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Rythmes scolaires et inégalités

Rythmes scolaires et inégalités
Lutter contre l’échec et les inégalités à l’école en redéfinissant les journées scolaires : une priorité pour le Pacte d’Excellence ?

La réforme des rythmes scolaires hante les cabinets des ministres de l’Enseignement depuis 1991 et se retrouve, depuis lors abordée, dans toutes les Déclarations de politiques communautaires. Sans surprise, le Pacte pour un Enseignement d’Excellence de la ministre de l’Education, Marie-Martine Schyns, songe lui aussi (timidement), dans son avis n°3, à revoir les rythmes scolaires pour mieux respecter les besoins physiologiques de l’enfant, lutter contre l’échec scolaire et tâcher de réduire les inégalités sociales qui n’ont de cesse de se reproduire dans notre enseignement. Cette réforme du Pacte est largement soutenue par les associations de parents telles que la FAPEO et aussi par la Ligue des Familles, le délégué général aux droits de l’enfant et l’ONE. Mais vu le contexte politique actuel, peut on réellement espérer une avancée d’ici la fin de la législature ?

Étude de faisabilité

Si l’on en croit le cabinet de la ministre de l’Éducation, Marie Martine Schyns (cdH), l’étude de faisabilité sur la réforme des rythmes scolaires sera bientôt lancée. Cela devait déjà être le cas, il y a près d’un an… « Son objectif est d’étudier les pistes d’aménagement, leurs avantages mais aussi leurs freins, et ce pour les différents acteurs concernés, dont les associations sportives, les mouvements de jeunesse, les profs et les parents ». De nombreuses études dé- montrent en effet que l’activité intellectuelle des élèves fluctue au cours de la journée et aussi, au cours de la semaine. Pourtant, l’école continue d’occulter ce précieux savoir et ne parvient pas à en tirer profit. « L’organisation traditionnelle des temps scolaires est aujourd’hui à bout de souffle, dé- nonce Delphine Chabert de la Ligue des Familles. Elle ne correspond que très rarement aux autres temps journaliers que sont les temps libres, les temps d’activités extrascolaires et les temps en famille ». En allongeant la journée scolaire, on éviterait que les élèves emportent du travail à domicile puisque les devoirs seraient faits à l’école. De fait, les temps en famille s’en trouveraient davantage respectés et cela contribuerait, également, à stopper la discrimination qui existe autour des devoirs à domicile. Comme l’explique Daphné Renders, chargée de mission à la FAPEO, Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel, « tous les parents n’ont pas forcément l’occasion, ni les compétences pédagogiques nécessaires pour accompagner les enfants dans ces tâches. Tous ne pratiquent pas le français couramment à la maison et nombreux sont ceux qui cèdent à la tentation de faire les devoirs à la place des enfants. C’est contreproductif ». Par ailleurs, chez les familles plus aisées, on constate une augmentation du recours aux professeurs particuliers dans le soutien aux devoirs, ce qui augmente encore davantage les inégalités entre les familles, puisque toutes, ne peuvent pas se les offrir. Il en va de même pour les activités extra-scolaires qui ne sont pas accessibles financièrement à toutes les familles.

Culture et sport

L’équipe du Pacte envisage d’ailleurs une piste très concrète qui garantirait un meilleur accès pour tous aux activités extra-scolaires. Il s’agirait de faire entrer dans l’horaire des élèves, de nouvelles activités sportives et culturelles, en allongeant la pause du midi jusque 15 heures, période durant laquelle les élèves ont besoin de bouger, jouer, apprendre autrement en menant, par exemple, des projets collectifs au sein de l’école. Le premier enjeu est bien évidemment le bien-être de l’enfant et/ou adolescent, puisque cela pourrait se faire tout le long du tronc commun, mais aussi la lutte contre les inégalités. En intégrant des activités culturelles et sportives à l’école, on donne le droit à tous les enfants d’y prendre part.

