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Maria Montessori, femme hors du commun

Maria Montessori, femme hors du commun
Basée sur l’expérience et l’observation, la pédagogie de Maria Montessori propose une éducation, non plus axée sur une simple transmission de savoirs, mais plutôt sur l’accompagnement du développement de l’enfant.
Reconnue de son vivant au niveau international, certains aspects de son approche ont marqué l’école telle qu’on la connait aujourd’hui, et nombre d’enseignant-e-s s’appuient encore sur ses préceptes.
Maria Montessori

Née en 1870 en Italie, Maria Montessori a été la première femme de son pays à devenir médecin, c’est dire comme elle a dû se montrer déterminée et courageuse pour braver les préjugés et interdits de l’époque. Dans le cadre de ses études, Maria Montessori s’occupe d’enfants dits « attardés ». Commence alors pour elle toute une réflexion sur le type d’organisation qui puisse leur permettre de retrouver à la fois « une place dans la société et leur dignité d’être humain » 1 .
Elle s’inspire des travaux de ses confrères français, Jean Itard2 et Edouard Seguin, pour élaborer des méthodes et du matériel d’enseignement adaptés. C’est un grand succès, qui lui assure une certaine reconnaissance : elle devient professeur à l’université et donne des conférences à Rome, puis Paris.

A 36 ans, elle fonde son école : « la Casa dei bambini – la Maison des Enfants », dans un quartier défavorisé de Rome. Nous sommes en 1907, c’est enfin l’occasion pour elle de tester ses théories auprès d’enfants  sans handicap : « Surprise par les capacités de concentration et d’autodiscipline des jeunes enfants, elle multiplie les expériences et les découvertes positives. Elle observe ainsi que les enfants ont besoin d’ordre, de choisir librement leurs activités, de pouvoir répéter celles-ci aussi longtemps que bon leur semble et autant de fois qu’ils le souhaitent…» .

Les enfants s’y développent d’une façon extraordinaire, et l’expérience, relayée par la presse, vaut bientôt à Maria Montessori une renommée internationale. Une deuxième école s’ouvre dans un autre quartier pauvre de Rome: « Les visiteurs continuent d’affluer. Ils découvrent des enfants libres, heureux, ouverts et capables d’écrire à quatre ans » 4. Mais comment s’y prend-elle ?

Maria Montessori a élaboré une pédagogie qui repose à la fois sur des bases scientifiques, notamment via l’observation des enfants, et aussi sur des valeurs philosophiques et éducatives.

L’un de ses concepts-clés : l’enseignement et l’éducation ne sont pas une transmission de savoirs, mais l’accompagnement du développement de l’enfant. Chaque enfant est un être unique et considéré dans sa globalité. L’éducation doit être comprise comme une « aide à la vie » et l’école doit contribuer au développement du potentiel humain.

Montessori innove en mettant l’accent sur deux pôles : créer un environnement favorable aux apprentissages et instaurer une relation pédagogique basée sur la confiance et le soutien bienveillant.

L’environnement de la classe est soigneusement pensé et organisé. Le mobilier est adapté à la taille de l’enfant, ce qui est tout à fait révolutionnaire pour l’époque. Le matériel pédagogique est lui aussi mis à portée de sa main et de sa vue, pour qu’il puisse le choisir et le prendre librement de lui-même. A noter que c’est Maria Montessori, elle-même, qui a développé le matériel  d’apprentissage, dans des matériaux de bois ou tissus agréables à toucher et manipuler. Ceci est fondamental : le matériel est conçu pour que l’enfant puisse l’explorer en toute sécurité, avec ses 5 sens.

L’enfant qui a besoin de bouger peut se déplacer dans la classe, à condition qu’il fasse le moins de bruit possible. Quand il a besoin de parler, il peut également le faire à voix basse, pour ne pas perturber l’ambiance de travail. Chaque enfant a ainsi la possibilité de respecter ses besoins, son rythme, tout en apprenant à respecter ceux des autres.

Autre caractéristique : la quasi-totalité du matériel Montessori offre à l’enfant la possibilité de vérifier par lui-même où il se situe dans son apprentissage. Une « tour » d’éléments en bois qui tombe, c’est l’occasion de recommencer, de s’entraîner, pour arriver progressivement à maîtriser ses gestes. L’enfant peut ainsi découvrir de lui-même d’où vient son erreur et la corriger, en évitant que l’évaluation vienne de l’éducateur-trice. Le tâtonnement, l’erreur, font partie intégrante du processus d’apprentissage.

Un nouveau rôle pour l’enseignant-e

Nous venons de le voir, tout est soigneusement organisé pour que l’enfant puisse être actif par lui-même et s’autonomiser de l’adulte. Quel est le rôle de ce dernier ? « Aide-moi à faire seul » est une phrase de Montessori qui résume bien l’esprit de sa pédagogie. L’enseignant-e est là pour accompagner l’enfant, le guider dans ses démarches, sans « faire à sa place ».

Cette conception de l’enseignement nécessite de la part de l’éducateur-trice une  bonne dose d’observation de chaque enfant, pour déterminer où il en est dans son apprentissage. Son attitude est fondée sur la confiance dans les capacités de l’enfant, ce qui à son tour développe la confiance de l’enfant en lui-même.

