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L’enseignement public au Congo: de sa création en 1946 à l’indépendance en 1960

L’enseignement public au Congo: de sa création en 1946 à l’indépendance en 1960

SOMMAIRE DU DOSSIER

Il faut faire la distinction entre les établissements pour les enfants des colons et ceux que fréquentaient les enfants congolais, généralement tenus et organisés par des missionnaires catholiques ou protestants.
Ce n’est que dans la dernière décennie de l’ère coloniale que des enfants congolais, sélectionnés, furent admis dans les écoles des enfants européens. La question de la «déségrégation scolaire» avait été envisagée par le ministre des colonies Auguste Buisseret en 1957.

L’enseignement pour les enfants blancs et métis

À la sortie de la seconde guerre mondiale, quelle est la situation dans la colonie de l’enseignement public neutre pour les enfants des colons européens? La réponse est simple et rapide. Il n’y a pas sur la totalité du territoire, d’école officielle pour accueillir les enfants des colons européens. Le Conseil général de la Ligue s’était déjà inquiété de cette situation en 1937 et avait créé une commission chargée de proposer des créations d’établissements pour Blancs et congolais indépendants des missions. Dans un rapport présenté en 1938 lors de la «Journée des Amis de l’enseignement public» organisée par la Ligue de l’enseignement[1], le sénateur Léo Mundeleer avait dressé un bilan détaillé du nombre et des types d’écoles fonctionnant au Congo et au Ruanda-Urundi[2]. Il distinguait trois espèces d’établissements: ceux qui avaient le titre d’écoles officielles et qui étaient «affermés par contrats aux congrégations religieuses catholiques», les écoles des missions catholiques dont il dénonçait le prosélytisme et qui étaient subsidiées par l’État[3] et celles des missions protestantes qui, objets d’un «véritable ostracisme» de la part du gouvernement belge, ne recevaient aucun subside[4] ; en outre, les diplômes décernés par ces écoles des missions protestantes n’étaient pas reconnus par l’Administration coloniale. Il existait un troisième type d’écoles, celles, peu nombreuses que des Sociétés comme l’Union minière ou des entreprises avaient créées pour des raisons économiques et qui n’étaient pas subsidiées. Il faut signaler aussi que les écoles normales, qui formaient des instituteurs Noirs, étaient également confié aux missions catholiques. En fait, tout l’enseignement, concluait le sénateur Mundeleer «est religieux, soit catholique, soit protestant».

Image tirée du documentaire «RDC: Vie sociale et enseignement au Congo Belge durant les années 50». https://www.youtube.com/watch?v=3SCZR1nJ–0

 

La guerre n’allait évidemment rien arranger. En 1945, à tous les niveaux d’enseignement, primaire et secondaire, les établissements officiels pour élèves blancs et métis, étaient toujours desservis par des congrégations religieuses. Les élèves qui le souhaitaient pouvaient toutefois être dispensés du cours de religion. Cette situation pouvait d’ailleurs poser des problèmes. Ainsi, certains pères jésuites ne cachaient pas que cette dispense imposait certaines entraves empêchant de «donner un enseignement en conformité entière avec leurs idées».

Face à cette situation, les défenseurs de l’enseignement officiel neutre, appuyés par la Ligue de l’enseignement, fondèrent à Costermansville (Bukavu) une «Association pour l’enseignement laïc au Congo belge» qui avait comme objectif, selon l’article 3 des statuts, de «susciter la création et le développement de l’enseignement officiel au Congo belge». Le 31 mai 1945, lors de l’assemblée constitutive, le président, le Dr. L. Hoebeke, regrettait que la Belgique n’eût pas pris en mains l’enseignement donné aux congolais et aux résidents européens comme c’était son devoir de le faire mais qu’elle se fût «déchargée de ce soin, capital pourtant, sur les Missions religieuses». Sans nier l’action éducatrice de celles-ci, l’orateur poursuivait «Il est défendable d’accepter le concours des missionnaires catholiques, des missionnaires protestants dans ce domaine. Autre chose est cependant de n’accepter qu’eux; de confier tout l’enseignement aux blancs comme aux noirs aux Missions et de le faire pratiquement à l’exclusion de tous autres éducateurs. Autre chose est de donner, en fait le monopole de l’enseignement aux Missions».

Pour le ministre A. Buisseret, l’enseignement des Noirs, garçons et filles, devait être inspiré par la Charte des Droits de l’Homme et devait être fondé sur le respect des valeurs humaines.