Ailleurs dans le monde

De nombreux pays de l’OCDE proposent déjà ce type d’activités dans leurs écoles. Dans son rapport « Regards sur l’éducation 2017 »1 , l’organisation internationale pointe quelques exemples de pratiques qui pourraient inspirer la Fédération Wallonie-Bruxelles : – en Slovénie, par exemple, les établissements d’enseignement primaire doivent proposer aux élèves des cours extrascolaires, qui leur permettent d’étudier, de terminer leurs devoirs, de jouer, de participer à des activités créatives et sportives ainsi qu’à des activités périscolaires ; – en Hongrie, les établissements sont tenus d’organiser des activités périscolaires jusqu’à 16 heures dans l’enseignement primaire et le premier cycle de l’enseignement secondaire, et les élèves sont tenus d’y participer ; – au Portugal, ces activités peuvent être proposées par des associations de parents d’élèves et des organisations non gouvernementales ; – au Chili, en Estonie, en Islande, en Italie, au Japon, en République tchèque et en Slovénie, les enseignant-e-s peuvent bénéficier de primes s’ils participent à ces activités périscolaires, et ce, de l’enseignement primaire au deuxième cycle de l’enseignement secondaire. Ces activités sont obligatoires pour les enseignant-e-s et leur rémunération est intégrée dans le salaire statutaire dans certains pays, à savoir la Hongrie, la Lettonie et le Luxembourg ; – l’accueil des enfants (dans l’enseignement primaire), le tutorat, les cours de soutien et les activités sportives, artistiques ou culturelles sont autant d’exemples typiques d’activités périscolaires organisées avant et/ou après la journée de classe. Ces activités incluent aussi en Turquie, des cours de langues étrangères, des cours de technologies de l’information et de la communication (TIC) ainsi que des clubs de lecture et des ateliers d’écriture en Espagne.

Le chapitre sur les rythmes scolaires expose ceci :

– allonger la journée scolaire d’1h ou 1h30 pour y intégrer une large part des travaux à domicile et des activités extra-scolaires, une proposition largement soutenue par la FAPEO et la Ligue des Familles ;

– ne pas commencer les cours avant 8h30 ;

– mener une réflexion globale sur l’organisation des séquences de cours en fonction des rythmes de l’enfant et approfondir la formation initiale et continue sur ce sujet afin que les enseignant-e-s puissent adapter leurs méthodes pédagogiques ;

– durant les années scolaires couvertes par le tronc commun, étudier l’instauration dans la journée scolaire d’un temps parascolaire pendant lequel des activités culturelles, artistiques, citoyennes, sportives sont organisées par des acteurs extérieurs.

Il y a près d’un an, lorsque la ministre parla, pour la première fois, de modifier les rythmes scolaires, la proposition ne plu pas vraiment et la presse fut le théâtre de nombre de prises de position tant du côté des parents que des professeurs et de leurs syndicats : les parents s’inquiètent pour les activités extrascolaires de leurs enfants, les professeurs, eux, craignent de voir leur journée de travail encore rallongée… En effet, pour Joseph Thonon, président communautaire de la CGSP-Enseignement « modifier la journée scolaire serait très compliqué à envisager notamment pour les professeurs et nous y sommes d’ailleurs, plutôt opposés ». Pourtant, « dans le contexte actuel, les familles ont de plus en plus de difficultés à assurer le quotidien et ce sont les temps de l’après journée qui sont les premiers touchés », répète Delphine Chabbert de la Ligue des Familles. Revoir les rythmes scolaires semble donc essentiel pour améliorer le quotidien tant des élèves que des professeurs et des parents. Des élèves plus performants, plus attentifs et moins fatigués pour de meilleurs résultats scolaires, cela semble possible si l’on se décide à mieux respecter leurs rythmes biologiques. L’appétence scolaire n’en serait que boostée, ce qui devrait pour sûr, plaire aux enseignant-e-s et améliorer au passage, l’efficacité de notre enseignement.

Maud Baccichet, secteur communication

Sources:

Avis n°3 du Groupe central, 7 mars 2017. Publication du Pacte pour un Enseignement d’Excellence. P. 303 et 304.

Site web sur Internet : www. laligue.be/association

Xavier Estruch et Denis Theunynck. Applications de la chronobiologie à la planification des cours et aux rythmes scolaires. Revue de la littérature. Recherche Littorale en Activités Corporelles et sportives, Université du Littoral-Côte d’Opale, Dunkerque.

1. L’OCDE a publié à la miseptembre, ses « Regards sur l’éducation 2017 » , publication de référence sur l’état de l’éducation dans le monde.