L’enfant bénéficie donc d’une grande liberté de choix, de mouvement et de communication. Mais cette liberté n’est bien sûr pas absolue : elle s’effectue dans un cadre délimité par quelques règles simples, mais incontournables, dont l’adulte est le/la garant-e. L’une de ses premières missions est de veiller à l’ambiance de travail et aider au besoin à résoudre les conflits : « Ce rôle complet est à la fois formidable et très plaisant. C’est un réel plaisir de travailler de cette façon avec les enfants. C’est une nouvelle façon de les considérer et d’entrer en relation avec eux. Il s’agit de veiller à l’épanouissement de leur personnalité et à l’acquisition de leurs compétences scolaires. Ce rôle double contribue à préparer l’enfant à être un adulte actif et équilibré ».5

Une pédagogie qui rayonne

Grâce à ses nombreux voyages, Montessori propage sa pédagogie aux 4 coins du monde, notamment aux États-Unis où elle crée un collège pour enseignant-e-s. De 1921 à 1931, elle participe aux échanges de la Ligue internationale pour l’Education Nouvelle, où elle rencontre et inspire de nombreux pédagogues comme Célestin Freinet. Entretemps, en 1929, elle a fondé l’Association Montessori Internationale, dont les objectifs sont de «préserver, propager et promouvoir les principes pédagogiques et pratiques qu’elle a formulés pour le plein développement de l’être humain »6.

Lors de l’avènement du fascisme en Italie, Maria Montessori décide de s’installer en Inde, à Madras, jugeant que le développement d’une personnalité libre n’est pas compatible avec un système totalitaire. On dénombre aujourd’hui plus de 45.000 établissements dits « d’inspiration montessorienne » pour le seul Etat de Tamil Nadu, au sud de l’Inde.

En 1937, elle propose la fondation du Parti social de l’Enfant, pour sensibiliser l’opinion internationale à l’importance de l’éducation de l’enfant. L’éducation peut créer une culture de la paix dès ses premières années de vie, seule façon de bâtir un monde nouveau. Le livre qu’elle écrit sur ce thème lui vaut 3 nominations pour le prix Nobel de la Paix.

Actuellement, il existe plus de 22.000 écoles Montessori dans le monde, réparties dans plus de 50 pays. C’est la pédagogie active la plus utilisée au monde, pour les écoles maternelles puis primaires, et même pour les jeunes jusqu’à 18 ans. Notons tout de même qu’à la base, cette forme d’enseignement s’adresse en priorité aux enfants jusque 12 ans, car à l’époque de sa conception, peu d’enfants poursuivaient l’école au-delà de cet âge !

Prolongements en famille

Fim: Le maître est l’enfant de Alexandre Mourot, 2017
Pendant une année, le réalisateur filme
la mise en œuvre de la pédagogie
Montessori.

Il est impressionnant de constater le nombre d’ouvrages existants aujourd’hui sur la pédagogie Montessori dans toutes ses dimensions. Car l’éducation concerne à la fois l’enseignement dispensé à l’école et l’éducation au sein de la famille. Ces dernières années ont donc vu fleurir, en grand nombre, les guides pour tous âges, destinés aux parents qui souhaitent pratiquer la méthode chez eux, en prolongement ou en complément des apprentissages que leur enfant réalise à l’école.

 

Nathalie Masure, Ligue de l’Enseignement et de l’Education permanente

  • 1. MISSANT, Béatrice, 2005. Des ateliers Montessori à l’école. Une expérience en maternelle. ESF éditeur, p 11.
  • 2. Rendu célèbre par son travail sur le cas de l’enfant sauvage, Victor de l’Aveyron.
  • 3. POUSSIN Charlotte, 2011. Apprends-moi à faire seul. La pédagogie Montessori expliquée aux parents, Editions Eyrolles, p. 26.
  • 4. Idem 1, p. 14.
  • 5. Idem, p. 67.
  • 6. fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9dagogie_Montessori
  • 7. PLACE Marie-Hélène, 2016. 100 activités Montessori pour préparer son enfant à lire et à écrire, Editions Nathan.

Quelques dates-clés

1870 : Naissance de Maria Montessori en Italie
1889 et 1990 : Elle représente l’Italie aux congrès féministes de Londres et Berlin
1907 : Fondation de sa 1e école à Rome pour les enfants défavorisés
1915 : Création de la 1eécole Montessori à La Haye (Pays-Bas)
1929  : Fondation de l’Association Montessori International
1937 : M. Montessori propose la fondation du « Parti social de l’Enfant »
1952 : Décès de Maria Montessori à La Haye, à 82 ans

Le saviez-vous ?

En hommage à Maria Montessori, celle-ci était représentée sur le dernier billet de 1.000 lires italiennes.

Les principes-clés de la pédagogie Montessori  

  • Le libre choix de l’activité
  • L’autodiscipline
  • Le respect du rythme de chacun
  • Apprendre par l’expérience

Les grand-e-spédagogues et leurs idées, clés pour l’école ?

Dans le cadre de notre dossier sur les pédagogies alternatives, publié en mai 2016 (voir notre site : www. ligue-enseignement.be), nous  faisions un tour d’horizon des 4 pédagogues les plus renommé-e-s du siècle dernier : Freinet, Montessori, Steiner et Decroly. Dans les prochains numéros d’Eduquer, nous avons souhaité pousser la réflexion, en consacrant un article à chacun-e d’eux, afin de mettre en exergue les principales caractéristiques  de leurs pédagogies ; avec, en filigrane, une invitation à s’interroger : Quel est le rôle de l’école ? Qu’est-elle supposée apprendre aux élèves et comment ? Comment entretenir et stimuler la motivation des élèves ? Quelle attitude pour l’enseignant-e ?