Actualité: Education permanente

« L’éducation par le peuple et pour le peuple » – Qu’est-ce que l’éducation permanente?

« L’éducation par le peuple et pour le peuple » – Qu’est-ce que l’éducation permanente?

SOMMAIRE DU DOSSIER

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Définir l’éducation permanente n’est pas une sinécure tant son champ d’action est vaste. Au-delà des conceptions historiques de l’éducation populaire, l’éducation permanente est un concept vivant, qui se réinvente constamment en lien avec l’expérience de terrain et l’évolution des sociétés… Tentative d’explication et de définition.

L’Éducation permanente, un terme polysémique

Éducation des adultes, éducation tout au long de la vie, formation continue, démocratie culturelle, développement de l’esprit critique… Autant de termes qui renvoient à une sphère d’activité: l’éducation permanente.

Héritière de l’éducation populaire, l’éducation permanente a longtemps été perçue comme son prolongement même si elle s’en démarque. En effet, alors que l’éducation populaire se concrétisait essentiellement de manière volontaire par les individus, se pratiquant soit sur le temps de loisirs soit sur des temps dédiés à la formation (tels que les congés culturels) et durant la vie active, l’éducation permanente se veut «active» tout au long de la vie et dans toutes les sphères d’activité des citoyen·ne·s.

Éduquer?

Le mot «éducation» désigne «un processus d’apprentissage dans lequel l’individu, ou un groupe, conquiert des connaissances et dans lequel on élabore des savoirs qui libèrent. Dans le mot éducation il y a, sous-jacent la notion d’émancipation, se défaire des liens qui nous enserrent, se défaire d’une condition qui nous est assignée, se défaire d’une position de l’histoire comme objet de l’histoire et conquérir une position de sujet de l’histoire»[1] .Dès lors l’éducation permanente populaire part du principe que l’homme, l’humain, découvre que de sa conscience peut naître une action éclairée pour contribuer à infléchir le cours de l’histoire. L’éducation permanente populaire serait alors l’éducation dont le peuple est sujet et non pas objet. Une éducation dans laquelle des individus ou groupes d’individus tentent de construire un point de vue critique sur le monde et de mettre en œuvre ce savoir critique pour changer le monde.[2]

Selon Luc Carton, la notion d’éducation est un processus d’apprentissage permettant à une personne (ou à un groupe) de sortir de sa condition, de développer ses facultés et sa personnalité, d’accéder au langage commun, de se forger librement une vision du monde, de se référer à des valeurs (égalité, liberté, fraternité…).

Une particularité de l’éducation permanente est que son action se déroule en dehors de l’éducation initiale (enseignement scolaire, de base) pour se disséminer tout au long de la vie des individus. On remarque donc facilement la double facette de l’éducation permanente: d’un côté elle vise l’émancipation des individus et d’un autre côté, sa participation active à la société.

L’éducation permanente en Belgique englobe donc une série d’activités qui ont toutes pour but de donner aux individus des moyens et des outils qui visent ces objectifs, d’un point de vue social, culturel, politique et économique. Elle considère l’individu comme acteur de son changement et capable d’agir sur l’environnement «mouvant» qui l’entoure.

Son action permet alors de lutter contre les déséquilibres culturels en conférant à chaque individu un potentiel lui permettant d’agir sur le monde. L’action de l’éducation permanente est politique et promeut une égalité de participation des individus dans le processus éducatif, culturel et social en reconnaissant à chaque individu, ou groupe, des capacités et des ressources propres.

