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Vélo et mobilité scolaire

Vélo et mobilité scolaire

SOMMAIRE DU DOSSIER

Le recours à la voiture pour les trajets scolaires reste la norme, comment inverser la tendance?

Entre 7h et 9h, les déplacements sont en moyenne trois fois plus nombreux lors d’un jour ouvrable scolaire que lors d’un jour ouvrable non scolaire[1]. Or une grande partie de ces déplacements s’effectuent en voiture: en région bruxelloise, plus de 40% des élèves de l’enseignement fondamental sont conduits en voiture à l’école[2], un chiffre qui monte à 74% en Wallonie[3]. Moindre dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, le recours à la voiture reste toutefois élevé.

En 2018, 36% des parents bruxellois déclaraient conduire leurs enfants à pied à l’école, et 13% à vélo. Des pourcentages qui tombent à 19,5% et 3,6% en Wallonie[4]. Les distances plus importantes sont souvent pointées du doigt pour justifier le recours à la voiture dans le sud du pays, or 71% des enfants de l’enseignement fondamental habitent à moins de 4 km de leur établissement scolaire et 35% à moins de 1 km[5] ! Même à moins d’un kilomètre, seule la moitié des enfants se rend à l’école à pied, l’autre moitié s’y rend en voiture.

Tout·e·s responsables?

Les facteurs entrant en ligne de compte dans la manière dont se déplacent les enfants et leurs parents sur le chemin de l’école sont nombreux, mais la sécurité́ et la crainte d’un accident avec un véhicule motorisé reste l’argument principal pour justifier le recours à la voiture. Un cercle vicieux dont il n’est pas facile de sortir car, par crainte du trafic, les parents prennent leur voiture et augmentent ainsi le sentiment d’insécurité dont ils sont eux-mêmes victimes. S’agit-il pour autant d’un problème de parents? Pas seulement. Orienter la mobilité scolaire vers un usage réduit de la voiture demande l’implication de l’ensemble des acteurs concernés: les parents/enfants, mais aussi les pouvoirs publics et les établissements scolaires.

L’école est en effet un lieu idéal pour faire évoluer les mentalités. En contact quotidien avec les élèves et leurs parents, elle peut susciter une adhésion et créer une dynamique collective. C’est un lieu de rencontre et d’échange idéal d’où peuvent émerger des initiatives novatrices en termes de sécurité routière, de lutte contre le vol ou encore de formation au vélo.

En région bruxelloise, chaque école a l’obligation d’établir, tous les trois ans, un pré-diagnostic de mobilité scolaire. Elles sont ensuite encouragées à s’inscrire dans la démarche “PDS” et peuvent bénéficier d’un soutien régional, financier ou matériel (matériel pédagogique, chasubles et casques, draisiennes, parking vélo…). En Wallonie, les Plans de déplacement scolaire ont connu un succès plus mitigé, au vu de la lourdeur de la démarche pour les écoles. La planification des déplacements scolaires s’inscrit désormais dans la perspective plus large des plans communaux de mobilité, au travers d’une enquête de mobilité scolaire qui déterminera la pertinence, pour un établissement scolaire, de se lancer dans un PDS.

Renforcer la sécurité routière

Depuis 2005, les zones 30 aux abords des écoles sont obligatoires. Une mesure importante mais non suffisante, d’autant que leur mise en œuvre (signalisation, aménagements, contrôles…) n’est pas toujours optimale. Pour renforcer cette sécurité, les rues scolaires font leur apparition en 2018, avec une introduction officielle dans le code de la route. Il s’agit d’une «voie publique située à proximité d’un établissement scolaire qui est, temporairement et à certaines heures, pourvue d’une barrière déplaçable sur laquelle est apposé le signal C3 complété par un panneau additionnel portant la mention ‘rue scolaire’ ou ‘schoolstraat’». Bien sûr, certaines routes de transit sans alternative ne peuvent être coupées à la circulation automobile. Mais il y a bien des cas où la solution est envisageable. Le dispositif séduit d’ailleurs de nombreux parents car il apporte plus de sécurité aux abords des écoles, mais aussi une amélioration de la qualité de l’air. Subsiste encore la question de la gestion des barrières, qui doivent être déplacées physiquement deux fois par jour. Qui des communes ou des écoles doit en assurer la manutention? On le voit, la question des rues scolaires n’est pas qu’un enjeu financier, il y a aussi des questions organisationnelles à régler en plus de celle, encore plus cruciale, du soutien d’une majorité de gens pour que le système ne soit pas impopulaire. Sans la volonté des écoles, des communes et d’une majorité de parents, l’idée ne fera pas son chemin.

