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Pourquoi et comment prévenir les violences à l’école

Pourquoi et comment prévenir les violences à l’école
En Fédération Wallonie-Bruxelles, 35% des élèves seraient impliqué·e·s dans des situations de harcèlement, 16% seraient plutôt victimes, 14% plutôt auteur·e·s et 5% plutôt auteur·e·s/victimes[1]. Comment prévenir et traiter les violences entre élèves dans le contexte scolaire afin de consolider l’accrochage scolaire et la culture éducative?

 

Les violences (verbales, psychologiques, physiques, sexuelles, etc.) ont des répercussions sur les processus de socialisation et les conditions d’apprentissage, sur le sentiment de sécurité et d’appartenance à l’école, sur la santé et l’accrochage scolaire, sur le développement des compétences et du vivre ensemble. Un double objectif est donc visé: d’une part prévenir les violences et  les discriminations (injure, (cyber)harcèlement-intimidation, stéréotype, rejet, exclusion) et d’autre part promouvoir la santé, l’égalité, la diversité et les droits humains (parcours éducatifs,  scolaires et professionnels, pédagogie critique, approche participative, posture  quotidienne et démarche citoyenne). Il s’agit d’articuler des modalités de  réactions à chaud lors d’un  incident et d’actions planifiées à froid.

À chaud

Intervenir sur le moment face aux violences permet de donner un triple message: auxauteur·e·s (ces actes sont inadmissibles), aux cibles directes (tu n’as pas à subir ces actes et tu es soutenu·e), aux témoins (si vous deviez  aussi être la cible de violence, vous êtes dans un cadre qui vous écoute et vous protège, vous  avez un pouvoir d’actionen réagissant et/ou en parlant à des adultes sans craindre d’être la prochaine cible ou de passer pour une  balance). En fonction du contexte, différentes manières de faire peuvent être activées à travers des techniques corporelles (s’approcher, séparer), langagières (questionnement, reformulation) et référentielles (rappel du cadre ou d’exemples concrets). Dans les  cas où le temps fait défaut, le fait  de dire «stop», à sa façon, fait déjà diminuer les sentiments  d’insécurité, d’impuissance et  d’injustice qui taraudent les élèves. Cette intervention au  moment où se déroule l’incident est  d’autant plus constructive en disant «stop, comme vous le savez bien».

À froid

La possibilité d’exprimer  cette idée découle de la mise en œuvre d’un dispositif de prévention en amont, qui permet de sortir d’une approche purement répressive et d’accompagner une démarche favorisant la contextualisation et la compréhension. Il s’agit de pouvoir faire référence à un cadre défini et à des moments vécus hors des situations problématiques. Dans ce sens, la rentrée scolaire constitue un moment charnière pour transmettre ce cadre qui sera incarné tout au long de  l’année. Un travail sur la charte peut se transformer en vecteur pédagogique et la participation des élèves à des projets d’établissement permet de  consolider les apprentissages ainsi que la cohésion au sein des classes et de l’école. La prévention passe avant tout par des pratiques  égalitaires au quotidien et par l’intégration de ces questions à travers les enseignements  et des outils pédagogiques adaptés par rapport à l’âge. Il ne s’agit donc pas de faire «plus»  mais «autrement», pour éviter les surcharges et renforcer l’entente entre adultes qui constitue un facteur de prévention prépondérant.  L’intervention sur le moment sera encore plus efficiente en disant «Stop, comme vous le savez bien, on en reparlera». Cette fois, il s’agit du traitement à froid en aval de l’incident. «Stop» renvoie à l’instant présent; «comme tu le sais bien» à un cadre commun et à des expériences qui ont été partagées en amont; «on en reparlera» au traitement de la situation et à son suivi. Une telle approche solidifie la cohérence de la culture scolaire et le dynamisme de la communauté éducative.

Entre individuel et collectif

Afin de créer des conditions favorisant la construction des compétences et le développement des apprentissages scolaires comme sociaux, ces actions réalisées à chaud et à froid demandent à s’inscrire dans un dispositif global et durable articulant trois plans.

Au plan individuel, chaque adulte au sein de l’école a un pouvoir d’action au quotidien à travers sa posture professionnelle (réactivité, proactivité, réflexivité, clarté des messages, lien de  confiance, formation). Il s’agit donc d’incarner la promotion de la santé, de l’égalité, de la diversité et des droits humains non seulement lors d’événements thématiques ponctuels(reliés ou non à des dates internationales) mais surtout dans les interactions quotidiennes et  à travers un travail sur les enseignements (contenus, outils pédagogiques et activités éducatives non stéréotypées et non discriminantes). Dans ce sens, l’individuel rejoint le  collectif et des pratiques partagées.

Au plan collectif, une dynamique collaborative permet de  fortifier la cohérence pédagogique et de favoriser des conditions d’apprentissage sereines. La consolidation d’une communauté éducative passe également par les relations avec les parents et par la participation des élèves, que ce soit par la prévention entre pairs ou la réalisation de projets d’établissement, dont des sessions  décloisonnées. La mise à disposition de ressources, l’identification et la visibilisation d’un groupe de référence ainsi que l’articulation entre les réseaux internes et externes à l’école permettent d’affiner la prévention et le  traitement des violences, en portant collectivement une perspective d’alliances éducatives.

Au plan institutionnel, les cadres législatifs et organisationnels ne constituent pas uniquement des jalons pour la vie au sein de  l’établissement (règles et valeurs communes) mais aussi des leviers éducatifs (chartes revisitées et mobilisées en début comme en cours d’année). L’actualisation du memento et des protocoles de l’établissement offre la  possibilité de trouver rapidement les informations recherchées. Le travail individuel et collectif se montre d’autant plus bénéfique s’il s’ancre dans un positionnement institutionnel clair, permettant le passage du climat à la  culture scolaire, dans une dynamique éducative et pédagogique de cohérence et de durabilité.

Pédagogie critique

L’articulation entre intervenir-prévenir-promouvoir se montre incontournable afin de donner du sens (signification et orientation) aux actions individuelles et aux démarches collectives. Les modalités de réactions à chaud  (lorsque l’incident se produit) et d’actions à froid (en amont et en aval des situations de violence, dans leur prévention, leur traitement et leur accompagnement) s’accompagnent de la prise en charge des différentes processus relatifs aux personnes qui sont auteures, cibles et témoins. Étant  donné que les violences instaurent la peur et le silence,  il est nécessaire de faire en sorte que chaque personne sache à qui parler, que ce soient  les enfants, les jeunes ou les adultes. L’information, les ressources et la mise en œuvre de mesures effectives demandent à s’insérer dans une perspective adaptable et pérenne. En termes éducatifs, il ne s’agit pas  uniquement de faire face aux violences lorsqu’elles se produisent mais de  questionner les systèmes qui les sous-tendent à travers une pédagogie critique.

 

Dre Caroline Dayer, Experte en prévention des violences et des discriminations, Genève

Caroline Dayer a effectué sa formation à l’Université de Genève, en faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation où elle travaille actuellement, en tant qu’enseignante et chercheuse. Son domaine d’enseignement et  de recherche se réfère au champ de l’éducation-formation et des  discriminations.

 

[1] Étude du GIRSEF, menée auprès d’environ 6.500 élèves de la 6 e  primaire à la 3e secondaire. Galand, B., Hospel, .

Baudoin, N. (2014). Prévalence du harcèlement à l’école en Fédération Wallonie-Bruxelles: Rapport d’enquête.

 


Références

– Dayer, Caroline. (2017). Le pouvoir de l’injure. Guide de prévention des violences et des discriminations. Éditions de l’Aube.
– Dayer, Caroline. (2014/2017 Poche). Sous les pavés, le genre. Hacker le sexisme. Éditions de l’Aube.