Une triple perspective

L’action de l’éducation permanente peut se définir sous une triple perspective: elle est omnitemporelle (dans le sens où elle touche tous les instants de la vie); omnidimensionnelle (car elle touche toutes les facettes de la vie) et elle est organisée en système (c’est-à-dire que ses composantes s’interpénètrent).[3]

De fait, on considère que l’éducation permanente recouvre plusieurs dimensions[4]:

– l’éducation tout au long de la vie (qui participe à l’intégration de l’individu dans la société et qui lui permet de s’adapter aux changements qu’on lui impose);

– la formation permanente (qui s’attache à adapter le travailleur ou la travailleuse aux évolutions du marché du travail et des technologies);

– l’éducation non formelle ou non institutionnalisée (qui, en dehors du cadre scolaire, considère l’individu comme le premier acteur de son émancipation culturelle et de son éducation);

– la promotion socioculturelle des travailleurs et travailleuses (qui permet de surmonter dans une certaine mesure le cloisonnement social par la formation).

Pour qui?

L’éducation permanente concerne, par principe, tous les individus sans distinction. Cependant, le public principalement visé dans le décret est issu des «milieux populaires», défini comme avec ou sans emploi, porteur au maximum d’un diplôme de l’enseignement secondaire ou de personnes en situation de précarité sociale ou de grande pauvreté.[5]

Comment?

De nombreuses associations mènent des actions d’éducation permanente en communauté française. Pas moins de 283 associations sont actuellement reconnues comme relevant de l’éducation permanente, qu’elles s’orientent vers la défense des droits humains, l’égalité femmes/ hommes, la solidarité internationale, l’alphabétisation, la justice sociale, la formation, l’interculture, l’intergénérationnel, la lutte contre le racisme, la participation citoyenne, la défense de l’environnement, le handicap, l’accès à la création et à la diffusion culturelle, l’enseignement… Chacune de ces organisations s’inscrit dans une démarche d’émancipation, d’information, d’accès et de développement de l’esprit critique de son public.

Une organisation d’éducation permanente aura pour objectif de favoriser et de développer, principalement chez les adultes[6]:

– une prise de conscience et une connaissance critique des réalités de la société;

– des capacités d’analyse, de choix, d’action et d’évaluation;

– des attitudes de responsabilité et de participation active à la vie sociale, économique, culturelle et politique.

Ainsi, les associations d’éducation permanente travaillent au développement des capacités de citoyenneté active et critique et de la pratique de la vie associative des individus. Cette démarche s’inscrit dans une perspective d’égalité et de progrès social en vue de construire une société plus juste, plus démocratique et plus solidaire favorisant la rencontre entre les cultures[7].

Pour être effectif, le travail des associations d’éducation permanente doit continuellement se confronter à une exigence de changement, d’adaptation à son public et à une société en mutation, ce qui rend leur travail mouvant et en constante évolution.

Un outil démocratique essentiel

À travers sa démarche émancipatrice et critique, l’éducation permanente représente un réel outil de démocratie culturelle. En effet, en permettant à tou·te·s les citoyen·ne·s de toutes conditions et de toutes origines de se rencontrer et de véritablement prendre leur place dans le débat démocratique, l’éducation permanente est un outil précieux de respect des droits humains.

Dans une société de plus en plus mondialisée, dans des rapports humains davantage matérialisés, dans une globalisation qui exacerbe les inégalités, la démarche et l’action de l’éducation permanente prennent tout leur sens et leur nécessité en tant qu’outil d’émancipation et de protection des droits humains.

Marie Versele, secteur Communication en collaboration avec Luc Carton, philosophe

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Répertoire Kaléidoscope

Pour découvrir les associations reconnues d’Éducation permanente, leurs objectifs, leurs activités, les thématiques sur lesquelles elles travaillent et leurs coordonnées, vous pouvez consulter le répertoire ci-dessous qui reprend les associations reconnues en vertu du décret d’Éducation permanente de 2003, ainsi que les organisations qui restent reconnues en vertu de l’arrêté royal de 1971, dit «de Loisirs culturels».
Plus d’infos: www.webopac.cfwb.be/eduperm/search/advanced

 


RESSOURCES:

  • «Une histoire de l’Éducation populaire» par MIGNON Jean-Marie, Paris: La Découverte, 2007.

