Le coût de l'école

Le regard vide, ses doigts cliquent et recliquent mécaniquement. Sur l’écran, les tons délavés de Primoweb, la plateforme des emplois vacants dans l’enseignement, répètent les mêmes annonces. Après une dizaine d’années à enseigner, cette professeure ne s’attendait pas à entamer une rentrée scolaire seule devant son ordinateur. Pendant qu’elle cherche où exercer sa vocation, le décret-programme II s’installe dans les classes. Sur les façades des écoles, des traces de craie persistent malgré le début de l’automne. Vestiges de mois de révolte contre le décret-programme II, elles annoncent une mobilisation de longue haleine. « On est passé d’un sprint à une course de fond », prévient Mars Attacks. 

Avant de retrouver les bancs des parlements, les politiques ont remis leur devoir de vacances à Éduquer : retour sur l’année écoulée, perspectives pour celle qui commence. Plusieurs changements dictent leurs rythmes à cette rentrée. Nous les réunissons autour d’une même question : que coûte l’école ? Notre dossier s’attarde sur une promesse encore inachevée : la gratuité scolaire. Inscrite dans la loi depuis plus d’un siècle, elle connaît avec cette rentrée un recul historique. Tout l’été, les directions des écoles se sont arraché les cheveux sur une équation budgétaire votée en dernière minute : comment garantir la gratuité des fournitures avec près de trois fois moins de moyens ? 

Les économies décidées par le gouvernement MR-Engagés cisaillent jusqu’aux assiettes des enfants les plus démunis : le subside des repas scolaires « complets, sains, durables et gratuits » chute de 3,70 € à 45 centimes, impactant la santé de plus de 55 000 enfants. La diète forcée touche également les académies, où la gratuité des cours de musique, de théâtre et de danse pour les moins de 12 ans est désormais supprimée. Dans un grand entretien, le Défenseur des droits de l’enfant, Solaÿman Laqdim, réagit à cette situation « dangereuse ».

Une nouvelle année, c’est aussi tout un monde à découvrir. De nouveaux visages, de nouveaux cours et de nouvelles habitudes à apprivoiser. Autant d’invitations à sortir des sentiers battus, à sillonner d’autres chemins pédagogiques. Ce geste innerve l’œuvre de Fernand Deligny, dont nous dressons le portrait. Cartographe des lignes de fuite, il défendait une autre manière d’éduquer : ne pas corriger les enfants, mais transformer leurs conditions d’existence. À l’heure où les décisions de la coalition Azur embourbent un peu plus les chemins de l’émancipation, les mots de Fernand Deligny seront la boussole de ce numéro : « N’oublie jamais de regarder si celui qui refuse de marcher n’a pas un clou dans sa chaussure. »

N°
203
septembre 2026