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IPPJ et scolarité

IPPJ et scolarité
La Ligue de l’Enseignement et de l’Education permanente vient de publier une étude sur les Institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ): « Quelle scolarité dans les IPPJ ? – Les Institutions publiques de protection de la jeunesse face à l’enjeu éducatif ».
Voici le compte rendu de la conférence de presse du 31 janvier 2013 durant laquelle, l’auteure, Valérie SILBERBERG, a présenté ses recherches.

Décrochage scolaire, renvois, absentéisme, échecs, situations sociales précaires, toxicomanie, délits, les adolescents placés en Institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ) ont bien souvent derrière eux un parcours de vie chaotique.

La mission des IPPJ est de les aider à se réintégrer dans la société et d’éviter que, pris dans l’engrenage des récidives, ils ne se retrouvent, une fois majeurs, en prison. De ce point de vue, la rescolarisation des jeunes est un enjeu important.

Nous avons donc voulu aller y regarder de plus près et partager l’expérience des professionnels, afin d’être en mesure d’émettre des propositions concrètes pour améliorer l’enseignement dispensé en IPPJ.

A cette fin, nous nous sommes rendus dans trois IPPJ (Braine-le-Château, Fraipont et Saint-Servais), où nous avons rencontré une partie du personnel des équipes enseignantes.

Dans cette étude, nous n’avons pas cherché à connaître les faits justifiant le placement des jeunes. Ce serait là un autre sujet de recherche. Nous nous sommes fixés pour objectif d’observer et d’analyser les projets et la méthodologie mis en place pour raccrocher les jeunes à leur scolarité.

Partie théorique

Dans la première partie de l’étude, nous nous sommes attachés à présenter les mesures prises pour les jeunes dans le secteur de l’Aide à la jeunesse. Un chapitre est ensuite consacré à l’histoire de ce secteur et de l’évolution du statut du jeune « délinquant », avant d’aborder plus spécifiquement les IPPJ et le cadre légal qui les entoure.

Les IPPJ

Les Institutions Publiques de Protection de la jeunesse assurent une part importante du traitement institutionnel de la délinquance juvénile. Les objectifs des IPPJ sont de favoriser la réinsertion sociale et de permettre aux jeunes d’acquérir une meilleure image d’eux-mêmes.

Seuls le tribunal de la Jeunesse ou un juge d’instruction sont compétents pour décider de placer un jeune dans une IPPJ, s’il est soupçonné ou s’il a commis un « fait qualifié infraction ». Le jeune doit être âgé de minimum 12 ans s’il est placé dans une section à régime ouvert, et de minimum 14 ans s’il est placé dans une section à régime fermé.

La durée de la mesure de placement provisoire par ordonnance est variable d’une situation à l’autre. La mesure de placement par jugement doit être revue au minimum tous les 6 mois. La durée du placement en milieu fermé est soumise à des délais plus stricts.

On constate que la première problématique mentionnée dans les décisions de placements est de loin celle de l’absentéisme ou du décrochage scolaire, suivie par le non-respect des conditions (dont certainement celle de ne pas suivre un cursus scolaire). On note, en troisième lieu, les problèmes familiaux et, ensuite, la problématique de la fugue. Viennent enfin les problèmes de comportement, de violence et de consommation de drogues.

Il existe cinq Institutions Publiques de Protection de la Jeunesse (IPPJ) gérées par la Communauté française: quatre accueillent les garçons (Braine-le-Château, Fraipont, Jumet, Wauthier-Braine), une accueille les filles (Saint-Servais).  Il existe différents régimes: ouvert ou fermé.

Chaque IPPJ met en place intra-muros un ou plusieurs projets pédagogiques au sein de services spécifiques – accueil, orientation, individualisation, observation et éducation. Chaque IPPJ offre également un service extra muros : l’accompagnement post institutionnel (API), soit le suivi dans le milieu de vie de jeunes qui ont été placés en institution publique.