Le message fut entendu. L’arrivée au Ministère des Colonies[5] du libéral Robert Godding[6] en juillet 1945, membre de la Ligue, allait apporter une réponse positive à la demande de l’Association. Dans un discours prononcé au Sénat le 7 novembre 1945 (Annales parlementaires, p.891-892), le Ministre, tout en rappelant que la liberté du père de famille dont il était un défenseur, n’était pas respectée au Congo comme elle l’était en Belgique[7] , annonçait la création de trois athénées pour les enfants blancs et métis avec sections gardiennes, primaires et internats, en trois endroits fort éloignés l’un de l’autre, (à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, dans le Bas-Congo, à Costermansville, dans le Kivu et à Elisabethville, aujourd’hui Lubumbashi, au Katanga). Ces créations, outre qu’elles visaient à permettre le respect des convictions des familles et de la liberté de conscience, répondaient à un réel besoin étant donné l’accroissement de la population de souche européenne dans la Colonie.

Immédiatement la Ligue décida de s’engager dans ce projet. Une Commission fut créée dans laquelle siégeaient principalement des anciens coloniaux. Il fallait trouver et aménager des locaux provisoires, envoyer du matériel didactique et, tâche délicate à laquelle s’attacha plus particulièrement la Ligue, il fallait recruter des enseignants compétents. Ceux-ci furent sélectionnés sur des listes présentées par le Ministre libéral de l’Instruction publique, Auguste Buisseret. On décida de choisir des professeurs diplômés d’établissements officiels, soit des universités, soit des écoles normales, ayant déjà une grande maturité professionnelle. Leur mandat qui était de trois années, pouvait être renouvelé. Après leur retour dans la métropole, les enseignants conservaient leurs droits à l’avancement. Le succès des établissements nouvellement créés fut indéniable[8]. On s’en doute les catholiques n’apprécièrent guère l’initiative du Ministre Godding. Aussi, lorsqu’ils reprirent place au gouvernement le 27 mars 1947[9] , le nouveau ministre des Colonies, le catholique Pierre Wigny, tout en permettant de poursuivre le projet de créer des athénées dans la Colonie, adopte une politique visant à mettre un frein à son expansion. Les constructions des bâtiments scolaires, notamment celles des internats, qui jouaient un rôle primordial dans le développement de l’école publique, prirent du retard ou restèrent à l’état de projet. P. Wigny mit fin à l’accord conclu avec le Ministère de l’Instruction publique et s’empressa de nommer des professeurs fraîchement diplômés, issus majoritairement de l’enseignement libre. Une décision qui fit dire à Robert Godding au Sénat «On conserve la façade mais on dénature l’esprit[10]. Si on laisse faire, il y aura au Congo deux enseignements confessionnels. Je m’indigne de ce mépris de la volonté du Parlement et des pères de famille». La question du recrutement n’était pas le seul obstacle au bon fonctionnement des écoles officielles: les commandes de manuels scolaires accusant un retard important, on dut utiliser dans les athénées et les écoles primaires ceux de l’enseignement libre. En outre, les conditions de travail devinrent moins favorables; le Ministre Wigny imposa un nouveau statut en juillet 1947 qui diminuait les traitements des licenciés. La liberté syndicale était en outre refusée aux enseignants. L’Administration coloniale imposa l’obligation au personnel féminin de ne pas être marié, une règle de recrutement qui était en vigueur, à l’époque, dans l’enseignement confessionnel. Bref, c’était tout un climat de «guerre scolaire» qui se mit en place avec, c’était l’impression de ses défenseurs, la volonté de la part des instances catholiques de saboter le réseau officiel à peine né. Avec l’arrivée au pouvoir, en 1950, du gouvernement homogène catholique[11] dans lequel Albert Dequae succédait à P. Wigny au Ministère des Colonies, la situation se durcit encore. Les pouvoirs publics vont accorder des subsides de plus en plus élevés aux écoles congréganistes et par contre limiter ceux alloués à l’école officielle. La question de l’enseignement fut encore envenimée par le projet de signer, en 1953, un concordat avec le Saint-Siège qui devait renforcer la position de l’Église au Congo. Ainsi peu à peu, la guerre scolaire, qui envenimait l’atmosphère politique dans la Métropole, concernait désormais, à partir des années 1950, également la colonie. L’apaisement ne surviendra, comme on sait, qu’avec la signature, en 1958, du Pacte scolaire et le vote l’année suivante, soit un an seulement avant l’indépendance, de ses lois d’application.

