Les écoles de la Ville de Bruxelles : un patrimoine exceptionnel !

La Ville de Bruxelles fut, dès le milieu du XIXe siècle, le fer de lance de l’enseignement officiel neutre. Cet engagement se traduisit par une politique architecturale moderniste. Brigitte Libois expose ce magnifique patrimoine dans un livre superbement illustré, placé sous sa direction et coédité par la Ville de Bruxelles et les éditions Racine.

La Ville de Bruxelles crée, dès 1849, un premier réseau de six écoles primaires (elles seront 22 à la veille de la Première Guerre mondiale, lors du vote sur l’obligation scolaire). Deux ans plus tard, la Ville établit les premières écoles moyennes communales du pays et, en 1864, l’année même de la fondation de la Ligue de l’Enseignement, la première école neutre secondaire pour jeunes filles. L’année suivante, c’est le premier cours technique professionnel pour jeunes filles qui est inauguré, toujours sous l’impulsion de Gatti de Gamond et de Ghislain Funck, l’échevin de l’Instruction publique, tous deux membres de la Ligue. En 1874, une école normale pour garçons est créée et, quatre ans plus tard, une école normale pour filles. C’est à la même époque, en 1875, que la Ligue crée son Ecole Modèle, dont le bâtiment sera repris, en 1884, par la Ville, pour être destiné à l’enseignement pédagogique.

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Toutes ces écoles, dont l’histoire constitue une part non négligeable de l’épopée de l’enseignement public, sont bien connues de nos lecteurs et des habitants de Bruxelles. Elles existent toujours, et, comme un blason de la mémoire, elles portent aujourd’hui le nom de personnalités qui ont joué un rôle significatif dans la construction de l’enseignement public bruxellois : Robert Catteau, Léon Lepage, Gatti de Gamond, Dachsbeck, Emile Jacqmain, Demot-Couvreur, Charles Buls, etc.

Une volonté politique

Comme l’explique Patrick Burniat dans son introduction, il faut attendre la moitié du XIXe siècle pour voir se développer une véritable politique de constructions scolaires. Durant la première partie du XIXe siècle, dans les années qui suivent l’indépendance, les écoles s’installent dans des bâtiments existants. Mais dans la seconde moitié du siècle, la commune doit faire face à la rapide augmentation démographique de sa population et répondre aux besoins nouveaux d’éducation dans une jeune Belgique, toute entière tournée vers l’avenir. Or, à l’époque, nombreux sont les édiles politiques bruxellois, qui, souvent membres ou proches de la Ligue, poursuivent des objectifs d’émancipation et de progrès social par l’éducation.

Il en résulte un volontarisme politique qui se traduit par une intense activité de construction d’établissements scolaires et une réflexion architecturale. Car tout est à construire, ou, pour mieux dire, tout est à créer : le modèle architectural de ces écoles du peuple ne pourra, en effet,  être celui des collèges religieux. Il sera plutôt celui de l’Ecole Modèle, qui marqua longtemps de son empreinte le plan et la conception des édifices scolaires de la Ville. Et, de ce point de vue, il y a bien un avant et un après l’Ecole Modèle de la Ligue.

Une autre époque

Il existe certains parallèles entre la situation de Bruxelles durant la seconde moitié du XIXe siècle et la situation présente : le boom démographique et l’importance donnée à l’éducation. Mais il est également de grandes différences entre les attitudes d’hier et celles d’aujourd’hui. Le premier siècle de la jeune Belgique est marqué dans le domaine de l’enseignement par un esprit pionnier, tourné vers le progrès et porté par un enthousiasme conquérant. On peut véritablement parler d’un élan constructif qui réunit tous les acteurs concernés. Et l’ambition est au rendez-vous des réalisations. Comme l’explique Brigitte Libois, « les archives de la Ville et les fonds documentaires de l’Instruction publique et des Travaux publics sont d’une grande richesse. Ils mettent le lecteur en contact avec l’état d’esprit dans lequel oeuvraient tous ceux qui avaient une implication dans les constructions scolaires. Ce qui frappe, c’est l’unité de vue qui les anime. Chacun, qu’il soit architecte, entrepreneur, directeur d’école, autorité politique ou administrative, apporte sa contribution au projet commun. Le niveau d’adhésion est tel que tout semble simple. Et pourtant, le niveau d’exigence est très élevé. On perçoit la double volonté de sensibiliser au Beau et d’améliorer l’hygiène, deux traits qui caractérisent sans doute la mentalité des progressistes de l’époque. Tous les documents, échanges de courriers, cahiers de charge, attestent de cette ambition. Les architectes sont choisis pour leur excellence, les matériaux pour leur qualité et leur durabilité. »

De ce point de vue, notre époque peut sembler fort différente. « Aujourd’hui, les normes de construction se sont multipliées et sont très contraignantes. Les réalisations apparaissent plus difficiles à mener, et certaines communes, dans l’urgence, ont recours à des bâtiments préfabriqués. Ce qui semble moins présent, c’est la réunion des volontés autour d’un projet commun. De ce point de vue, le livre, dont l’initiative revient aux autorités de la Ville, exprime bien leur attachement au patrimoine scolaire de la commune, mais aussi, la conscience de sa valeur. L’excellente conservation du patrimoine, qui représente un effort considérable, en témoigne également. C’est une autre façon de communiquer aux jeunes le sens du Beau et de la valeur des choses. Cet effort prolonge, de la sorte, l’inspiration des pionniers d’antan. »

L’ouvrage, magnifiquement illustré, présente, par ordre chronologique, le portrait d’une quarantaine d’entités scolaires, sous les angles architecturaux et artistiques, mais aussi du point de vue de l’histoire des établissements scolaires. Le livre fournit ainsi une mine d’informations et dévoile de nombreux trésors, car les écoles de la Ville ont ceci de particulier, qu’elles sont souvent enclavées à l’intérieur des îlots d’habitation et ne sont donc que peu visible depuis la rue.

Patrick Hullebroeck, directeur de la Ligue

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Référence:

Brigitte Libois, avec la collaboration de Patrick Burniat et Roel Jacobs, Les écoles de la Ville de Bruxelles, un patrimoine architectural, éd. Ville de Bruxelles – Racine, Bruxelles, 2012.