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Plan de pilotage: quelques retours du terrain

Plan de pilotage: quelques retours du terrain
Encouragés par leur PO, deux établissements de la Ville de Bruxelles, l’Athénée Adolphe Max et le lycée Henriette Dachsbeck, ont décidé de se lancer en éclaireurs dans les «plans de pilotage». Ainsi, depuis 2017, les deux écoles planchent sur le sujet, pour une mise en place des premières actions en cette rentrée 2019. Impressions (non exhaustives)!

Si le gouvernement a défini une série d’objectifs d’amélioration du système éducatif, c’est bien aux équipes pédagogiques qu’il incombe d’établir le diagnostic de la situation de l’école, de définir des «objectifs spécifiques d’amélioration», de proposer des stratégies et de mettre en place les actions sur le terrain.

Convaincre les équipes

Premier obstacle pour les directions, emporter l’adhésion des enseignant.e.s, chevilles ouvrières des plans de pilotage. À l’Athénée Adolphe Max, l’accueil a été plutôt mitigé chez les profs. Selon la préfète, Pascale De Meue , «ici, cela n’a pas été très bien pris, il y a eu beaucoup de réticences au départ de la part des équipes. Elles ont vécu la mise en place du plan de pilotage comme la marque d’un manque de confiance envers le corps professoral, comme si on les tenait responsables de résultats dont tous les tenants et aboutissants ne tiennent pourtant pas que de l’école. Sans compter le fait que les enseignants ne voulaient pas être évalués sur base de chiffres». La préfète a donc organisé une journée de formation où «les profs ont pu s’exprimer». Pour elle, «il ne fallait pas rejeter leurs réactions. Heureusement, certains profs comprenaient et allaient plutôt dans le sens de se dire: de toutes façons, essayons de tirer le positif, on nous invite à un grand récapitulatif de tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant, on va voir ce qui ne va pas et proposer des changements, des améliorations, en se mettant des délais, en se fixant des objectifs plus clairs qu’avant, à moyen et long terme». C’est aussi ce qu’a expliqué à son équipe Michelle Tasiaux, préfète au lycée Henriette Dachsbeck, «il fallait montrer qu’il y avait un intérêt à s’investir, sinon des décisions seraient prises à notre place, ce qui serait forcement déplaisant, parce que la vision de terrain c’est quand même l’équipe qui l’a». À l’issue de ces rencontres, sept enseignant·e·s se sont porté·e·s volontaires à l’Athénée Adolphe Max, pour développer le projet. Du coté de Dachsbeck, c’est la préfète, elle-même, qui a désigné une équipe hétéroclite, constituée de profs anciens et nouveaux, donnant cours dans les trois degrés.

Faire le bilan

Rappelons que pour évaluer la situation des écoles (forces et faiblesses), une série d’indicateurs sont fournis par l’administration, permettant aux établissements de se situer les uns par rapport aux autres, entre écoles de même type (général, technique, spécialisé…) et de même profil socio-économique. À Adolphe Max, «on a commencé par faire un état des lieux, avec des outils, un récapitulatif statistique qui reprend toutes les données de l’établissement, dont les résultats des élèves au CE1D, par exemple, qu’on a comparé avec ceux d’autres établissements. On est aussi parti du ressenti des profs, des parents, des élèves, via des questionnaires. On a eu beaucoup de retours des élèves puisqu’on a fait cela dans le cadre du cours de citoyenneté. On a obtenu moins de réponses des parents». À Dachsbeck, la salle informatique a été ouverte aux élèves et l’association de parents, très active, a pu donner voix au chapitre.