Les jeunes sont encadrés et accompagnés au quotidien par une équipe d’éducateurs, de formateurs et de surveillants. Une équipe psycho-médico-sociale est responsable du suivi individuel de chaque jeune et prend plus particulièrement en charge les contacts avec la famille et les intervenants extérieurs, en collaboration avec les délégués du Service de protection judiciaire, les institutions privées, les écoles.

L’enseignant offre à chaque jeune l’occasion de réapprendre le rythme scolaire et ses exigences, de développer ou de fixer ses connaissances de base, d’expérimenter de nouveaux comportements souhaités par le biais des habiletés sociales, de découvrir ou de s’affirmer dans divers types de pratiques professionnelles. L’enseignant veille à favoriser la réinsertion sociale des jeunes et à leur permettre d’améliorer l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.

Pour toutes les IPPJ, l’âge de la plupart des jeunes se situe entre 15 et 17 ans. Les problématiques le plus souvent relevées sont : l’absentéisme et le décrochage scolaire (18%), les problèmes familiaux (14%), les problèmes relatifs à la délinquance (11%) et les problèmes de comportement (10%).

La moitié des jeunes placés en institutions publiques n’a pas obtenu son certificat d’études de base. Les intervenants notent que les jeunes ont connu de nombreuses réorientations et exclusions dans leur parcours scolaire.

La scolarité des jeunes placés en IPPJ

La période de placement est couverte par une attestation fournie par l’IPPJ. Celle-ci justifie l’absence scolaire. La scolarité est le plus souvent prise en charge à l’intérieur de l’IPPJ par des cours individualisés.

L’enseignement dispensé aux jeunes au cours de leur placement constitue un enseignement à domicile au sens de la loi du 29 juin 1983 concernant l’obligation scolaire. Les enseignants employés au sein des IPPJ sont assimilés aux enseignants de l’Education communautaire lorsqu’il s’agit d’effectuer les corrections des épreuves externes communes (CEB) que certains jeunes pris en charge sont amenés à passer durant leur placement.

Les types de prise en charge dans les IPPJ sont nombreuses et fonction de la durée de séjour des jeunes.

Par « enseignement à temps plein », il faut entendre l’enseignement dispensé à raison d’un minimum de 28 périodes hebdomadaires et d’un maximum de 36 périodes hebdomadaires de 50 minutes chacune (services d’éducation à régime ouvert et fermé). Par « enseignement à temps partiel », il faut entendre l’enseignement dispensé à raison d’un minimum de 15 périodes hebdomadaires de 50 minutes chacune (prises en charge d’une durée supérieure à  42 jours).

L’âge moyen lors du placement en IPPJ est de 15 ans et 11 mois pour les garçons, et de 15 ans et 4 mois pour les filles. Concernant le profil scolaire de ces jeunes, plus de la moitié n’ont pas leur CEB (Certificat d’études de base) !

Le niveau des jeunes placés en IPPJ est très variable. Les enseignants doivent donc faire preuve d’une adaptation permanente à des publics aussi hétérogènes. Et les activités d’enseignement nécessitent une organisation très individualisée.

Les projets pédagogiques des IPPJ développent en détail la méthodologie adoptée par les équipes enseignantes au sein des institutions, l’organisation générale de l’enseignement, les objectifs pédagogiques poursuivis dans chaque classe et atelier, ainsi que les outils utilisés et l’évaluation réalisée.

Quelques exemples de modules mis en œuvre dans les IPPJ :

– cours généraux : français, mathématiques, éveil (histoire, géographie, éveil scientifique) ;

– cours techniques, ateliers : menuiserie, électricité, horticulture, atelier mécanique-vélo, infographie, dessin, peinture, modelage, sculpture, éveil à l’actualité, hippo-nature, art-thérapie, hygiène, habiletés sociales, sensibilisation, analyse de films et de médias contemporains… ;

– cours d’éducation physique ;

– cours philosophiques.

