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L’exploitation des animaux n’a plus aucune justification valable

L’exploitation des animaux n’a plus aucune justification valable

SOMMAIRE DU DOSSIER

De l’accumulation des connaissances scientifiques sur l’écologie et biologie des animaux résulte aujourd’hui une exigence morale: les êtres vivants ne doivent plus être considérés comme un stock de ressources à exploiter au maximum pour l’intérêt exclusif des humains. Notre raison et notre conscience imposent une conversion du regard pour régler notre dette et exercer enfin le respect qui est dû aux animaux. Loin d’être une punition, c’est l’occasion féconde et salvatrice de sortir d’une relation utilitariste au monde qui nous entraîne vers le pire.

L’homme ne représente que 0,01% de la biomasse vivante planétaire mais a déjà causé la réduction de moitié de la biomasse végétale[1], la division par 7 de la biomasse des mammifères sauvages terrestres[2] et par 5 de celle des baleines et autres mammifères marins[3].

Inversement, le nombre d’animaux domestiques a explosé: aujourd’hui, trois quarts de tous les oiseaux du monde sont des volailles d’élevage, deux tiers de tous les mammifères sont du bétail, surtout des bovins et des porcs. Tous destinés à l’abattoir

Nous avons ôté leur liberté aux animaux et les avons asservis aux fins de nos besoins exclusifs. L’appropriation sans foi ni loi de ces créatures vivantes au seul bénéfice de l’Homme ne connaît désormais plus de limites. Nous traquons les dernières bêtes sauvages pour en tirer le maximum de profit. Nous fabriquons des animaux sur-mesure destinés à satisfaire nos désirs gustatifs. Nous les torturons si besoin pour flatter nos papilles. Nous les maintenons en captivité pour les contraindre à produire toujours plus. Nous les brisons physiquement et psychologiquement pour nous divertir ou nous servir. Nous les martyrisons pour la science. Nous les soumettons pour mieux les exploiter.

Plus rien ne justifie ce carnage. Mais il perdure, contre nos intérêts mêmes.

Une dynamique tragique

L’interdépendance est un principe clé du vivant. Tous les êtres qui peuplent cette Terre sont impliqués dans des réseaux d’interactions et des relations d’interdépendances entre eux ou avec le milieu dans lequel ils vivent. Ces interactions peuvent être bénéfiques pour l’un des partenaires et néfastes pour l’autre (prédation, parasitisme), bénéfiques pour l’un et neutres pour l’autre (commensalisme) ou générer un bénéfice réciproque (mutualisme). Dans les faits, les logiques de compétition et d’entraide sont inextricablement mêlées dans un véritable continuum d’interactions et dans une perpétuelle évolution.

Ainsi, dans un écosystème, des milliers d’espèces cohabitent dans une très grande variété de milieux. Les interactions extrêmement complexes entre tous ces êtres vivants forment la base du fonctionnement de l’écosystème. La richesse de la biodiversité produit des fonctions indispensables à son fonctionnement général, telles que la pollinisation, la productivité primaire, les relations entre niveaux trophiques, le recyclage de la matière organique, l’épuration de l’eau, la régulation des populations, la séquestration du carbone, le contrôle des agents pathogènes, etc.

L’extermination massive des espèces s’apparente à une auto-destruction. Quand bien même l’humain n’aurait de considération que pour sa propre perpétuation, il aurait tout intérêt à préserver la biodiversité et agir pour la conservation maximale de toutes les espèces vivantes, véritables assurances-vie par temps de changement global.

Mais en dépit du bon sens, les humain·e·s préfèrent empirer la situation en perpétuant une menace majeure à une situation déjà catastrophique: l’alimentation carnée. L’élevage et la pêche sont aujourd’hui les principales causes du réchauffement climatique et de la perte de biodiversité dans le monde. En transformant des habitats naturels riches et très diversifiés en zones de monoculture, d’élevage intensif ou de pâturage, en vidant les océans de leur biodiversité marine et en les asphyxiant d’effluents azotés, en altérant ainsi considérablement les fonctions de régulation géophysique du globe, notre appétit pour la viande détruit de façon irréversible la toile du vivant dont nous dépendons étroitement.