L’enseignement pour les congolais

Dans le rapport, déjà cité, présenté à la «Journée des Amis de l’enseignement public» organisée par la Ligue en 1938, Léon Mundeleer dénonçait l’emprise catholique et protestante sur l’enseignement dispensé aux élèves noirs. «En dehors de l’œuvre des missions, écrivait-il, il y a carence complète de la part du gouvernement au point de vue de l’enseignement[12]».

La qualité de l’enseignement dispensé n’était pas non plus à l’abri des critiques. C’était en réalité un enseignement rudimentaire, qui avait comme objectif de dispenser une instruction morale et civilisatrice plutôt qu’une véritable instruction émancipatrice.

Image tirée du documentaire «RDC: Vie sociale et enseignement au Congo Belge durant les années 50». https://www.youtube.com/watch?v=3SCZR1nJ–0

 

Il s’imposait donc selon le sénateur Mundeleer de mettre fin au monopole des missions et de proposer aux enfants congolais un programme d’enseignement qui leur fût adapté et qui comprît surtout une orientation professionnelle doublée d’une formation élémentaire tenant compte «des conditions de vie, du degré de civilisation, des aptitudes à se développer [des élèves]». Le programme du sénateur libéral, soutenu par le parti socialiste, ne reçut guère d’échos. Après les années de guerre, la situation malgré l’appel de l’«Association pour l’enseignement laïc au Congo belge» du 1er mai 1949 et celui de la Ligue de l’enseignement[13], n’avait guère évolué. Il fallut attendre l’arrivée en 1954[14], au Ministère des Colonies, du libéral Auguste Buisseret (1888-1965) pour qu’un changement se produise. Membre de la Ligue de l’enseignement, A. Buisseret, qui était d’origine liégeoise, était un défenseur des droits de l’homme et un démocrate convaincu. Son vécu périlleux fait d’engagements en témoigne. En 1918, il avait échappé au peloton d’exécution allemand; pendant l’entre deux guerres, il avait pris la défense en tant qu’avocat de militants victimes du régime nazi. En 1943, menacé de mort par l’occupant, il dut s’exiler à Londres[15]. Il avait soutenu en 1946 la politique du libéral R. Godding. En 1947, il avait participé en tant que sénateur à une mission sénatoriale dans la colonie, qui avait comme objectif de faire le point sur les conditions économiques et sociales de la société congolaise. Chargé du rapport sur l’enseignement, il devait déplorer que l’école officielle pour les congolais fût inexistante, que l’instruction dispensée par les missionnaires fût totalement insuffisante et ne préparât pas, comme l’écrira quelques années plus tard J. Van Hove[16], «l’indigène de la masse à servir utilement dans son milieu ses intérêts et ceux de la communauté et ainsi jouer son rôle, modeste mais réel, dans l’évolution de la société congolaise». Pour le ministre A. Buisseret, l’enseignement des Noirs, garçons et filles, devait être inspiré par la Charte des Droits de l’Homme et devait être fondé sur le respect des valeurs humaines. La société congolaise était, selon lui, composée d’Africains et d’Européens égaux en droits. Il voulait pour les congolais des écoles «où la personnalité des enfants était assurée de s’épanouir librement dans la tolérance». Son programme débute dès octobre 1954. Le 31 décembre, 4500 élèves fréquentaient les groupes scolaires officiels; en 1956, ils étaient plus de 30000. Par groupe scolaire, il faut comprendre des écoles primaires et des écoles formant des moniteurs; ces groupes étaient installés dans les chefs-lieux des provinces. Afin de répondre à la demande des populations congolaises, il créa des établissements d’enseignement moyen secondaire ainsi que des écoles professionnelles et d’apprentissage. Le travail de scolarisation, longtemps retardé, rencontrait cependant de nombreux obstacles liés aux disparités régionales, à la présence plus ou moins dense d’une population européenne, à la persistance dans les milieux ruraux de traditions coutumières, notamment en ce qui concerne les filles. Il fallait également prévoir la formation des maîtres et des éducateurs dont le nombre était insuffisant. Enfin, il fallait compter sur les obstacles posés par l’évêché, notamment Mgr de Hemptinne[17], évêque du Katanga, et une administration coloniale favorable aux missions.

