Actualité: Coronavirus - Confinement

L’enseignement à l’heure de l’Omicron

L’enseignement à l’heure de l’Omicron

L’épidémie reprend de plus belle dans la société belge. Les écoles ne sont pas épargnées. Mais les plus pauvres sont les plus durement frappés.

La situation épidémique en Belgique

Le rapport de Sciensano du 21 janvier 2022 sur la situation épidémique liée au covid est sans ambiguïté: le nombre de cas explose et le pic des contaminations est loin d’être atteint. Il ne doit pas être attendu avant la fin janvier ou le début du mois de février. En attendant, au rythme actuel des contaminations, ce sont 8 à 10% de la population belge qui pourraient être contaminés en un mois[1] ! Le nombre de cas a augmenté de 34% si l’on compare la période du 11 au 17 janvier avec la semaine précédente. La moyenne journalière du nombre de contaminations est d’environ 30.000 contaminations. Mais le lundi 17 janvier, ce sont plus de 60.000 cas covid qui ont été enregistrés au niveau de la Belgique[2] !

La situation dans les écoles

Le taux de reproduction est durant cette période supérieur à 1 (1,252) mais c’est surtout dans les tranches d’âge de 0 à 9 ans et de 10 à 19 ans que l’augmentation est sensible. Rien d’étonnant donc si les écoles sont fortement impactées par la vague présente.

Durant la semaine du 11 au 17 janvier, 810 clusters ont été constatés (contre 573 la semaine précédente), principalement sur les lieux de travail (47,4%) et les maisons de repos (24,3%), mais dans les écoles, le nombre de clusters est également en augmentation (Rapport hebdomadaire de Sciensano du 21 janvier 2022).

L’augmentation du nombre de cas est particulièrement sensible chez les 6 – 11 ans (tracé vert clair) et les 12 – 19 ans (tracé jaune).

Durant la semaine du 10 au 16 janvier, 4657 cas de covid ont été signalés dans les écoles francophones aux équipes PSE, dont 4061 cas sur les 903.806 élèves de l’enseignement fondamental et secondaire en FWB, soit 0,45% des élèves[3] .

Durant la même période, 487 cas covid chez les membres du personnel ont été signalés dans les établissements scolaires de la Communauté française:

 

Pour rappel, depuis le 10 janvier, «l’Emergency Brake» est appliqué à partir de 4 cas positifs au sein d’une classe (ou à partir de 25% de cas positifs si le groupe est inférieur à 16 élèves) dans l’enseignement fondamental. La mesure entraine la fermeture de la classe pendant cinq jours et une période de vigilance les 5 jours qui suivent. Dans l’enseignement secondaire, ce sont les règles applicables à la population générale qui s’appliquent: l’identification des contacts est réalisée par le Call center et le statut vaccinal des élèves est pris en compte en cas de contact étroit avec une personne positive au Covid-19.

Durant cette période, 110 classes et une école ont été fermées. (Source: ONE)

Le plaidoyer de l’UNICEF

La situation est particulièrement délicate dans les écoles durant cette période et la vie des familles est fort compliquée. Mais les effets négatifs de la crise sont inégalement répartis, selon la situation pécuniaire des familles, la composition du foyer familial et la condition sociale. C’est vrai au sein même de la société belge. C’est encore plus vrai si l’on prend en compte la situation mondiale.

Dans un rapport publié en décembre 2021, l’UNICEF observe les multiples conséquences de la crise covid sur les enfants et la manière inégale dont ils sont touchés.

L’UNICEF estime qu’au plus fort de la crise, au printemps 2020, 80% des écoles étaient partiellement ou complètement fermées. Mais la durée de ces fermetures a été plus importante dans les pays à faible revenu ou appartenant à la classe inférieure des revenus médians.

Les enfants, qui représentent notre avenir collectif, doivent être les premiers à bénéficier des investissements et les derniers à souffrir des restrictions budgétaires

L’épidémie n’a pas eu seulement un effet direct sur l’éducation et l’accès à l’école. Elle a augmenté la pauvreté. Elle a réduit la couverture des soins de santé et diminué le taux de vaccination des enfants, en particulier, dans les pays à faible revenu. Elle a eu des effets sur la malnutrition et sur la santé mentale des jeunes, particulièrement dans les pays les plus pauvres. D’où le plaidoyer de l’UNICEF pour que le sort des enfants soit pris en compte dans la lutte contre la pandémie et qu’il en inspire les ligne directrices: «Les enfants, qui représentent notre avenir collectif, doivent être les premiers à bénéficier des investissements et les derniers à souffrir des restrictions budgétaires» déclare l’organisation.

L’UNICEF fait dans cette perspective 4 recommandations dont on espère qu’elles seront entendues, en ce compris chez nous:

– investir dans la protection sociale, le capital humain et les dépenses en faveur d’un relèvement inclusif pour chaque enfant;

– mettre fin à la pandémie et inverser le recul alarmant observé dans les domaines de la santé et de la nutrition de l’enfant;

– reconstruire en veillant à ce que chaque enfant reçoive une éducation de qualité, soit protégé et jouisse d’une bonne santé mentale;

– renforcer la résilience afin de prévenir les crises, d’y répondre et de mieux protéger les enfants, notamment en adoptant de nouvelles approches pour éradiquer la famine, protéger les enfants des changements climatiques et repenser la manière dont les fonds sont dépensés lors des catastrophes.

A défaut d’être un baromètre, ces principes ne pourraient-ils pas servir de boussole à l’action publique contre la crise?

Patrick Hullebroeck, directeur

[1] Le Soir du 20 janvier 2022.

[2] Idem.

[3] Rapport de l’ONE pour la semaine du 10 – 16 janvier 2022.

 

Illustration: Photo by Maximilian Scheffler on Unsplash