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L’inclusion en mode «débrouille»

L’inclusion en mode «débrouille»
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Nous nous sommes rendues dans une école maternelle de l’enseignement ordinaire de la commune de Schaerbeek qui accueille des enfants à besoins spécifiques. Sa directrice Véronique Herssens et Isabelle Muller, institutrice, nous parlent de
Eduquer 146: Inclusion: pour une école plurielle
leurs victoires et aussi de leurs difficultés quotidiennes.

À l’école maternelle n°17, aucun enfant à besoin spécifique venant du spécialisé n’est en intégration, mais, plusieurs élèves présentant des difficultés d’apprentissages évoluent tout de même dans l’école.

«On pourrait accueillir des enfants en intégration à terme, mais on a déjà tellement d’enfants en difficultés qui viennent et dont on ne découvre les problématiques qu’après quelques semaines de classe que pour le moment, ce n’est pas envisageable. Ajouter d’autres enfants en intégration me semble une prise de risque énorme vu la charge de travail et le moral de l’équipe. On fait pour le mieux avec les enfants qu’on accueille, ce n’est déjà pas si simple».

Il faut dire que durant l’année dernière, les deux femmes ont bataillé pour trouver des aides, des formations, pour se sentir soutenues, écoutées et outillées correctement. Isabelle Muller est institutrice et accueille dans sa classe, un enfant à comportements autistiques. Pour elle, c’est surtout le manque de moyens et de formation qui posent problème. «Nous ne sommes absolument pas formées pour accompagner des enfants à besoins spécifiques. Pour ma part, j’ai essayé de m’organiser au mieux et de m’informer de mon côté».

Véronique Herssens, directrice de l’école 17 de Schaerbee

Pour la directrice de l’école, Véronique Herssens, c’est vraiment la débrouille quotidienne. «On fonctionne par tâtonnements, au fur et à mesure. C’est vrai qu’Isabelle a pu se former quelques heures. D’autres enseignantes le voudraient aussi. On bricole et tout le monde s’y met comme il peut. Mais dans les faits, il y a peu de moyens disponibles».

Véronique Herssens a pu obtenir récemment une puéricultrice supplémentaire à ¾ temps et des stagiaires de temps à autre.

Isabelle Muller, institutrice à l’école 17 de Schaerbee

Des parents partenaires

Avec le Pacte pour un Enseignement d’excellence et les mesures relatives à l’inclusion qui s’annoncent, ainsi que les plans de pilotage, la directrice ne peut cacher ses craintes. «Nous sommes déjà totalement dépassées par les tâches administratives et là, on va nous en demander encore davantage sans moyens supplémentaires. Avec tout ce qu’on a déjà à gérer avec la commune et autres, plus la gestion d’une école, à un moment ce n’est juste plus possible. J’ai souvent l’impression qu’on oublie que nous sommes aussi des êtres humains».

Dans cette école au public mixte, culturellement riche mais au milieu socio économique moyen, on passe beaucoup de temps à rencontrer les parents et à essayer d’en faire de vrais partenaires. «On discute avec eux et on essaie de mettre des choses en place pour bien fonctionner ensemble. Mais on n’est pas spécialiste, alors des fois, on ne parvient pas à se faire comprendre et les parents se braquent. Ils n’ont pas forcément le bagage non plus pour comprendre que leur enfant est différent», conclut la directrice.

Un enjeu important se joue pourtant dans l’établissement d’un diagnostic de l’enfant puisqu’il revient uniquement aux parents d’en faire la de-mande et la démarche. «On essaie de les sensibiliser. Encore faut-il qu’il y ait du côté des parents, une certaine maîtrise des codes et de la langue. Certains parents sont parfois dans le déni et refusent d’entendre notre inquiétude et nos soupçons quant à l’état de santé de leur enfant».

Formée par soi-même

L’année dernière, Isabelle a donc finalement pu se former durant deux jours. Sans ce soutien, dit- elle, elle n’y serait jamais arrivée.

«Cela m’a beaucoup aidée. J’ai pu tester différents outils adaptés aux besoins spécifiques du petit garçon autiste de ma classe. On a développé en classe, un langage spécial visuel pour lui. Il a un planning d’activités à part, qu’il consulte régulièrement. Il est de plus en plus capable et à l’aise dans le travail en autonomie. Le langage des signes fonctionne très bien et pour les autres élèves de la classe qui ne maîtrisent pas très bien le français, cela porte ses fruits aussi. Les pictogrammes leur parlent à eux aussi et ils apprennent plus vite les mots représentés par des dessins».

Des enfants volontaires

Isabelle croit de plus en plus en l’inclusion parce que ses élèves lui montrent que c’est possible. Leur attitude face à un enfant à besoin spécifique lui indique que l’espoir n’est pas vain. «C’est extraordinaire de voir leur degré de tolérance et d’empathie par rapport à ces enfants différents mais pas uniquement. Mes élèves sont particulièrement ouverts les uns aux autres et avec tout le monde. Quelqu’un n’arrive pas à fermer sa veste, il y a un autre enfant qui vient directement l’aider. Quand je suis occupée à une tâche, ils prennent le relais et aide leur camarade dans le besoin».

L’investissement en temps et en formation ont été bénéfiques et les améliorations dans son travail avec les enfants sont clairement constatées et reconnues. Mais en fin d’année dernière, elle a fait un burn-out. Cette année, Isabelle est à 4/5e temps mais elle essaie de sensibiliser encore les collègues et les parents à l’inclusion et à ses bienfaits sur tous les enfants. «J’ai l’impression que ce n’est pas les enfants qu’il faut convaincre parce qu’eux s’adaptent et s’enrichissent au contact des autres. Ils se rendent compte de cette différence et la respecte. Les adultes ont bien plus de mal». À noter qu’à la fin de ce mois d’avril, Isabelle et une autre collègue enseignante ont prévu de présenter au reste de l’équipe pédagogique, les enjeux liés à l’inclusion.

Pour conclure, d’après Isabelle: «il faut absolument revoir la formation de base et il faut que les personnes qui nous accompagnent, puéricultrices/éducateurs… soient formés aus-si. Selon moi, il faudrait être deux référents par classe. Pour gérer 25 élèves, ce n’est vraiment pas si déraisonnable. Là, pour le moment c’est la débrouille»

 

Maud Baccichet, secteur communication