Les jeunes évoluent à travers deux axes principaux :

– l’axe des compétences relatives à la maîtrise de la langue française (savoir écrire, savoir parler, savoir lire, savoir écouter) ;

– l’axe des compétences relationnelles (connaissance et confiance en soi, connaissance de l’autre et de ses différences, implication dans la vie sociale), instrumentales (développement des processus mentaux de la pensée) et relatives à la prise de conscience de son fonctionnement (principalement de sa manière d’apprendre) : c’est la capacité à évoluer dans un environnement social quel qu’il soit, et qui impose l’acquisition de savoir-être et de savoir-vivre.

L’organisation du programme scolaire des jeunes peut varier au sein de chaque institution :

– soit tous les jeunes placés dans l’institution suivent une formation identique, l’objectif principal recherché est alors la variation des apprentissages ;

– soit tous les jeunes placés au sein d’une section de l’institution (Braine-Le-Château) suivent le même programme de formation, une partie de ce programme (les cours techniques) étant différente d’une section à l’autre ;

– soit les jeunes placés sont répartis dans des classes et ateliers en fonction de leurs acquis scolaires et/ou de leurs aspirations en matière d’orientation professionnelle (Saint-Servais et Fraipont).

Au-delà de ces multiples organisations, il faut mentionner que tous les jeunes placés dans les services d’éducation :

– reçoivent un enseignement individualisé ; chaque classe ou atelier comporte rarement plus de 6 jeunes ;

– reçoivent un enseignement basé sur les socles de compétence établis par l’enseignement de la Communauté française ;

– ont la possibilité de préparer les examens de l’épreuve générale externe (CEB) en vue de l’obtention du certificat d’études de base et, pour certains d’entre eux, de présenter cette épreuve pendant leur placement en IPPJ;

– ont la possibilité de préparer l’examen de préapprentissage des classes moyennes qui donne accès au contrat d’apprentissage ;

– ont un projet de réinsertion scolaire ou professionnelle à leur sortie de l’IPPJ.

On peut encore retenir les caractéristiques suivantes de l’enseignement dispensé en IPPJ :

– cet enseignement vise à permettre au jeune de réintégrer un cursus de formation, après avoir repris des habitudes de travail et après avoir acquis, fixé ou augmenté ses connaissances ;

– il vise à restaurer des valeurs telles que l’effort, le courage, la confiance en soi;

– il vise à apprendre au jeune comment se comporter à l’égard d’autrui (maîtrise des émotions, écoute, respect et tolérance) ;

– il vise à développer les habiletés sociales et l’autonomie fonctionnelle, en particulier pour les jeunes qui sont proches de la majorité et qui n’ont plus de projets de réinsertion scolaire.

Partie pratique

Dans la partie pratique de l’étude, nous vous proposons de prendre connaissance des témoignages que nous avons recueillis auprès du personnel des secteurs « enseignement » des trois IPPJ visitées. De l’analyse de ces témoignages résultent 12 propositions d’améliorations que vous pourrez découvrir dans la dernière partie de l’étude.

Notre étude est une recherche essentiellement qualitative, à visée compréhensive. Avec les acteurs concernés, nous avons mené des entretiens semi-directifs, collectifs ou individuels, accordant une large place à l’expression des représentations et des valeurs.

Nous nous sommes donc rendus dans trois IPPJ où nous avons interrogé une partie du personnel chargé de l’enseignement.

Les 3 IPPJ visitées

Créée le 3 juillet 1981, l’IPPJ de Braine-le-Château accueille, en régime éducatif fermé, des adolescents masculins entre 14 et 18 ans (20 ans en cas de prolongation des mesures) ayant commis des actes délinquants graves (violences contre les personnes) et placés par décision motivée du magistrat. L’IPPJ abrite 3 services d’éducation en milieu fermé prenant en charge 10 jeunes chacun.

Ouverte en 1972, l’IPPJ de Fraipont accueille 69 adolescents masculins âgés de 12 à 18 ans. Le secteur enseignement de l’IPPJ prend en charge les 36 élèves issus des trois sections d’éducation de l’institution. L’horaire scolaire est composé de 29 périodes de 50 minutes.