Le mouvement de l’éducation populaire a connu une histoire faite d’enthousiasmes et de réussites, mais aussi d’incompréhensions et de critiques, voire de rejets. C’est cette riche histoire que propose de découvrir cet ouvrage. Son auteur montre le rôle essentiel joué par l’éducation populaire au sein de la société au lendemain de la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux enjeux des années 2000.

 

  • «L’idée d’éducation permanente et son expression internationale depuis les années 1960», Jean-Claude Forquin, dans la revue internationale de recherches en éducation et formation des adultes «Savoirs» 2004/3 (n°6), pages 9 à 44.

Article présentant l’évolution de l’éducation populaire en France depuis les années 1960.
Disponible sur Internet via l’adresse suivante: https://www.cairn.info/journal-savoirs-2004-3-page-9.htm

 

INTERNET:

  • «À la découverte de la culture», exposition mise en ligne à l’initiative du C.A.R.H.O.P.
    (Centre d’Animation et de Recherche en Histoire Ouvrière et Populaire).

Le C.A.R.H.O.P. (Centre d’Animation et de Recherche en Histoire Ouvrière et Populaire) est une association qui a pour vocation de recueillir la mémoire ouvrière (sous forme écrite, sonore, filmée, iconographique…) afin de la sauvegarder et de la faire connaître. Outre ses archives riches, le site propose un sous-site sous la forme d’une galerie présentant l’histoire des luttes ouvrières, l’acquisition des droits culturels et les prémices de l’éducation permanente en Belgique.
Plus d’infos: https://sites.google.com/site/educationpermanentecarhop/home

  • «Éducation permanente, Chemins croisés et croisée des chemins», Lire et écrire.

Publication de l’asbl d’alphabétisation et de FLE Lire et écrire, cette analyse offre une réflexion globale sur l’action et les enjeux de l’éducation permanente en FBW.
Plus d’infos: https://lire-et-ecrire.be/IMG/pdf/ja192_p113_degee.pdf

 

  • «L’éducation permanente: une définition qui se cherche?», une analyse de Jean-Pierre Nossent, président de l’IHOES.

Publication de l’asbl IHOES (Institut d’histoire ouvrière économique et sociale) qui tente de donner une définition de l’éducation permanente et expose les visions croisées autour de son concept à travers ses décrets.
Plus d’infos: www.ihoes.be/PDF/Nossent_education_permanente_definition.pdf

 

  • «L’éducation permanente: une approche incontournable pour la formation des animateurs et des animatrices», CEMEA

Riche analyse des CEMEA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active ASBL) qui permet de faire un panorama de l’histoire de l’éducation permanente et de ses enjeux dans le milieu de la formation et de l’animation.
Plus d’infos: www.cemea.be/IMG/pdf/PDF_Education_Permanente_-_Approche.pdf


Sommaire du dossier: L’Éducation permanente, une démarche fondatrice de la démocratie culturelle

 


[1] Luc Carton, interview n°1 : Définition et histoire de l’éducation permanente.

[2] Idem.

[3] « L’éducation permanente en Belgique : origine d’une idée », https://150ans.ligue-enseignement.be/leducation-pergine-dune-idee/

[4] Idem.

[5] Décret relatif au soutien de l’action associative dans le champ de l’Education permanente du 17 juillet 2003, page 2, http://www.educationpermanente.cfwb.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=4bdf3abb2bb119e3e836c1e2bc741a291c6c2914&file=fileadmin/sites/edup/upload/edup_super_editor/edup_editor/documents/Actualites/decret_EP_modifie_le_14112018.pdf

[6] Décret relatif au soutien de l’action associative dans le champ de l’Education permanente du 17 juillet 2003, article 1er §2, page 1, http://www.educationpermanente.cfwb.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=4bdf3abb2bb119e3e836c1e2bc741a291c6c2914&file=fileadmin/sites/edup/upload/edup_super_editor/edup_editor/documents/Actualites/decret_EP_modifie_le_14112018.pdf

[7] Idem, article 1er §3.