Une question tenait particulièrement à cœur à A. Buisseret, celle, comme il la nommait, de la «déségrégation scolaire». En effet, dès les origines, s’étaient mis en place deux réseaux parallèles d’enseignement: celui qui était destiné aux Européens et l’enseignement pour Noirs. Auguste Buisseret, en tant qu’humaniste, souhaitait le regroupement de toutes les écoles officielles en un seul réseau. La question de l’admission des Noirs dans les établissements réservés aux Blancs avait déjà été posée en 1948 et le principe de leur admission avait été agréé deux années plus tard. Les élèves noirs étaient admis, sur la base du degré d’évolution des parents, ceux qui étaient appelés les «congolais immatriculés». Dans chaque province, une commission devait se prononcer sur les candidats à suivre l’enseignement dans les établissements pour Européens, en s’entourant de garanties d’ordre social, médical et pédagogique. Mais il y avait peu d’élus: ainsi 796 congolais avaient été admis en 1956 dans les écoles pour Européens.

En attendant cette «déségrégation», qui ne passait pas bien la rampe, le ministre Buisseret avait créé dans les grandes villes, des athénées pour les autochtones dont les structures et les programmes d’enseignement étaient les mêmes que dans les établissements pour Européens. Enfin, c’est à lui également qu’on devait la création, à Élisabethville, d’un enseignement supérieur organisé par l’État où les étudiants noirs étaient acceptés. Entre 1954 et 1958, Auguste Buisseret a donc mis en place les fondements d’un enseignement officiel neutre à l’intention de la population congolaise. L’optimisme dont il faisait preuve en 1957, dans un discours prononcé lors d’une assemblée générale de la Ligue[18], ne laissait en aucune façon prévoir que l’indépendance était annoncée et que, sans doute, la préparation des élites congolaises était fort… trop tardive. À plus d’un demi-siècle de distance, on ne peut que le regretter!

Pol Defosse, historien

Illustration article: © Image tirée du documentaire «RDC: Vie sociale et enseignement au Congo Belge durant les années 50». https://www.youtube.com/watch?v=3SCZR1nJ–0


Bibliographie:

  • Vital PLAS, La situation de l’enseignement au Congo belge dans Documents de la Ligue de
    l’enseignement n° 118, 1946, 18 p. (avec des tableaux et données chiffrées)
  • Vital PLAS, L’enseignement laïque au Congo dans Bulletin de la Ligue de l’enseignement (BLE),
    1948, p. 53-65 – ID., L’enseignement public au Congo dans BLE, 1949, p. 41-47
  • L’enseignement laïque au Congo dans BLE, 1950, p. 50-51.
  • P. DEFOSSE (Éd.), Dictionnaire historique de la laïcité en Belgique, Bruxelles 2005, passim.
    Pour une histoire de l’enseignement au Congo depuis l’existence de l’État indépendant et
    l’implantation des missions voir J. BRIFFAERS, De schoolstrijd in Belgische-Congo (1930-1958)
    dans Schoolpact van 1958, Bruxelles, VUBpress, 1999, p. 331-358.

Textes extraits du chapitre Galerie de portraits dans l’ouvrage Zaïre 1885-1985, Bruxelles 1985

L’intelligence des Noirs est limitée

« L’intelligence nègre comporte des bornes que toute l’habileté de l’éducateur ne peut franchir… Si l’aptitude du Noir à s’acquitter d’un travail cérébral est nettement inférieure à celle d’un Européen, dans le domaine de l’habileté manuelle et dans l’exercice des facultés d’observation, le nègre d’Afrique s’avère souvent l’égal du Blanc. Comme chauffeur automobile, comme ouvrier appelé à manœuvrer des machines même délicates… il peut devenir un auxiliaire de grande valeur. Aussi est-ce vers l’enseignement professionnel et technique que les autorités ont porté leurs principaux efforts… Un enseignement élémentaire se généralise dans toutes les colonies. Le plus souvent, comme au Congo belge, il est l’œuvre des missions religieuses. Déjà les résultats acquis sont d’importance. Mais l’œuvre n’est pas de celles que l’on termine en une génération. Le niveau intellectuel des indigènes africains vient seulement de commencer à subir une profonde évolution dont il est encore aujourd’hui difficile de prévoir l’ampleur et surtout les conséquences. »