L’IPPJ de Saint-Servais existe depuis quatre-vingts années et assure l’encadrement et le suivi de 46 jeunes filles âgées de 12 à 18 ans, confiées par l’ensemble des juges de la jeunesse francophones. Chaque classe est composée d’un maximum de 6 élèves. Une grille horaire de 29 heures de cours par semaine est appliquée.

Principaux constats

Lors de nos rencontres, nous nous sommes rendu compte qu’exercer le métier d’enseignant dans une IPPJ est un véritable don de soi. C’est donc généralement par réelle vocation que ces acteurs se sont engagés dans cette voie.

L’individualisation est la méthodologie utilisée par toutes les IPPJ. Le public des IPPJ est en grand décrochage scolaire, et l’apprentissage en petits groupes permet de mieux se centrer sur les carences et les besoins des jeunes. Cela permet aussi de rétablir la confiance en eux et en l’adulte, de les valoriser, de les réintégrer dans leur cursus scolaire.

Pour la plupart des jeunes placés en IPPJ, l’apprentissage en ateliers est quelque chose de nouveau.  Ces ateliers leur permettent de trouver un sens, une utilité à l’acquisition de savoirs. La pratique les motive et capte leur attention.

L’approche par la pluridisciplinarité est une autre particularité des IPPJ. Ce travail en équipe participe pleinement à la réinsertion sociale et scolaire des jeunes. En IPPJ, l’approche est globale. Les professeurs ne sont pas tous seuls, ils travaillent avec le reste de l’équipe. Les professeurs en IPPJ sont tout autant éducateurs que professeurs.

Le public des IPPJ est très hétéroclite en termes de niveaux scolaires. Il se situe entre l’enseignement spécialisé et l’enseignement de plein exercice. Plus de la moitié des jeunes n’ont pas obtenu leur CEB. Comme la plupart des jeunes sont en décrochage scolaire, un des premiers objectifs poursuivis par les enseignants est de leur donner envie de se réintégrer dans le système scolaire.

Il n’y a que très peu d’élèves par cours, car les enseignants doivent tout remettre en place. Tous nous ont expliqué que les premières heures de cours étaient consacrées à la mise en place de bases: s’asseoir et rester sur une chaise, utiliser un bic, une latte…

Les difficultés rencontrées par les enseignants des IPPJ

La première difficulté pédagogique rencontrée par les enseignants des IPPJ est donc celle de s’occuper de jeunes qui ont des niveaux très différents. Les professeurs doivent dès lors faire preuve d’adaptation. Dans une même classe, on peut avoir un jeune de 4e secondaire, un jeune analphabète et un MENA (mineur en exil non accompagné).

Les difficultés sont aussi liées à la durée de placement et aux moments de placement des jeunes qui peuvent arriver durant toute l’année. Il faut aussi tenir compte de nombreux mouvements durant les cours: audiences, sorties, transferts par la police, visites des avocats…

Les enseignants des IPPJ se plaignent également de ne pas être formés pour prendre en charge des jeunes aux troubles plus profonds. Certains jeunes sont débiles légers. D’autres souffrent d’analphabétisme. Les enseignants sont aussi confrontés parfois à la gestion de cas borderline, à caractéristiques psychiatriques. Ces jeunes auraient besoin d’une aide thérapeutique avant d’être placés en IPPJ pour être resocialisés et rescolarisés.

Une des grandes frustrations des équipes enseignantes est de ne pas pouvoir certifier l’enseignement qu’ils ont dispensé aux jeunes durant leur placement. Il n’y a que le CEB qu’ils puissent certifier au sein de l’IPPJ.

Tant qu’elles le peuvent, les équipes des IPPJ entretiennent des contacts avec les établissements scolaires extérieurs, non seulement pour des côtés pratiques (cours, examens…), mais aussi pour que les jeunes puissent maintenir un lien avec la réalité hors institution.