L’éthologie cognitive face au mythe de l’animal «objet»

La tentative d’attribuer aux humain·e·s des caractéristiques valorisantes dont ils/elles auraient le bénéfice exclusif justifie depuis toujours l’exploitation d’animaux soi-disant naturellement dépourvus de raison, d’intelligence, de culture, de liberté, de langage. La négation de la sensibilité, de la souffrance, de l’intériorité animale autorise depuis toujours toutes les maltraitances et rend leur mise à mort socialement acceptable.

La frontière entre l’homme et les autres espèces animales s’estompe de plus en plus. Les capacités mentales des animaux sont aujourd’hui certifiées scientifiquement[6] . Leur aptitude à éprouver des sentiments (sensations, perceptions et émotions) positifs ou négatifs, depuis la douleur et la peur jusqu’au plaisir et la joie est reconnue. Des recherches scientifiques ont démontré des capacités mentales de haut niveau chez les animaux que l’on croyait réservées aux seuls humains.

Au vu des découvertes sur l’intelligence et les émotions animales, nous n’avons plus aucune excuse pour continuer à les traiter comme nous le faisons. Si comme les neurobiologistes l’affirment les animaux sont conscients, éprouvent des sentiments, élaborent des idées, comment l’homme peut-il continuer à les traiter comme des objets, à s’en servir comme des jouets ou des souffre-douleurs, à les exploiter, à les enfermer, les martyriser, les maltraiter, les abattre, les manger?

Des alternatives existent

Les animaux ont une valeur intrinsèque, indépendamment des “services” qu’ils nous rendent. Aucune justice, qu’elle soit divine ou profane, ne saurait légitimer un droit à la vie moindre pour les animaux que pour les humain·e·s. Dès lors, disposer de leur existence comme bon nous semble, dans une logique utilitariste, constitue dans tous les cas un abus de pouvoir, un autoritarisme, une discrimination. Les animaux ont tous un intérêt évident à ne pas êtres violentés ou tués.

Les animaux doivent donc être reconnus comme des membres à part entière de la communauté morale. Poursuivre l’exploitation des animaux, applaudir les spectacles les asservissant, continuer à les chasser, à les manger, à les utiliser, à en faire commerce ne trouve plus aucune justification crédible. Ces pratiques relèvent le plus souvent d’habitudes, de traditions culturelles, d’intérêts commerciaux entretenant une inertie générale qui confine à la barbarie.

Cette exploitation massive est d’autant plus injustifiable qu’il existe aujourd’hui des alternatives à l’essentiel des fonctions que nous assignons traditionnellement aux animaux (nous nourrir, nous divertir, nous vêtir, nous soigner…) et que dans l’immense majorité des cas, aucune d’entre elles n’est plus d’intérêt vital absolu pour l’humain.

Sur la question alimentaire, nous sommes omnivores et nous avons le privilège du choix de notre nourriture. La diététique a scientifiquement établi que les protéines animales n’étaient ni une nécessité ni une obligation pour se maintenir en bonne santé. Des centaines de millions de végétaliens de par «Quand bien même l’humain n’aurait de considération que pour sa propre perpétuation, il aurait tout intérêt à préserver la biodiversité et agir pour la conservation maximale de toutes les espèces vivantes, véritables assurances vie par temps de changement global.» n° 161 | avril 2021 éduquer 15 le monde le démontrent chaque jour. La consommation d’animaux est tout simplement inutile à notre survie. C’est un fait avéré. Décider d’en manger malgré tout est donc un choix individuel, celui de l’indifférence à la souffrance animale, celui de participer à un système qui produit, exploite et met à mort à la chaîne des êtres dotés de sensibilité, avec des conséquences majeures sur la dégradation de l’environnement. Ce choix n’est pas moralement défendable.

L’organisation de l’inconscience

En dépit du fait que la plupart des humains se déclarent soucieux du sort des animaux, qu’ils reconnaissent ne pas être indifférents à leur condition, leur calvaire sans fin s’amplifie.

