Walthère Frère-Orban (1812-1896)

Walthère Frère-Orban est une des figures les plus marquantes du monde politique belge de la seconde moitié du XIXe siècle. Il présida, de 1878 à 1884, le gouvernement libéral qui réalisa, pour un laps de temps trop court, la plupart des idéaux pédagogiques de la Ligue de l’Enseignement.

Né à Liège le 24 avril 1812, issu d’un milieu modeste, Walthère Frère devint docteur en droit. En 1835, il épousa Clara Orban, fille d’un important industriel liégeois. A partir de 1846, il entreprit une carrière politique qui le conduisit à exercer, à plusieurs reprises, les plus hautes fonctions.

Walthère Frère-Orban (1812-1896)
Walthère Frère-Orban (1812-1896)

Figure de proue du parti libéral liégeois, il fut conseiller communal à Liège à partir de 1840. Il fut élu à la Chambre sans interruption de 1847 à 1894. Il fut associé aux gouvernements à majorité libérale comme ministre des Travaux publics (1847 et 1848), puis comme ministre des Finances de 1848 à 1852 et de 1857 à 1870. Il devint Chef de Cabinet (Premier Ministre) en 1867.

Tout en conservant le portefeuille des Finances, il dirigea à nouveau le cabinet libéral de 1878 à 1884 et prit également le ministère des Affaires étrangères.

L’entrée en politique de Frère-Orban correspondit à la naissance d’un parti libéral de plus en plus exaspéré par les empiètements de l’Eglise catholique sur le pouvoir civil.

Le Congrès réuni à Bruxelles le 14 juin 1846 fonda le parti libéral.

Le programme qui y fut présenté est de la plume de Frère-Orban:

  • abaissement progressif du cens électoral ;
  • indépendance réelle du pouvoir civil ;
  • organisation d’un enseignement public à tous les degrés sous l’autorité exclusive de l’Etat ;
  • retrait des lois réactionnaires ;
  • augmentation du nombre de députés et de sénateurs ;
  • amélioration des conditions de vie des classes laborieuses.

L’action politique de Frère-Orban connut son paroxysme avec la guerre scolaire.

La guerre scolaire

Sous l’égide de Frère-Orban, le gouvernement, qu’il présida de 1878 à 1884, déchaîna la guerre scolaire. Non seulement les catholiques développèrent, avec leurs propres deniers, un réseau d’écoles catholiques qui dépeupla l’enseignement officiel, mais les évêques de Belgique prirent des mesures canoniques très graves contre les défenseurs de l’enseignement officiel.

Le pape Léon XIII refusa de les désavouer. Furieux de ce refus, Frère-Orban notifia, le 5 juin 1880, la rupture des relations diplomatiques entre la Belgique et le Vatican. Malheureusement pour les libéraux, les Chambres ne représentaient que 2% de la population et la création massive d’écoles officielles avait compromis l’équilibre du budget de l’Etat et poussé à lever de nouveaux impôts. Aux élections du 10 juin 1884, les libéraux furent écrasés au point d’être écartés du pouvoir pendant trente ans.

Retourné dans l’opposition, Frère-Orban continua à participer activement au travail parlementaire. Leader des libéraux « doctrinaires », il s’opposa aux « progressistes », représentés notamment par Paul Janson, favorables au suffrage universel.

Une révision de la Constitution aboutit, en 1893, à l’instauration du suffrage universel tempéré par le vote plural.

Après s’être opposé en vain à cette réforme, Frère-0rban resta intraitable, convaincu que seul un électorat limité, contrôlé et encadré pouvait assurer

le libéralisme de se maintenir au pouvoir face à l’influence cléricale.

Enferré dans une perspective politique contestée, non seulement par une partie de l’opinion catholique, mais aussi par une grande partie de l’aile progressiste des libéraux, il perdit une bonne part de son influence.

Lors des élections législatives de 1894, il ne fut pas réélu. Affaibli par la maladie, il mourut le 2 janvier 1896.

René Robbrecht, administrateur et membre du Bureau exécutif de la Ligue

 

Bibliographie et pour en savoir plus:

– Marissal Cl., Frère-Orban et son temps, Les Cahiers du CeDop, ULB, 1998 ;

– Frère-Orban W., dans Dictionnaire d’histoire de Belgique, Didier-Hatier, 1988 ;

– G. H. Dumont, Histoire de la Belgique, Hachette, Paris, 1977.