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Pacte: tensions autour des grilles-horaire

Pacte: tensions autour des grilles-horaire
Les discussions autour du Pacte s’intensifient. Premier enjeu: établir les matières enseignées dans le tronc commun.

En ce début d’année 2018, ce sont les grilles-horaire qui sont en discussion. On aura assisté à une déferlante d’opinions très variées sur les choix à opérer tant dans le primaire que dans le secondaire. Derrière ces  mystérieuses «grilles» se cachent en réalité, nombre de questions et d’équilibres à trouver. Quelles matières privilégier et à quel moment de la  scolarité? Combien d’heures pour quel cours? Quels rythmes scolaires? Quelle  autonomie des écoles? Nous reviendrons sur les différents scénarios possibles et  sur la procédure de décision ainsi que sur les positionnements des un.e.s et des autres quant à leurs priorités.

Le futur tronc commun que tou.te.s les élèves suivront dès leur entrée en maternelle jusqu’à la fin de la troisième secondaire, s’ouvrira au polytechnique, tout  en maintenant les apprentissagesde base. L’objectif poursuivi est de rendre notre  enseignement plus égalitaire mais aussi plus épanouissant pour les jeunes.  L’école doit être «mieux adaptée aux conditions du bien-être de l’enfant» et cela passe par une redéfinition des rythmes scolaires notamment1.
Des prises de décision importantes qui sont d’autant plus complexes qu’elles sont en réalité peu concrètes tant qu’on ne connait pas, en clair, les contenus. Avec la difficulté supplémentaire de décider dès à présent, de  mesures pour le secondaire qui ne seront réellement mises en place qu’à partir de la rentrée de 2025 (2020 pour le primaire). Qui plus  est, le tout avec en toile de fond une forte autonomie des écoles, tant pédagogique  qu’organisationnelle, clamée haut et fort.

Procédure et échéances 

La procédure veut qu’avant de se lancer dans la rédaction des référentiels fixant le contenu et les objectifs des années du tronc commun, il faille d’abord définir ces grilles. À la fin du mois de janvier, la ministre de l’Éducation réunissait des enseignant.e.s, des parents et des citoyen.ne.s lors d’une «Journée de consensus» dont l’objectif était de rassembler un panel représentatif  sur la question des grilles-horaire. Marie-Martine Schyns y a présenté différents scénarios tant pour le fondamental que pour le secondaire, qui ont été débattus notamment autour de tables rondes. Les propositions issues de ces échanges ont ensuite été envoyées au Comité de Concertation du Pacte pour un Enseignement d’Excellence. À son tour, le comité a produit toute une série de recommandations destinée à la ministre et  aux  parlementaires. Les membres de la commission Enseignement sont par ailleurs invité.e.s à remettre leurs propositions pour la fin du mois de février. Rien n’était donc décidé au moment du bouclage de notre article. En principe, le gouvernement devra se décider avant le congé de Pâques.

Deux scénarios pour le primaire

Concrètement, la ministre évoque deux scénarios possibles pour l’enseignement fondamental. D’un côté, on décide de mettre l’accent en 1e année, sur le français et les mathématiques et l’on attend la 3e année pour amener d’autres matières comme les apprentissages en sciences et en sciences humaines, de même que les  apprentissages relatifs aux compétences manuelles, techniques et technologiques. Ce scénario favoriserait, selon la ministre, «une base  solide et commune, assurée à tous les élèves, indépendamment de leur bagage d’origine» partant du principe que «la plupart des apprentissages ultérieurs requièrent une bonne maîtrise de ces fondamentaux». Les membres du comité de concertation du Pacte, regroupant les syndicats, les  réseaux et les associations de parents, écartent vivement ce premier scénario. Ils indiquent dans leur note adressée à la ministre le 8 février dernier, que s’il leur apparaît nécessaire de renforcer les savoirs fondamentaux  au début  des primaires, cela ne doit pas se  faire en délaissant les autres domaines d’apprentissage.

Le deuxième scénario propose de l’éveil scientifique dès la 1e année afin de favoriser la motivation  grâce à une approche polytechnique des apprentissages. Une approche largement défendue du côté des parlementaires cdH, Ecolo, PS et Défi en commission  Enseignement car plus ancrée dans le réel et permettant de faire du lien  entre  les  apprentissages. Au dépouillement des urnes lors de la journée de  consensus, c’est ce second scénario qui emportait l’adhésion de 40.5% des voix contre 17% pour la première proposition (pour 42.5%  d’abstention).