PROPOSITIONS POUR AMELIORER L’ENSEIGNEMENT DANS LES IPPJ

Les rencontres avec les acteurs des IPPJ, l’analyse des difficultés dont ils nous ont fait part et l’ensemble des idées et des suggestions qu’ils nous ont formulées, nous ont conduit à émettre 12 propositions pour améliorer l’enseignement dispensé dans les IPPJ.

Les propositions que nous présentons sont le fruit de ces rencontres, et nous pensons que leur mise en œuvre serait bénéfique autant pour les jeunes que pour les professionnels des IPPJ. Elles pourraient, en effet, aider les IPPJ à remplir encore plus complètement leurs missions.

Vous pourrez prendre connaissance de ces 12 propositions à la fin de notre étude. Nous faisons part aujourd’hui de celles qui nous semblent les plus importantes.

Le décrochage scolaire

Certains membres du personnel des IPPJ nous ont fait part de leur désarroi face à des jeunes en décrochage scolaire depuis plusieurs années. Le contrôle de l’obligation scolaire devrait être renforcé afin d’intervenir plus tôt auprès de jeunes qui ne trouvent pas leur place dans le système scolaire traditionnel. Les enseignants des IPPJ estiment en effet que leur mission intervient trop tard, au moment où ces jeunes ont déjà accumulé une succession d’échecs, de démotivations  et de désillusions. Le jeune arrive abîmé par son parcours social, familial et scolaire. Il est dès lors extrêmement difficile de le raccrocher à un cadre, à une structure, à une institution.

La certification des acquis

Rappelons que l’enseignement dispensé par les IPPJ est assimilé à l’enseignement à domicile. Les compétences acquises par les jeunes durant leur placement ne sont pas certifiées. Il faudrait dès lors permettre aux équipes enseignantes des IPPJ de certifier la scolarité des jeunes, ce qui favoriserait la reconnaissance du travail accompli par les professeurs dans ces institutions, mais aussi l’investissement des jeunes qui n’auraient plus l’impression de perdre leur temps. Ce qui est fait dans l’enseignement qualifiant avec la CPU (Certification par unités) pourrait être une porte d’entrée à la certification. Avec la CPU, la formation est divisée en unités de formation qui qualifient progressivement les élèves. L’évaluation ne se fait plus en décembre et en juin, mais à la fin de chaque unité tout au long de l’année, ce qui rend les objectifs à atteindre plus concrets, mieux définis, dans des délais plus courts (ce qui concorderait avec la durée de certains placements des jeunes en IPPJ). Dans ce système, la remédiation rapide pour les élèves en difficulté devient donc essentielle: elle doit permettre de réduire les échecs.

La durée du placement

La durée et les moments de placement des jeunes est une autre des difficultés rencontrées par les enseignants dans les IPPJ. Cette difficulté ne permet pas aux IPPJ de donner le même type de cours que dans l’enseignement traditionnel. Les IPPJ ne peuvent se référer exclusivement aux méthodes, contenu et organisation de l’enseignement traditionnel pour atteindre l’objectif de réinsertion scolaire au terme d’un placement d’une moyenne de 4 ou 5 mois. Les enseignants ne peuvent en effet combler les lacunes des jeunes en quelques mois et doivent surtout travailler sur la remédiation et le raccrochage scolaire, plutôt que sur l’acquisition de savoirs. Les enseignants sont conscients des limites d’apprentissages qu’ils peuvent apporter aux jeunes. Il ne faut pas oublier que les enseignants ne se fixent pas le seul objectif scolaire, mais qu’ils doivent aussi travailler les pôles affectif, psychologique, familial, etc.

Les collaborations entre l’Ecole et les IPPJ

Pour optimiser le raccrochage des jeunes, un rapprochement serait plus que souhaitable entre l’enseignement de plein exercice et les IPPJ. Les contacts devraient être formalisés afin d’offrir aux jeunes la meilleure réinsertion scolaire possible. Ce rapprochement devrait avoir lieu :

– à l’entrée des jeunes au sein des IPPJ et durant leur placement, par la création ou le maintien des contacts avec les établissements scolaires extérieurs (transferts des cours, des examens, suivi des dossiers des élèves…) ;

– à leur sortie, en facilitant leur (ré)inscription et leur réintégration dans le système scolaire traditionnel (suivi des dossiers et des données sur les jeunes…).