Dégager des thématiques de travail

Du coté d’Adolphe Max, trois objectifs ont été fixés: obtenir de meilleurs résultats au CE1D, un plus grand taux d’obtention du CESS et aller vers une amélioration du bien-être et du vivre ensemble à l’école. Dans les deux écoles, concernant les actions concrètes, l’accent a été mis sur la lecture parce que, selon Pascale De Meue, «certains enfants qui arrivent à l’Athénée sont issus d’un milieu familial qui n’encourage pas forcement la lecture, où il n’y a pas forcement de bibliothèques.» Dans le même sens, Michelle Tasiaux explique, «il y a un problème de maitrise de la langue française. Beaucoup d’enfants francophones sont vulnérables et ce ne sont pas des nouveaux arrivants. Ce sont des élèves qui maîtrisent le français dans la vie courante, mais qui n’ont pas suffisamment d’autonomie dès qu’on rentre dans des concepts plus abstraits, notamment le fait qu’un mot de vocabulaire puisse avoir plusieurs sens en fonction du contexte». En réponse à cela, à l’Athénée Adolphe Max, une campagne a été lancée «Jamais sans mon livre»: des tables ont été disposées dans le hall avec les ouvrages «coups de cœur» des profs. Un coin lecture avec des palettes a aussi été aménagé dans la cour. Du coté de Dachsbeck, un système à destination des élèves de 2e et 4e a été mis en place: sur les cinq heures de cours de français, deux heures de cours sont dédoublées de manière à ce que les professeurs puissent faire du dépassement avec les élèves plutôt à l’aise en français et de la remédiation avec les autres, cela en petits groupes. D’autres actions ont été mises en place. Par exemple, dans le cadre du bienêtre, une heure par semaine est prévue dans les classes de 1e à Adolphe Max pour que les élèves se sentent davantage imprégnés de la culture de l’école et un petit-déjeuner est prévu le deuxième jour de la rentrée réunissant les parents et les élèves de 1e afin de présenter l’école.

Là où le bât blesse

Ombre au tableau, les deux préfètes pointent du doigt la question des budgets alloués à la mise en place du plan, alors qu’il représente une charge de travail supplémentaire. Selon Pascale De Meue, «la mise en place du plan va être contraignante, pour moi, pour l’équipe, je vais devoir solliciter des groupes de travail, des réunions, intégrés dans les horaires de profs. Le problème, c’est qu’il n’y ait pas de budget, les profs grincent des dents. On a eu l’autorisation de proposer aux enseignants de ne pas donner cours pendant qu’ils rédigeaient le plan, mais beaucoup ne voulaient pas lâcher leurs élèves, cela leur semblait anti-pédagogique». Ces propos sont corroborés par Michelle Tasiaux qui explique qu’il n’y a pas non plus eu d’enveloppe, pas de détachements prévus en dehors des heures de cours, les profs ont donc dû travailler en dehors de leurs horaires. Par ailleurs, Pascale De Meue craint que les objectifs chiffrés ne soient une entrave à son libre-arbitre au moment des délibérations: «j’aimerais me sentir libre dans le fait de diriger ces délibération sans avoir une épée de Damoclès au dessus de la tête, si on s’aperçoit que les résultats ne sont pas à la hauteur». Michelle Tasiaux, craint, elle aussi, des sanctions «si les objectifs ne sont pas atteints».

Valoriser ce qui est déjà fait?

Pourtant, chez les deux préfètes, plusieurs aspects positifs de la démarche sont évoqués. D’une part, Michelle Tasiaux explique que les équipes ont dû rechercher des mécanismes d’explication face aux problèmes que l’école rencontrait: «ce qu’on ne fait pas spontanément (…) et trouver une explication n’est jamais mauvais en soi». D’autre part, explique Pascale De Meue, «ce qui est bien avec ce plan, c’est qu’on a l’impression que l’on reformule des choses qui existent déjà, et plancher là-dessus a fait naître de nouvelles idées». Michelle Tasiaux va dans ce sens, en arguant que ce processus a permis de reconnaitre et de valoriser des projets qui se faisaient déjà dans l’école. Cela a aussi encouragé certain·e·s enseignant·e·s à s’impliquer davantage. Le fait d’avoir des échéances claires (l’évaluation aura lieu au bout de 3 et 6 ans) est aussi fortement apprécié par les deux préfètes: «il y a des actions concrètes qui n’auraient peut-être pas vu le jour aussi vite» nous dit Pascale De Meue; même son de cloche chez Michelle Tasiaux, «quand on se fixe un objectif, il faut une échéance, sinon on risque de repousser ce qu’il faut faire aux calendes grecques». Enfin, Pascale De Meue s’avoue «positive, même si c’est un défi», tout comme Michelle Tasiaux, qui met tout de même en garde: «cela reste intéressant, à condition de laisser à l’équipe la possibilité de choisir, de décider».

 

Juliette Bossé, secteur communication