Bien sûr, sécuriser les abords de l’école ne solutionne pas tout. Lorsqu’on sait que trois quarts des accidents d’enfants «en horaire école» surviennent dans un périmètre compris entre la zone 30 et 300 mètres autour de l’école[6], il apparaît essentiel d’apporter une solution pour l’ensemble de l’itinéraire domicile-école.

L’organisation de «rangs scolaires à vélo» est une bonne manière de sensibiliser les pouvoirs publics quant au manque d’aménagements sécurisés pour rallier les écoles de la commune à vélo, tout en donnant le goût du vélo aux élèves. Ce genre de projet naît souvent de la motivation de quelques enseignant·e·s motivé·e·s, qui font parfois appel aux associations cyclistes. Ce fut le cas lors du «Véloce d’Uccle», mettant en selle 420 élèves de 6e primaire, avec l’encadrement de bénévoles du GRACQ, l’association qui représente les cyclistes en Belgique francophone. Chez les élèves de secondaire, les manifestations pour le climat et les préoccupations environnementales sont également un déclencheur pour certain·e·s, leur donnant envie de se déplacer plus durablement. À l’institut St-Joseph, à Ciney en 2019, ils étaient une septantaine à s’organiser pour se rendre à l’école à vélo tous les mercredis. Une fois encore, cette dynamique trouvait son origine dans la motivation d’un membre du personnel scolaire motivé.

Une seule place de stationnement voiture réservée au personnel peut permettre de parquer jusqu’à 10 vélos

Lutter contre le vol

La crainte du vol est un frein important à la pratique du vélo. Cette crainte augmente d’autant plus que l’usage du vélo électrique, d’une valeur financière plus importante, se développe à Bruxelles comme en Wallonie. Il est donc essentiel que l’école assure un stationnement à la fois sécurisé et confortable. Les arceaux solides, si possible couverts, et disposés dans un endroit où le contrôle social est garanti, au sein de l’en – ceinte de l’école, assureront un sentiment de sécurité aux élèves et enseignant·e·s venu·e·s à vélo. Si le manque de place est souvent évoqué pour ne pas opter pour ce choix, il est facile de rappeler qu’une seule place de stationnement voiture réservée au personnel peut permettre de parquer jusqu’à 10 vélos.

Par ailleurs, si assurer un stationnement sécurisé pour les élèves et le personnel d’une école est primordial, proposer une solution aux parents qui déposent leurs plus petits à vélo est également important. Ceux-ci doivent pouvoir s’arrêter et attacher leur vélo ou leur vélo cargo sans que cela n’encombre les trottoirs, le temps de déposer leurs enfants devant leur classe. Demander à sa commune la pose d’arceaux vélo devant l’école est donc également un geste fort pour encourager une autre mobilité scolaire.[7]

Formation et sensibilisation

Le vélo est un outil d’émancipation et d’intégration et permet aux jeunes de disposer d’une expérience concrète de la voie publique. Comprendre l’infrastructure, le comportement des autres conducteur·trice·s constitue un bagage utile pour des jeunes qui, à 17-18 ans, sont susceptibles de se retrouver au volant d’un véhicule bien plus puissant et potentiellement dangereux.

Ce n’est donc pas pour rien que les associations cyclistes plaident pour que l’apprentissage du vélo soit directement intégré au programme scolaire: un apprentissage progressif intégrant des formations telles que le Brevet du Piéton et le Brevet du Cycliste®, et idéalement appuyé par des projets complémentaires destinés à encourager les déplacements actifs sur le chemin de l’école.

En attendant qu’une telle mesure soit prise en compte par le monde politique, les écoles peuvent jouer un rôle. Certaines le font déjà, s’appuyant sur des outils ou des services existants destinés à accompagner les établissements scolaires.

Au-delà de la formation à proprement parler, de nombreuses mesures peuvent être prises au sein des écoles. Elles peuvent prendre des formes diverses, parfois inattendues, comme ce fut le cas en Flandre en avril dernier, où les huit écoles communales de Zemst offraient aux élèves de la 1re à la 5e primaire se rendant à l’école à pied ou à vélo, de gagner de l’argent sur une carte épargne leur permettant de se divertir à la kermesse du village. Dans le même esprit, les huit écoles communales de Woluwe-St-Pierre récompensaient en septembre les élèves de 6e primaire venus à vélo en leur offrant de la monnaie virtuelle locale, utilisable dans les commerces locaux, mais aussi à la piscine ou au cinéma. En Wallonie, ce sont des défis vélo qui sont menés dans certaines écoles, comme à Hannut, où le GRACQ Hannut lance chaque année un «défi vélo» permettant à des dizaines d’élèves de se mettre en selle et de comptabiliser leurs trajets effectués à vélo. Une initiative qui rencontre un certain succès lorsque les écoles répondent présent puisque les élèves, parents et professeurs d’une seule école ont réussi à faire grimper le compteur de près de 6 000 km en deux semaines.

