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L’AJP pointe des régressions en matière d’égalité femmes-hommes dans les médias francophones

L’AJP pointe des régressions en matière d’égalité femmes-hommes dans les médias francophones

L’AJP (Association des Journalistes Professionnels) vient de publier une 3e étude portant sur l’égalité et la diversité dans les quotidiens de la fédération Wallonie-Bruxelles[1]. Les deux études précédentes datent de 2010 et 2013-14. Les auteur·e·s de l’étude pointent une série de régressions.

L’information reste masculine

Malgré la 4e vague féministe, les Balancetonporc et #Metoo, et l’émergence d’une presse féministe de qualité, la presse quotidienne généraliste reste le type de média le moins égalitaire en Belgique francophone – derrière la télévision (34% de représentation pour les femmes) – et continue de faire le choix de ne pas accorder davantage de contenus et d’interventions aux femmes.

D’ailleurs, en 2019, la présence des femmes en tant qu’intervenante dans l’information de la presse quotidienne est en recul. En moyenne, elles ne sont que 15,39 % pour 84,61% d’hommes, soit 2% de moins qu’en 2013 où elles étaient 17,31% et 2011, 17,83%. A titre de comparaison, la moyenne mondiale se situait à 24% en 2015.

Les femmes commentent

Les femmes sont principalement présentes dans la critique (67,50%), ce qui était déjà le cas en 2011 (52,81%) et de manière plus marquée en 2013-2014 (90,09%). On les retrouve plus qu’auparavant dans les éditoriaux et les chroniques.

En matière d’enseignement, l’étude ne note pas d’évolution de la présence des femmes (36,54% en 2018). En revanche, les femmes sont davantage présentes dans les thématiques « société » (40,45%) et « environnement » (20,59%) qu’elles ne l’étaient en 2013-14 (29,20% et 15,84%).

« Alors qu’elles étaient déjà présentes de manière plus marquée dans la « santé » entre 2011 (29,74%) et 2013-14 (36,46%), en 2018 les femmes sont majoritaires dans cette catégorie (60,59%) regroupant 170 intervenants. Après les thématiques « santé » et société » c’est la rubrique « faits divers » qui médiatise le plus les femmes, avec 33,71% d’intervenantes ».

En revanche, la proportion des femmes dans les « sciences » et les « médias » est en recul par rapport à l’évolution observée en 2013-14.

Femmes, sport et anonymat

Les auteur·e·s de l’étude en profitent pour rappeler que la population belge compte tout de même 51% de femmes[2]. « À la lecture, les résultats d’équipes sportives féminines semblent souvent relayés en fin d’articles détaillant les résultats d’équipes masculines, ou en brèves, mentionnant rarement des joueuses ».

« La présence presqu’exclusive des hommes dans le sport (94,08%) n’y est pas étrangère » souligne les auteur·e·s de l’étude. « On le voit notamment en observant la proportion d’intervenantes n’ayant aucune mention (des nom, prénom, surnom et profession), ou dont on ne cite que la profession dans les articles de la thématique « sport ». Celle-ci est plus élevée chez les femmes que chez les hommes ».

Identification toujours inégalitaire

La manière dont on identifie – ou non – l’intervenant·e (nom, prénom, surnom, profession)

marque en partie l’importance accordée à son intervention. Lors des deux précédentes études, la différence de traitement entre les hommes et les femmes, au plan de l’identification, avait déjà été constatée.

L’identification « complète », précédemment très inégalitaire (13,73% de femmes en 2011, 16,33% en 2013-14), évolue doucement et atteint une proportion de 20,19% de femmes dans les personnes dont on mentionne nom, prénom et profession. L’identification « vague », seulement par le prénom, a toujours été celle où l’on s‘approchait le plus de l’égalité (44,71% de femmes en 2011, 40,95% en 2013-14). C’est encore davantage le cas en 2018 avec 48,57% de femmes dans la catégorie des intervenants dont on mentionne seulement le prénom.

Par ailleurs, seulement une journaliste sur 5 est identifiée comme « intervenante dont le rôle médiatique est journaliste ou photographe » alors qu’en réalité les femmes représentent 35% de la profession. En télévision, le rôle de journaliste ou animatrice compte 43,5% de femmes.

Conclusion des journalistes professionnels

Les femmes, les personnes issues de la diversité d’origine, les jeunes, les personnes âgées, les personnes porteuses d’un handicap, les ouvriers, les chômeurs… autant de catégories qui constituent notre société et qui ne se (re)trouvent pas dans nos médias. Autant de personnes qui constituent un lectorat potentiel, et donc un enjeu économique important. Pour les toucher, il faudra repenser le journal de demain autrement que par la modernisation de son format. Et l’enjeu dépasse la seule question du modèle économique. La réflexion à mener sur ce point est un vaste chantier que certains médias étrangers ont déjà amorcé. La Belgique leur emboitera-t-elle le pas ?

[1] http://www.ajp.be/telechargements/diversite/diversite2019/etude.pdf

[2] Au 1er janvier 2018, selon https://statbel.fgov.be/fr/nouvelles/au-1er-janvier-2018-la-belgique-comptait-11376070-habitants