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Précarité étudiante: quelles mesures structurelles à venir?

Précarité étudiante: quelles mesures structurelles à venir?

Après 2 années de campagne contre la précarité étudiante, la Fédération des Étudiant·e·s Francophones (FEF) a occupé le siège du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La ministre Valérie Glatigny (MR) a rencontré une délégation. Qu’en est-il sorti?

Le mercredi 5 mai dernier, une petite centaine d’étudiant·e·s s’est donnée rendez-vous au siège du gouvernement. Leur objectif: réclamer des mesures structurelles contre la précarité étudiante.

Une paupérisation des jeunes

Depuis une quinzaine d’années, la paupérisation des étudiant·e·s s’aggrave[1]. Entre 2002 et 2017, le nombre d’étudiant·e·s faisant appel aux CPAS pour financer leurs études a été multiplié par 7,5. En 2017, le SPF Intégration Sociale indiquait que 27.133 étudiant·e·s avaient dû passer par les organismes de lutte contre la pauvreté pour entreprendre des études et subvenir à leurs besoins. Outre les CPAS, les services sociaux des établissements universitaires et des hautes écoles sont débordés de demandes. Faire des études, cela coûte beaucoup d’argent: entre 8.000 et 12.000 euros l’année, rapporte la Fédération des Étudiant·e·s Francophones. Il faut payer le minerval mais pas seulement. Il y a d’autres dépenses liées aux études comme les livres, le matériel, les frais liés aux stages, aux déplacements. Puis, reste encore le logement à payer, la nourriture, les vêtements, les soins médicaux, etc.

Illustration: Abdel de Bruxelles

Un autre phénomène récent est venu accentuer encore le coût des études, c’est l’allongement de celles-ci. «Cela a de graves conséquences en termes d’accessibilité de l’enseignement pour les classes sociales les plus pauvres et symbolise un enseignement qui est tout l’inverse d’un ascenseur social, mais un outil de reproduction des inégalités sociales déjà cristallisées par l’enseignement secondaire», assure la FEF.

Par ailleurs, on sait que le nombre de bourses disponibles est insuffisant et que les conditions d’obtention sont compliquées et potentiellement injustes.

À la rentrée 2010-2011, le ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque, Jean-Claude Marcourt, avait initié un décret relatif à la gratuité et à la démocratisation de l’enseignement supérieur, qui mettait en place de nouvelles dispositions supposées permettre à un plus grand nombre d’étudiant·e·s d’accéder à ces bourses. «Seulement, au même moment, une «chasse aux fraudeur·euse·s» a été lancée, proche de celle contre les chômeur·euse·s. Contre toute logique, ont été pointé·e·s du doigt, les candidat·e·s boursier·e·s qui prétendaient disposer de moins de 496 euros pour vivre, par mois et par ménage. Suite à une globalisation des revenus dans les critères d’attribution de ces bourses, un seuil minimum, en-deçà duquel un·e étudiant·e peut prétendre à une bourse d’études, a été instauré. Ainsi, le Gouvernement considérait à l’époque qu’il était impossible pour ces familles de subvenir aux besoins d’un·e étudiant·e et les excluait de facto du système d’aide[2] ». Pour ces raisons, le décret a été fort critiqué. En août 2017, la FEF finit par obtenir gain de cause et la mise en place d’une nouvelle réforme. Mais depuis lors, plus aucune mesure structurelle n’a été prise pour contrer cette précarité étudiante.

Il y a 2 ans, la FEF lançait sa campagne contre la précarité étudiante et menait avec les étudiant·e·s des dizaines d’actions comme des auditions parlementaires, des mobilisations, des sollicitations auprès de l’Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur, l’ARES, etc.