(J.P. HARROY, Afrique terre qui meurt. La dégradation des sols africains sous l’influence de la colonisation, Bruxelles, Marcel Hayez, 1944, p. 197-198)

« Déjà les étudiants congolais qui ont fait leurs humanités classiques au collège Albert Ier à Léopoldville, pour passer en Belgique l’examen du jury central au même titre que les Européens, ont prouvé qu’ils étaient capables d’assimiler les cultures grecque et latine aussi bien que l’algèbre… Au Congo, comme en Uganda, comme dans l’Afrique noire, la scolarisation fut d’abord l’œuvre des missions, catholiques et protestantes; et ce sont encore les missions, qui, à l’heure actuelle instruisent le plus grand nombre d’élèves, leur donnant avec l’instruction, les règles de la morale chrétienne sans lesquelles l’Afrique de demain ne pourrait que sombrer dans un matérialisme superstitieux. »

(Sœur Marie-André du Sacré Cœur, Civilisation en marche, Paris, Crasset, 1956, p. 131,142,143).

Les métis

« Les mulâtres seront longtemps au point de vue social les Mal Aimés. Et leur problème sera présenté comme tragique (larmes sincères et larmes de crocodile) sans qu’on évoque clairement la seule cause importante: le refus global d’accepter leur mère et, à travers celle-ci, la société d’où elle provient. »

(Zaïre 1885-1985, p. 161)

« Il est recommandé par la dignité de la race blanche, de faire aux mulâtres un statut qui les distingue des indigènes. Ne pourrait-on les grouper, une fois adulte, favoriser parmi eux des intermariages et les inviter à vivre dans des agglomérations séparées où ils développeraient une civilisation originale?… Les mulâtres éduqués semblent appelés, par leur acclimatement et leur intelligence, à rendre des services dans l’administration… »

(Pierre SALKIN, Etudes africaines, Bruxelles, Larcier, 1920, p. 359-360).

Les évolués

« [Étaient désignés ainsi les Noirs aptes à adopter la culture occidentale. Mais «européanisés», ils sont souvent ridiculisés, qualifiés d’imitateurs du Blanc. Les «évolués» étaient assis entre deux chaises, leurs souches sociales et culturelles et la civilisation des Européens].

Du haut de la pente, l’église déverse toujours ces femmes bariolées, ses Noirs au cou serré dans un faux-col, au corps engoncé dans des vêtements à l’européenne. Un évolué? c’est quand ça tape à la machine et quand ça porte un casque, une cravate et des lunettes. Parfois des lunettes en verre à vitre. Maintenant la mode est aux verres fumés. Oui presque tous en portent, des verres fumés, et des feutres clairs, ou des casques. Une lamentable mascarade sous le soleil. Il y a des complets épinards, des pantalons framboise, très large du bas, des pantalons roses. Sous ces vêtements étrangers, ils gardent quelque chose de la souple marche du fauve. »

(Henri CORNELUS, Kufa, Bruxelles, Renaissance du livre, 1954, p. 39)

« D’un orgueil souvent démesuré, ces nouveaux «européanisés» mettaient un point d’honneur à décrier tout ce qui même indirectement les attachait aux sources traditionnelles. Depuis quelque temps déjà, ils extériorisaient leur statut nouveau en singeant les Blancs, arborant col, cravate en toutes circonstances, ce qui dans le milieu rural de la brousse épatait les villageois mais me semblait parfaitement grotesque. »

(Jean-Claude MARLAIRE, Avant que tous ne pleurent, Gouvy, Frank éditions, 1983, p. 31).

Une analyse en 1948

« Quel est le but de notre politique: voulons-nous apporter notre civilisation aux Noirs ou les aider à se civiliser selon leur propre génie? Tout est là mais nous n’avons pas encore choisi et cela entraîne bien des indécisions. Là se trouve la plus importante de nos carences. Nous détruisons les coutumes et en conseillons d’autres, mais après les avoir conseillées, nous rentrons dans notre milieu. Nous n’aidons pas par une collaboration intime l’assimilation que nous enseignons: la création d’une classe artificielle qui contiendrait en même temps des noirs et des blancs est donc difficilement concevable, à moins que les blancs ne modifient les sentiments profonds qui les dirigent, or la loi est impuissante à cet égard. »

(RUWET, La Revue coloniale belge, Bruxelles, Office colonial, 1/1/1948, p. 5).