La permanence d’un système violent et oppressif qui tient captif, instrumentalise et coûte la vie à des milliers de milliards d’êtres vivants sensibles chaque année n’en finit plus de désespérer. Les ressorts psychologiques qui permettent de l’expliquer sont complexes à décrypter. Ce qui l’est moins est l’acharnement des intérêts privés à faire perdurer coûte que coûte leur business en invisibilisant les coulisses de l’exploitation animale.

Les multinationales de l’agro-alimentaire, les parcs d’attraction animaliers, les sociétés de chasse, les éleveurs, les pêcheurs ont su tisser avec les institutions un faisceau d’intérêts si solidement enchevêtrés depuis si longtemps qu’ils se confortent continuellement pour se maintenir en place. L’enjeu commun est de minimiser l’inconfort moral qui pourraient résulter chez tout un chacun de la prise de conscience de la violence nécessaire au système. Quand bien même rien ne la rend éthiquement justifiable, légaliser cette violence permet de la légitimer. Le droit est une question de pouvoir non de morale.

La propagande permanente qui en résulte a des effets majeurs et durables. Les vidéos choquantes et les reportages édifiants qui osent montrer l’envers du décor et la réalité de l’exploitation des animaux suscitent quelques conversions certes, mais loin d’être encore suffisamment massives pour faire trembler l’édifice de l’oppression animale. L’ordre établi se maintient contre tout exigence de justice.

Pandémies et exploitation animale La démographie humaine et son appétit insatiable pour la viande provoquent la destruction massive d’habitats qui menacent quantité d’espèces dont l’existence même est indispensable à notre survie. En les condamnant à une disparition irrémédiable, nous réduisons nos chances de faire face à nos besoins vitaux.

Mais nous faisons même pire: en privant les animaux sauvages de leurs habitats naturels ne leur laissant plus d’autre choix qu’une forme de promiscuité avec l’humain et en concentrant les animaux domestiques dans d’immenses zones concentrationnaires à proximité des centres urbains, nous multiplions les inévitables risques de circulation de virus potentiellement ravageurs.

La plupart des pandémies récentes comme Ebola ou Covid-19 sont liées à un passage de la barrière d’espèces. Des microbes issus des animaux sauvages ou domestiques, bénins au sein de ces organismes, évoluent et mutent au point de devenir des agents pathogènes meurtriers pour l’Homme. Ce phénomène n’a rien de nouveau mais remonte au néolithique, lorsque nous avons commencé à soumettre les animaux. De cette cohabitation contre nature avec les ruminants sont issues la rougeole et la tuberculose. De même que les cochons nous ont transmis la coqueluche et les canards la grippe.

Comment ne pas voir dans ces phénomènes une forme d’ironie du sort? D’une certaine façon les animaux tiennent là une revanche sur les sévices sans fin que nous leur faisons subir. De notre capacité à l’admettre résulte le sort de l’humanité. Il ne tient qu’à nous d’inverser la tendance en mettant une fin définitive à l’anthropocentrisme mortifère. Ou nous précipiterons notre propre fin dans ce cycle habituel de déni et d’égoïsme qui arrive désormais à son terme.

Jean-Marc Gancille, auteur de « Carnage – Pour en finir avec l’anthropocentrisme » (Éditions rue de L’Échiquier – 2020)

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[1] www.nature.com/articles/nature25138

[2] Seulement 4% des mammifères sur Terre sont des animaux sauvages.

[3] www.pnas.org/content/ early/2018/05/15/1711842115

[4] Le welfarisme est un courant réformisme qui se satisfait des petits pas pour améliorer la condition d’élevage des animaux, à l’opposé de l’abolitionnisme qui considère que l’oppression des animaux est du même type que l’esclavage. La seule revendication possible est donc l’abolition, car l’esclavage est inacceptable, à quelque degré que ce soit.

[5] Étude des processus mentaux des animaux: pensée et émotions.

[6] Voir à ce sujet l’expertise scientifique collective pluridisciplinaire conduite par l’INRA et publiée en mai 2017 qui se fonde sur une revue critique de la littérature internationale sur la conscience animale www.inrae.fr/actualites/ conscience-animale-connaissances-nouvelles