Une collaboration étroite avec les établissements scolaires extérieurs favoriserait également une réinsertion scolaire plus en douceur pour les jeunes qui sortent des IPPJ. Aujourd’hui, le contraste entre la réalité des IPPJ et celle de l’enseignement de plein exercice ne favorise pas une réintégration  optimale.

C’est pourquoi il serait également souhaitable :

– d’étendre la possibilité d’intégrer progressivement une école extérieure pour le jeune en fin de placement, afin qu’il puisse s’habituer à un autre contexte, dans des classes plus peuplées… ;

– de prévoir une espèce de sas entre l’IPPJ et l’établissement scolaire extérieur, avec des classes de taille moyenne et un enseignement situé entre l’individualisation et le groupe ;

– de pérenniser la reprise de confiance du jeune.

L’après-placement

Pour assurer le suivi scolaire des jeunes à leur sortie des IPPJ, il faudrait permettre des rencontres entre enseignants des institutions et professeurs des établissements scolaires, afin qu’ils puissent échanger sur les difficultés des jeunes, sur leur projet. Les contacts avec les centres PMS devraient également être privilégiés, les enseignants des IPPJ ayant pu observer le comportement des jeunes pendant leur placement. L’avis des équipes enseignantes des IPPJ pourrait également être pris en considération lors des conseils de classe. Le travail effectué par les enseignants n’est actuellement pas assez pris en compte, non seulement au sein des institutions, mais également dans le système général de l’Aide à la jeunesse. Les enseignants aimeraient notamment être plus consultés par rapport à la réorientation des jeunes en fin de placement. Si l’accompagnement post-institutionnel était étendu à tous les jeunes qui ont été placés, les acteurs de l’Aide à la jeunesse pourraient alors disposer de statistiques concernant l’après-placement. Les enseignants des IPPJ sauraient ce qu’il est advenu des jeunes dont ils se sont occupés, et pourraient évaluer le travail qu’ils ont accompli auprès de ces jeunes.

La remédiation

La remédiation devrait également trouver sa juste place dans l’enseignement traditionnel pour des jeunes qui ont du mal à suivre les cours. L’individualisation, méthodologie unanimement mise en place dans les IPPJ, permet de restaurer et de maintenir la confiance dans l’adulte-enseignant. Elle permet également de mieux se centrer sur les carences et les besoins des jeunes, de travailler le réflexe scolaire et de miser plus sur les compétences que sur les matières. Il faudrait dès lors que les établissements scolaires extérieurs prévoient une plage horaire entièrement consacrée à la remédiation afin de sortir le jeune en difficultés du groupe-classe et de s’occuper de ses problèmes plus spécifiques.

En guise de conclusion…

Vu l’hétérogénéité de la population accueillie en IPPJ, la durée des prises en charge, le large éventail de cours qu’il faudrait organiser, la non-certification des acquis, le manque de collaboration avec l’enseignement de plein exercice et avec les parents des jeunes…, les IPPJ n’ont pas les moyens d’offrir un enseignement équivalent à celui de l’enseignement dispensé par les établissements scolaires en Communauté française.

En amont des services d’Aide à la jeunesse, peu de choses sont faites pour régler le problème d’exclusion de certains jeunes. La prévention générale devrait trouver sa place dès l’école primaire, car c’est à ce stade que commence déjà l’exclusion.

La question de la scolarité des mineurs enfermés déborde donc le cadre des IPPJ. Elle interpelle directement les écoles elles-mêmes et, sans doute, les instances politiques en charge de l’Enseignement. C’est la raison pour laquelle nous plaidons pour que des habitudes de travail entre personnels enseignants des IPPJ et des établissements scolaires soient davantage développées.

Valérie SILBERBERG, Responsable du secteur Communication à la Ligue de l’Enseignement et de l’Education permanente.

 

Consultez l'étude ici: