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Pornographie et éducation sexuelle

Pornographie et éducation sexuelle
Nous vivons actuellement dans une société hyper sexualisée où la pornographie est présente partout : dans les publicités, dans les films et, bien sûr, sur Internet. Les plus jeunes ne sont pas non plus épargnés par ces sollicitations sexuelles permanentes. Ils en sont même les premières cibles. Aujourd’hui, le sexe est devenu un objet de consommation comme un autre ; il est donc banalisé et de plus en plus dissocié de l’affect.

Quels sont les risques encourus par nos enfants ?

Un enfant non pubère confronté à des images pornographiques peut se trouver littéralement sidéré car, dans le même temps, il se retrouve face à des émotions totalement inconnues jusqu’alors et auxquelles il n’est sans doute pas prêt à faire face.

La plupart du temps, les jeunes adolescents se tournent vers des sites pornographiques pour trouver des réponses aux questions qu’ils se posent, pour comprendre les changements corporels qui s’opèrent en eux, pour se rassurer parfois, pour tenter de s’identifier, ou simplement aussi par curiosité…

Tous ces changements liés à l’adolescence rendent ces jeunes plus vulnérables, et la facilité d’accès aux sites pornographiques en fait réellement la première cible.

Quand on sait qu’il suffit de cliquer sur « oui » en réponse à la question « Avez-vous plus de 18 ans ? » pour que l’univers du porno ouvre ses portes, on ne doit pas s’étonner du nombre de jeunes qui s’y connectent. Pas s’étonner mais quand même être interpellé par l’âge moyen du premier visionnage de films à caractère pornographique : il serait de 10 ans pour les garçons contre 12 ans pour les filles. Autant dire, très jeune !

Cependant, il ne faut pas non plus généraliser ni dramatiser.

Et si on continue à s’intéresser aux statistiques, il semblerait que l’âge moyen de la première relation sexuelle n’ait pas changé : autour de 17 ans pour les filles et de 16 ans pour les garçons.

En revanche, certains aspects de la pornographie doivent nous inquiéter et ce, pour trois raisons majeures.

3 principales sources d’inquiétude

La première raison est que la violence y est très souvent banalisée. Par exemple, la gifle est presque normale, même dans les scénarios les plus softs.

La deuxième est due aux nombreux trucages utilisés (pour les femmes : utilisation d’anesthésiant pour éviter la douleur lors de la sodomie ; pour les hommes : augmentation du volume de l’éjaculation par injection dans l’urètre).

Ce que l’on voit n’est pas forcément réel. Le jeune peut en être perturbé, choqué, ou encore croire qu’il n’est pas normalement constitué.

Et enfin, les pratiques hors normes sont valorisées. Pour un jeune qui n’a pas encore d’expérience dans le domaine, c’est la porte ouverte aux malentendus.

Si les ados se réfèrent à ce qu’ils voient dans les films pornographiques, cela peut générer chez eux de nombreux complexes.

Les répercussions possibles chez les jeunes filles sont de deux types :

– se réduire à être un objet de plaisir pour l’homme ;

– pratiquer des actes en pensant que c’est « ça » qu’il faut faire pour être une femme.

Chez les jeunes hommes, les dangers se situent à trois niveaux :

– vouloir reproduire les comportements vus ;

– viser la performance. Celle-là même qui est génératrice d’angoisse ;

– développer une addiction, se refermer sur soi-même (le besoin étant comblé par des images).

Pour les deux sexes :

– le porno renvoie une image de rapport de domination où le respect de la femme est absent ;

– un décalage énorme entre les attentes de chacun : la fille, dans un idéal de prince charmant, face au garçon, « harder » bloqué dans la performance. Cela provoque un choc entre deux désillusions !

Il va sans dire que ces complexes tronquent la relation qui se crée entre deux adolescents et les placent souvent dans des situations très inconfortables et même pire, de non respect de leur propre personne et/ou de l’autre.

Le non respect de soi dans une relation amène malheureusement régulièrement à consentir à des pratiques sexuelles non désirées, ce qui peut, à terme, marquer de manière indélébile la sexualité adulte.

Les enfants et les adolescents ont besoin d’être rassurés sur ce qu’ils vivent, et la majorité des adultes reste assez mal à l’aise pour aborder ces questions avec leur progéniture… Le dialogue sur la sexualité est donc souvent absent au sein des familles.

Lorsque des adolescents consultent, c’est d’abord et avant tout parce qu’ils ont besoin d’être rassurés sur ce qu’ils vivent, et qu’ils s’interrogent sur la normalité de leurs pratiques.

Le porno, c’est tabou ! On en viendra tous à bout ?

Je pense qu’à l’heure actuelle, nous ne pouvons pas empêcher l’accès à la pornographie, et il ne faut pas non plus se mettre à hurler si on surprend nos enfants sur un site … Le plus important est de ne pas rompre la communication sur le sujet, même si celle-ci peut s’avérer délicate…

Notre rôle, en tant qu’adulte, est d’abord et avant tout d’informer les plus jeunes, notamment sur le fait que la pornographie est une fiction et, de surcroît, une fiction violente car elle montre, le plus souvent, une image dégradante de la femme. Les mots utilisés sont généralement humiliants, voire blessants, et l’être humain y est considéré comme un objet.

Si l’enfant se construit en prenant le porno comme référence, comme point d’appui, il peut perdre ses propres valeurs en pensant que le but ultime de la sexualité est la performance au détriment de l’imaginaire, du relationnel et de l’émotionnel.

Le danger du porno est qu’il réduit l’amour au sexe et le sexe à l’excitation.

Où se trouve la sensualité ? L’érotisme? La relation personnalisée à l’autre ?

Une des croyances véhiculées par le porno est que l’épanouissement sexuel serait d’avoir tout essayé.

Face à cette image erronée de la réalité, il est important d’éduquer les jeunes à la sensualité, c’est-à-dire leur donner une vision plus globale et structurante de la sexualité et de la relation à l’autre.

En effet, on constate que plus de 80% des femmes prennent leur plaisir par les caresses et que si le sexe est réduit à la pénétration, la majorité des femmes sont insatisfaites et perdent l’intérêt pour les rapports sexuels.

Il existe des sites éducatifs, leur but étant avant tout une préparation, parfois une réparation, mais en aucun cas une incitation. Ils peuvent être un point d’appui intéressant lorsque les parents se sentent démunis face aux questionnements de leurs enfants. Mais quoiqu’il en soit, les professionnels qui travaillent dans le domaine restent d’avis que même ce genre de films ne devrait pas être visionné avant l’âge de 13 ans.

L’objectif est essentiellement de donner aux jeunes d’autres clés que les références pornographiques.

Education ne rime pas seulement avec prévention !

Un autre enjeu majeur est de pouvoir mener avec les jeunes une réflexion sur la sexualité, et pas uniquement faire de la prévention.

Il faut les aider à acquérir une « maturité sexuelle et affective » dans le but également de les rendre « sujets » de leur sexualité, de les aider à restaurer leur estime de soi et de rétablir le lien entre sexe et personne.

Car l’estime de soi – qui consiste à prendre soin de soi, de sa vie, de se respecter – est la meilleure prévention contre les comportements à risque !

Pour y arriver, la priorité est de pouvoir repenser la manière dont on s’adresse à nos ados. Une façon adéquate de le faire est déjà d’éviter de projeter nos propres visions du sexe et de l’amour ; de pouvoir aussi garder à l’esprit que l’adolescence est une période d’expérimentation où l’on se cherche et où donc, parfois, on papillonne aussi !

Enfin, il parait plus pertinent d’aborder la question du sens de l’entrée dans la sexualité, plutôt que de démarrer par la prévention et les contraceptifs.

Pour ma part, je pense que le rôle des parents est avant tout de donner des points de repères pour aider les jeunes à prendre du recul par rapport à la pornographie. Cela passe par le dialogue mais aussi par la transmission de valeurs. La famille est, malgré tout, le premier modèle de la sexualité de l’enfant. Nous devons donc aussi garder à l’esprit que chacun transmet (et ce, même à ses dépens) une information sexuelle et par conséquent, une éducation implicite.

Quelques clés pour parents désarçonnés

La première chose à avoir en tête est que nous n’avons rien à savoir de la sexualité de nos enfants, tout comme ils n’ont rien à savoir de la nôtre.

Nous pouvons, pour cela, parler de la sexualité en général, sans référence à notre intimité, qu’elle soit épanouie ou inexistante. La tentation est forte pour beaucoup de parents de « contrôler » l’information que leurs enfants peuvent avoir.

Tentation forte également de les mettre en garde (« tu sais, la sexualité c’est pas ce qu’on en dit, c’est pas si facile, c’est même douloureux, d’ailleurs moi… ») ou les initier (« tu sais, avant ta mère, j’en ai connu des femmes ! »).

Tous ces discours sont producteurs de fantasmes trop libératoires ou trop inhibants, et risquent de gêner les ados dans leur découverte de la sexualité, qui ne peut être faite que par eux-mêmes.

Voici donc trois règles essentielles pour les accompagner dans cette découverte d’eux-mêmes :

1. ne jamais éluder la moindre question, même lorsque les enfants sont petits. Ce n’est jamais facile ;

2. ne jamais parler de soi, être plus général : « Tu sais, la sexualité, c’est une très belle chose entre deux personnes qui s’aiment et se sont choisies. » ;

3. respecter leur espace personnel, ne pas être intrusif et, par exemple, respecter leur espace intime, chambre, agendas, carnets, portable, car nous n’avons rien à savoir de l’intimité de nos enfants comme ils n’ont rien à savoir de la nôtre.

Et s’il n’y avait qu’une chose à retenir, cela pourrait être, comme dans tous les autres domaines, de garder une oreille attentive, un espace d’accueil pour recevoir nos enfants et les accompagner dans ce qu’ils vivent, avec les limites qui sont les nôtres ; en avoir conscience, pouvoir le leur exprimer et les rediriger si nécessaire.

 

Julie Pollet, sexologue, www.juliepollet.be

 

Pour poursuivre la réflexion…

Sites Internet :

www.educationsexuelle.com (parents) ;

www.educationsensuelle.com (adolescents).

Livres :

– Parler de sexualité aux ados : une éducation à la vie affective et sexuelle – Nicole Athéa, Olivier Couder ;

– Parle-moi d’amour 9/11 ans : l’amour, les copains et moi, de Nadine Mouchet, Valérie Combes et Violaine Leroy (Broché – 4 mars 2010) ;

– La sexualité expliquée aux ados, de Magali Clausener et Soledad (Broché – 22 janvier 2009) ;

Ados, amour et sexualité, de Sylvain Mimoun, Rica Etienne et Philippe Tastet (Broché).