Menés en partenariat avec les pouvoirs communaux ou le milieux associatif, ces exemples montrent bien que les leviers sont nombreux pour changer nos habitudes en matière de mobilité.

Un autre excellent exemple est l’outil imaginé par l’asbl belge “Mobiel 21”, Émile le serpent mobile, qui s’est depuis exporté dans 19 pays européens. Simple et ludique, ce défi s’adresse aux écoles primaires (enfants, parents et enseignant·e·s). Chaque école fixe elle-même, en début de campagne, l’objectif qu’elle souhaite atteindre en matière de déplacements durables (proportion de déplacements effectués à pied, à vélo, en transports en commun ou en covoiturage). En Wallonie, 21 écoles ont pris part en septembre 2018 aux deux semaines de défi. Cela a permis de réduire le recours à la voiture individuelle de 17% en moyenne, les résultats étant généralement perceptibles plusieurs semaines encore après le défi.

Menés en partenariat avec les pouvoirs communaux ou le milieux associatif, ces exemples montrent bien que les leviers sont nombreux pour changer nos habitudes en matière de mobilité. En créant une dynamique collective, participative, en s’appuyant sur les motivations des élèves eux-mêmes (préoccupations environnementales, qualité de l’air, désir d’émancipation…), et en apportant des réponses concrètes aux préoccupations des cyclistes (sécurité, crainte du vol…) il est possible de transformer les écoles et de les mettre en phase avec les défis de notre époque.

Gaël De Meyere, Gracq

Photo: ©Laurent van Steensel

Cet article est basé sur le dossier: Transport scolaire: si on changeait de cap?, F. Cuignet et C. Rémy, GRACQ Mag 34, automne 2019).

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LE GRACQ

Le GRACQ – Les Cyclistes Quotidiens – est une association qui travaille à tous les niveaux pour améliorer la sécurité et le confort des personnes qui se déplacent à vélo. Constituée à 99% de bénévoles, son expérience de terrain en fait l’interlocutrice privilégiée des pouvoirs publics. La question de la mobilité scolaire lui tient particulièrement à cœur: les groupes locaux du GRACQ organisent des défis vélo, accompagnent des rangs scolaires, proposent des formations pour les parents souhaitant accompagner leurs enfants à vélo, travaillent en partenariat avec les pouvoirs publics pour faire un état des lieux du stationnement vélo dans les écoles ou, plus directement, interpellent les autorités pour demander une meilleurs prise en considération du vélo dans les plans de mobilité.

Plus d’infos: www.gracq.org ou www.gracq.org/roulez-jeunesse

PRO VELO

À Bruxelles et en Wallonie, l’asbl Pro Velo dispense depuis 2003 déjà le Brevet du Cycliste®, afin de former les élèves de 5e ou 6e primaire à la conduite à vélo. L’asbl forme également des encadrant·e·s (les «pools cyclistes») et veille à autonomiser les établissements scolaires dans cette démarche: 90% des écoles prennent ainsi une partie de la formation en charge. Ainsi, ce sont un peu plus de 11.000 élèves qui prennent part chaque année au Brevet du Cycliste® en fédération WallonieBruxelles… soit environ 20% des élèves en âge de passer le Brevet!

Plus d’infos: www.provelo.org/fr/section/ecole

 


 

[1] Rapport BELdam, 2012, p.159 https://mobilit.belgium.be/sites/default/files/downloads/Rapport_final_beldamfr.pdf

[2] «La mobilité scolaire», Cahier du Moniteur de la Mobilité et de la Sécurité Routière, 2017.

[3] Bilan général des enquêtes de mobilité scolaire en Wallonie, SPWDGO2, Direction de la Planification de la mobilité, Namur, avril 2010.

[4] «Mobilité: rien n’est pensé familles», La Ligue des familles, 2018.

[5] Bilan général des enquêtes de mobilité scolaire en Wallonie, SPWDGO2, Direction de la Planification de la mobilité, Namur, avril 2010.

[6] «En toute sécurité sur le trajet de l’école. Analyse des accidents de la circulation impliquant des enfants près des écoles maternelles et primaires», VIAS, 2015.

[7] Plus d’infos sur: https://mobilite-mobiliteit.brussels/sites/default/files/vm_7-stationnementvelo-web.pdf