Actualité: Immigration - Réfugiés, La Ligue, Société

Regarde où tu es, tu es peut-être chez toi…

Regarde où tu es, tu es peut-être chez toi…
à partir d’un extrait d’un texte de l’écrivaine India Desjardins (ci-dessous), le groupe en apprentissage de français de la Ville de Bruxelles à l’école du Canal, animé par Pauline Laurent, a travaillé sur la notion de ville, de chez soi, de découvertes et de rencontres…
Ce projet collectif prendra la forme d’un film 1 sur la ville et les ressentis face à elle.

Le jour où je m’étais perdue  à l’angle de deux rues de ma nouvelle ville, j’avais un peu paniqué. J’avais alors trouvé une cabine téléphonique pour appeler ma sœur. Je lui avais dit: «je suis perdue.» Elle m’avait répondu:  Peut-être pas. Regarde où tu es, tu es peut être chez toi.» Et elle avait raison. En levant les yeux, j’avais aperçu un appartement à louer et j’avais réalisé que j’étais exactement où je devais être.

Nomade, texte d’India Desjardins

Je suis

Je m’appelle Salima, je m’appelle Saïda, je m’appelle Alina, je suis Omee, je suis Zeyneb, je m’appelle Jany, Mahboba, Jamileh, je m’appelle Ferewut, je  m’appelle Eram, je suis Karima, Evelina, je m’appelle Mulu.

J’ai 26 ans,  j’ai 36 ans, je suis née le 11.11.1990, je suis mariée, je suis divorcée, j’ai quatre enfants, j’ai deux enfants, j’ai trois enfants, j’ai un enfant.

Ma nationalité est bangladaise, je suis pakistanaise, je viens d’Éthiopie, je suis roumaine  et je suis née en Galati, une ville à côté du Danube.

Toute ma famille habite au  Maroc. J’habite ici avec la famille de mon mari et ma famille est restée au Bangladesh. Mes parents me manquent. Ma famille habite  au Canada et à Dubaï.

Je suis venue  ici pour mon mari. Après 18 ans, toute ma vie a changé. J’ai laissé ma maison, mes chats, ma vie et je suis arrivée ici, en Belgique il y a 9 mois. J’habite ici depuis 8 ans, depuis 20 ans,  je  suis  arrivée ici en 2008, en 2011.

J’ai trouvé Bruxelles avec mes yeux grands ouverts et avec la peur du changement.

Je me souviens

Je me souviens de la première fois que je suis arrivée à Bruxelles. J’ai vu beaucoup de lumières et j’ai pensé que c’était propre et calme.

La première fois que je suis  arrivée en Belgique, j’ai vu l’aéroport. J’ai dit WAWA. L’aéroport est plus propre qu’en Ethiopie.

Il  fait plus froid qu’au Maroc mais la Belgique est belle et magnifique.

J’ai vu des jupes courtes et j’étais surprise.

Je me souviens qu’il fait très froid pour moi, chez nous il fait plus chaud et puis mon mari est venu me chercher pour aller à la maison.

J’ai vu beaucoup de femmes boire de l’alcool dans les bars.  Au Bangladesh, c’est interdit. J’ai  vu tout le monde, de toutes les couleurs, de toutes les nationalités, de toutes les religions, bouger, chanter,  manger, boire, danser et dormir dans  la rue Et j’ai adoré ce changement.

Ma ville 

Le palais de Justice, la Grand’Place, le Sablon, la place du Jeu de  Balle, le boulevard Anspach, la place Sainte- Catherine sont les endroits qui me rendent amoureuse de Bruxelles.

Mon quartier préféré c’est les Serres Royales, c’est l’Atomium.

Nous habitions à la Barrière, c’était bruyant. Maintenant nous sommes à Laeken, c’est calme et nous sommes contents.

À la place du Béguinage, j’ai trouvé ma nouvelle maison, ma tranquillité, ma nouvelle vie. Quand je regarde cette église, je pense à la force qu’elle a eue pour  résister pendant 400 ans, j’ai la force pour construire mon bonheur ici.

J’habite rue de Laeken et ici, parfois la nuit il y a beaucoup de bruits. Moi, je n’aime pas le bruit.

J’habite au canal depuis 12 ans et j’ai envie de  changer. Mon quartier préféré c’est Jette et je vais y habiter.

Pendant 10 ans, j’ai habité à Schaerbeek dans un quartier calme entre le Boulevard Paul Deschanel et la place des Bienfaiteurs. Maintenant, j’habite à  1000 Bruxelles depuis 5 ans, c’est autre chose. Il y a beaucoup d’ambiance. De  plus, le centre-ville c’est tout près de chez moi.

J’ai pu m’adapter et me familiariser très vite avec ce quartier  parce qu’il y a beaucoup de nationalités. J’ai trouvé qu’on peut entendre ici 5-6 langues en 10 mètres dans la rue. Et aussi, j’ai trouvé beaucoup de roumains. On peut écouter nos chansons tous les jours à côté de la Grand’Place.

J’aime…

J’aime faire de la pâtisserie, depuis le cours de français, j’ai appris beaucoup de plats de différents pays.

J’aime beaucoup faire du vélo avec mon mari et mes enfants et j’aime aussi aller à la piscine.

J’aime bien manger des glaces et j’aime bien chanter.

J’aime le chocolat noir.

J’aime cuisiner chaque jour, j’essaie de faire différents plats.

Je parle anglais, ourdou, amharique, roumain. Je parle hindi, bangla et un petit peu français.

J’ai la chance de vivre dans la grande ville de Bruxelles. J’ai trouvé à Bruxelles un petit peu de Paris, un peu d’Amsterdam, un peu de Galați au  Canal et un peu de Roumanie dans tous les roumains qui vivent ici.

J’aime beaucoup Bruxelles parce qu’il y a beaucoup de  nationalités. C’est mon deuxième  pays.

Bruxelles m’a embrassé avec son charme, ses couleurs, sa vivacité et elle a fait disparaître toutes mes peurs.

Je t’aime Bruxelles et je  sens que tu m’aimes aussi.

 

Pauline Laurent, secteur interculturel de la Ligue de l’Enseignement

 

1. Cette initiative a été financée par le Fonds Papillon de la Fondation Roi Baudouin.

Legende illustration: Sortie de groupe à l’Atomium, vue sur Mini-Europe


Les projets de la Ligue dans les écoles et les quartiers

Le secteur interculturel a deux objectifs principaux:

  • améliorer la cohésion sociale dans les quartiers, c’est-à-dire permettre à toutes les personnes concernées de faire leur place dans la société et d’y être reconnues à part entière;
  • favoriser la communication entre les écoles, ses acteurs/actrices et les familles en milieu populaire multiculturel et la communication entre les habitant.e.s des quartiers.

Les projets sont développés dans 6 communes bruxelloises, grâce au soutien de la Cocof, à Anderlecht, Bruxelles, Etterbeek, Molenbeek-Saint-Jean, SaintGilles et Schaerbeek. Si ces initiatives peuvent prendre des formes très variées – tant au niveau des publics touchés que par les activités développées – elles ont pour axe principal l’apprentissage du français.