgétaire de mai 2025, le budget modifié de 2025, le budget initial 2026 ainsi que les principaux décrets-programmes qui accompagnaient les décisions budgétaires.
Bonne lecture!
Un étude rédigée par Patrick Hullebroeck, directeur de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente