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SOMMAIRE DU DOSSIER: Racisme à l’école


[1] Léon MUNDELEER, L’enseignement au Congo. Document de la Ligue, n° 111, 1938, 28 p. Mundeleer (1885-1964). Homme politique libéral, avocat; il fut ministre de l’Instruction publique dans le gouvernement de coalition libéral – socialchrétien présidé par le catholique Gaston Eyskens 11 août 1949-6 juin 1950

[2] Au Ruanda-Urundi, l’enseignement était selon le sénateur plus développé. Outre les établissements officiels et ceux des missions, il existait également des écoles islamiques.

[3] À propos des subsides alloués aux missions catholiques voir Ministère des Colonies. Bulletin des questions et réponses du 14 juin 1945, p. 435-436

[4] Les missions protestantes recevaient des aides accordées par les Anglais, les Américains, les Suisses et les Suédois mais suite à une intervention des Nations Unies, elles seront également subsidiées à partir de 1946 par le gouvernement belge à la condition de se soumettre à une inspection de l’État.

[5] Gouvernement de coalition socialiste, libéral, communiste et U.D.B présidé par A. Van Acker investi le 2 août 1945.

[6] Robert Godding (1883-1953). Homme politique libéral. Avocat. Ministre des colonies de 1945 à 1947.

[7] Curieusement la liberté du choix de l’école par le chef de famille était un argument invoqué par les catholiques en faveur de leurs écoles en Belgique mais ils refusaient de l’entendre en ce qui concerne les établissements scolaires de la Colonie!

[8] Au 31 décembre 1946, 259 élèves blancs et métis fréquentaient au Katanga l’école officielle. Ils seront 758 fin 1948, 1208 fin 1956. En 1952, plus de 3300 élèves fréquentaient les écoles officielles neutres de la Colonie (Document de la ligue n° 138, 1952, p. 5).

[9] Gouvernement de coalition catholique-socialiste. Les catholiques, Pierre Wigny jusqu’en 1950, Albert Dequae jusqu’en 1954, prennent la direction du Ministère des Colonies.

[10] Le Ministre P. Wigny disait sa bonne foi en faisant valoir qu’il voulait poursuivre la politique de son prédécesseur et qu’il projetait de créer des écoles primaires et moyennes, certaines avec internats, dans d’autres villes moins importantes de la Colonie

[11] Présidé par J. Duvieusart pendant quelques mois, puis par Joseph Pholien jusqu’au début 1952 et enfin par J. Van Houtte jusqu’au 12 avril 1954.

[12] Documents de la Ligue n° 111.

[13] Voir l’appel de la quatrième section «Enseignement laïque au Congo» dans le Bulletin de la Ligue, 1950, p. 50-51.

[14] Gouvernement de coalition libéral-socialiste d’Achille Van Acker (1954-1958). Depuis 1884, c’était la première fois si on excepte la courte période du 2 août 1945 au 20 mars 1947 que le parti catholique, devenu social-chrétien après 1945, ne participait pas à un gouvernement

[15] Il fit acheter par la Ville de Liège plusieurs tableaux dont «La famille Soler» de Picasso mis en vente par les nazis en tant que «témoignages d’une civilisation décadente».

[16] J. VAN HOVE dans L’enseignement à dispenser aux congolais dans les territoires autonomes. Colloque international organisé par l’Institut de sociologie Solvay et le centre belge d’études économiques et sociales à Bruxelles, 30-31 mars et 1 avril 1950, Bruxelles 1951 p. 153. Cité dans J. BRIFFAERTS p. 347

[17] Jean Félix de Hemptinne (1876-1958). Moine bénédictin de l’Abbaye Saint-André de Bruges, missionnaire au Katanga et évêque de 1932 à sa mort (Biographie belge d’Outremer, 1971, T. VII, col. 291-299). «Si l’on s’étonne, disait le prélat, de la facilité avec laquelle le noir assimile une dose déterminée de savoir, si son habileté se meut avec aisance dans une sphère déterminée, on s’étonne aussi d’une résistance à se perfectionner davantage (cité par Zaïre 1885-1985. Cent ans de regards belges, Coopération par l’Éducation et la Culture. Ed. Ann GERRARD, J. BOLY, M. TAVERNE, 1985, p. 168)

[18] Quelques grands problèmes actuels de l’Enseignement au Congo. Documents de la Ligue de l’enseignement, n° 149, 1957, 10 p.