Covid et pauvreté étudiante

Puis, le coronavirus a débarqué, empêchant les étudiant·e·s de travailler pour se payer leurs études, les obligeant bien souvent à retourner se confiner chez leurs parents si ceux-ci savaient encore les accueillir. Depuis la crise sanitaire, on estime que plus de 80.000 étudiant·e·s vivent dans la précarité. Une association française «Co’p1- Solidarités étudiantes» a vu le jour à la rentrée 2020. Il y a quelques semaines, elle a révélé les résultats de sa première enquête socio-statistique intitulée «Enquête sur les étudiantes et étudiants bénéficiaires de colis alimentaires». L’étude montre que 79% des étudiant·e·s ont eu recours cette année à l’aide alimentaire pour la première fois de leur vie. 69% des bénéficiaires sont des femmes. Une personne sur deux indique ne pas manger à sa faim. Il apparaît également que la précarité alimentaire touche principalement les étudiant·e·s internationaux (67%) et les jeunes en fin de cursus qui ne vivent plus chez leurs parents (92%). Enfin, l’enquête confirme que de plus en plus de jeunes ne peuvent plus compter sur leurs parents. Avec la crise du Covid, nombreux sont ceux qui subissent de plein fouet des baisses de revenus, sont touché.e.s par le chômage technique ou encore la maladie. Pour les étudiant·e·s, les conséquences sont lourdes, tant au niveau de leur santé physique que psychique.

Des mesures d’urgence et encore

Pour contrer les effets de la crise sanitaire sur les étudiant·e·s les plus précaires, la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny (MR) a libéré 7 millions d’euros, chargeant les hautes écoles et les universités d’en faire bénéficier les plus concerné·e·s. Fin 2020, elle a mandaté l’ARES, Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur – la fédération du secteur qui regroupe les établissements, les syndicats et les mouvements étudiants reconnus – de lui faire des propositions fortes dans le but de traiter le problème sous un angle davantage structurel que conjoncturel. Pourtant, son action est critiquée: «Tout au long de la crise sanitaire, la ministre de l’Enseignement supérieur a débloqué 15 millions d’aides sociales. Ces mesures n’aident les étudiants que pendant quelques mois, les replongeant ensuite dans la précarité», souligne la FEF. Ce que les étudiant·e·s exigent: c’est un plan de lutte contre la précarité qui aurait pour ambition de réduire réellement le coût des études. Pour rappel, les engagements principaux pris en début de législature sont: élargir le nombre de bénéficiaires des droits d’inscription réduits; poursuivre le gel du minerval; augmenter le budget consacré aux allocations d’études et optimiser le fonctionnement de cette administration; intégrer l’enseignement de promotion sociale qui ne propose aucune bourse jusqu’à présent; encadrer le prix des supports de cours; construire des kots à loyers accessibles, etc.

Quelles mesures structurelles?

Suite à l’occupation du siège du gouvernement de la FWB par les étudiant·e·s de la FEF, la ministre a annoncé quelques mesures à venir. Pour commencer et comme le prévoyait la Déclaration de politique communautaire, la ministre Valérie Glatigny a garanti que l’élargissement du gel du minerval à tous les cursus «serait analysé budgétairement afin de permettre au gouvernement de prendre attitude avant la fin de l’année 2021». Actuellement, certaines hautes écoles et écoles des arts (ESA) ne plafonnent pas leur minerval à 835 euros l’année scolaire, ce qui est pourtant imposé aux universités. Concrètement, pour certaines filières comme «techniques de l’image», «communication appliquée» et «presse et information» en haute école et l’ensemble des cursus des écoles supérieures des arts, des frais supplémentaires sont très souvent demandés. Ensuite, la ministre de l’Enseignement supérieur a rappelé qu’elle compte «élargir le champ d’octroi des allocations d’études pour l’année académique 2021-2022 afin de tenir compte de l’impact de la crise sanitaire». Enfin, une réflexion plus globale sur l’élargissement structurel des conditions d’octroi et des montants de ces allocations d’études doit également être menée. Interrogée par l’agence de presse Belga, la présidente de la FEF, Chems Mabrouk, s’est déclarée «relativement satisfaite» de l’issue de la réunion. «Il y a des mesures et des échéances. Les engagements sont pris. Une étape est franchie et cette étape est importante».

Maud Baccichet, secteur communication

Illustration: Abdel de Bruxelles


[1] Étude de la Ligue de l’Enseignement: La pauvreté des étudiant·e·s: un état des lieux, Maud Baccichet. 2017.

[2] Détresse étudiante: aides insuffisantes, Éduquer n°135 «Paupérisation des étudiant·e·s, urgence d’agir!».