Quelque soit le scénario, il est prévu qu’une langue moderne soit enseignée dès la 3e primaire, ce qui est déjà le cas à Bruxelles mais pas en Wallonie. À noter qu’en maternelle et en 1ere primaire, les élèves seront déjà sensibilisés aux langues étrangères via des activités.

Grilles du secondaire

Trois scénarios sont présentés  dans le secondaire (dont la mise en place est prévue pour 2025). Dans tous les cas, les élèves auront davantage de français.

La première option avancée est de raccourcir les périodes de cours à 45 minutes (pour 50 mn actuellement), en essayant au maximum de regrouper les cours en bloc de 90 minutes. L’objectif est de gagner du temps en ne faisant plus se déplacer les élèves, afin de «caser» toutes les  nouveautés: une seconde langue, des remédiations, des formations techniques et technologiques ainsi que des apprentissages transversaux en culture et en art.

Le deuxième scénario maintiendrait les périodes de 50 minutes mais diminuerait les heures de mathématiques, de sciences ou de sciences humaines pour répondre à l’approche polytechnique du tronc commun. Cette proposition est la plus proche du fonctionnement actuel et en termes d’organisation, c’est celle qui plait davantage aux syndicats des enseignant.e.s.

Le troisième scénario, le plus original, et le moins apprécié côté syndicat, propose d’alterner six semaines traditionnelles et une semaine dite «concentrée» ou «d’ateliers». Ces semaines «concentrées» pourraient être disponibles pour des parcours artistiques, laboratoires, excursions, interclasses…

Par ailleurs, pour parvenir à intégrer de nouveaux savoirs dans le tronc commun, la ministre envisage de revoir la manière d’enseigner le latin, la géographie et l’histoire notamment, ce qui ne plait pas à tout le monde. À  propos du cours de latin, tous les scénarios de la ministre prévoient qu’il ne sera plus enseigné en 2e et en 3e année, qu’au travers du cours de français et à raison de 2 heures sur 6 par semaine. L’objectif est très clairement  lié au fait que le latin doit servir à une plus grande compréhension de la logique de la langue française 2.

Au sujet des cours d’histoire et de géographie, il est prévu que jusqu’en 3e, ces deux matières ne soient plus enseignées de manière distinctes mais bien au sein d’un même cours de «sciences humaines» comprenant également des sciences économiques et sociales. Le but du cours est de permettre aux élèves de croiser les regards sur les phénomènes.

Le «Peca», diminutif de Parcours d’Éducation Culturelle et Artistique est une nouveauté qui trouvera sa place dans le tronc commun. D’autres périodes seront consacrées aux compétences techniques, technologiques et manuelles. Enfin, l’apprentissage devrait se faire de manière plus personnalisée au travers de nouvelles heures obligatoires de remédiation ou de dépassement pour les élèves très à l’aise dans une matière, et ce, tout au long du tronc commun.

De la précipitation?

Les propositions avancées par les auteurs du Pacte sont déjà largement balisées, pourtant des voix s’élèvent et mettent en garde, à l’instar du sociologue et membre de Une toute Autre École Bernard Delvaux: «ces propositions sont timorées (…) et le Parlement ferait une grave erreur s’il se contentait de choisir l’un des scénarios proposés (…) vouloir un tronc commun enrôlant tous les jeunes de notre société suppose de définir  collectivement les finalités de cette éducation commune» et de Barbara Trachte, députée Écolo: «D’un côté, il y a les professeurs du secondaire qui n’ont pas de mal à se faire entendre,  leurs discours sont d’ailleurs soutenus et largement relayés par les universitaires qui défendent leurs matières de prédilection; de l’autre côté, il y a les institutrices et les instituteurs du primaire que l’on entend  nettement moins. Pourtant, le tronc commun  concerne toutes les années du primaire et seulement les trois premières du secondaire. Je trouve qu’il est primordial de se  concentrer sur les enjeux des premières années de ce tronc commun et d’écouter les enseignants du primaire plutôt que de calquer une grille du secondaire sur ce qu’il faudrait faire en primaire afin d’atteindre  certaines exigences».  À suivre…

 

Maud Baccichet, secteur communication

 

  1. Le Pacte entend par ailleurs luttercontre l’échec scolaire et assurer la mixité des élèves en diminuantle taux de redoublement de 50% d’ici 2030 en assurant la gratuité pour éviter la différenciation.
  2. Dans un souci de  simplification et pour ne pas se mettre les professeur.e.s et les directions à dos, la ministre prévoit de revoir le décret Titres et Fonctions qui fixe les matières que peuvent enseigner tel ou telle enseignant.e.