En réaction à la loi Jacobs – La Ligue et les écoles de défense laïque

Si l’aide aux instituteurs lésés constitua un des premiers soucis de la  Ligue en cette période difficile, il fut aussi décidé de porter secours aux écoles de défense laïque qui se créèrent entre 1884 et 1894 dans plusieurs localités en raison de la fermeture d’écoles officielles.
Entre 1884 et 1892, la Ligue fut ainsi conduite à subsidier une quarantaine d’institutions réparties dans toute la Belgique, parmi lesquelles une majorité d’écoles primaires et gardiennes mais aussi une école normale d’institutrices à Namur, des écoles moyennes et des écoles d’adultes.
Toutes ces écoles avaient été créées ou reprises en charge par des associations privées laïques pour pallier l’absence d’établissements non confessionnels dans les localités concernées.
La Ligue accorda également une aide financière à des établissements officiels situés soit dans des localités à majorités catholiques qui n’avaient pas supprimé l’école mais lui menaient la vie dure, soit dans des communes à majorités libérales connaissant des difficultés de trésorerie. La lettre suivante est une des centaines de demandes envoyées par des écoles en difficulté à cette époque¹ :

 

Dourbes, le 7 novembre 1892
Monsieur le Président de la Ligue de l’Enseignement à Uccle,
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance qu’à la suite de l’entrevue que vous avez bien voulu m’accorder et dans laquelle vous m’avez laissé espérer que notre demande de subside serait accueillie.
Ce dont j’ai fait part aux membres du comité scolaire. Notre école libre et libérale a été aussitôt ouverte et fréquentée par ses anciens élèves. Elle est maintenant dirigée par Mr Chéda, de Rosée, élève diplômé sorti de l’école normale de Couvin, un libéral convaincu.
Je réponds au désir que vous avez exprimé de savoir l’époque à laquelle la Ligue nous avait accordé un subside de 500 fr pour une école de filles et dont nous n’avons pas disposé. C’est le 15 mai 1885 que Mr le Secrétaire de la Ligue nous en informe, après l’avoir demandé en 1884. Voyez aussi nos lettres des 17 et 29 janvier 1885.
Mr Ronvaux qui représentait la Ligue à Namur avait appuyé notre demande, comme Mr Jean Châlon, littérateur a dû recommander celle que nous avons faite fin de l’année 1891 et pour laquelle nous avons écrit une demi-douzaine de lettres dans lesquelles nous exposions les raisons sérieuses qui militent en faveur de l’octroi de ce subside ainsi que les comptes de l’année écoulée et le budget de 1892-93.
L’insistance que nous mettons dans nos sollicitations prouve l’importance de notre oeuvre. C’est pourquoi nous osons espérer que la Ligue se montrera aussi généreuse en 1892 qu’en 1885 et qu’elle nous enverra enfin un mot de réponse favorable.
Dans cet espoir, je vous prie d’agréer mes civilités respectueuses.
Thiry
membre du comité scolaire
échevin
L’école primaire de Dourbes était une des huit écoles que la Ligue essaya d’aider dans la province de Namur. Alexis Sluys était à l’origine de la création du « Denier des Instituteurs », au sein de la Fédération générale des instituteurs, une association de secours mutuel. Les membres de l’association devaient payer une cotisation mensuelle de 1 franc pour alimenter la caisse de secours. Le secrétariat du « Denier » fut confié à Alexis Sluys, membre actif de la Ligue de l’Enseignement. A ce titre, il fut chargé de coordonner l’ensemble de la répartition des aides recueillies tant par le Denier que par la Ligue.
Les sommes recueillies, d’abord importantes, allèrent en diminuant après quelques années. Le Denier des instituteurs se trouva à bout de ressources en 1890, tandis que la Ligue dut cesser ses interventions
en 1892. La Ligue ne soutenait plus qu’une dizaine d’écoles à la fin de la période considérée.

René Robbrecht, administrateur et membre du Bureau exécutif de la Ligue

 

Bibliographie:

  • Uyttebrouck A., Les grandes étapes d’une histoire de cent vingt-cinq années, dans Histoire de la Ligue de l’Enseignement (1864-1990), Ed. Ligue de l’Enseignement et de l’Education permanente, Bruxelles, 1986, p.24 ;
  • Massart A., Quelques aspects de l’action éducative de la Ligue à travers ses fi nances, dans La Ligue de l’Enseignement et la défense de l’Ecole publique avant 1914, Ed. Ligue de l’Enseignement…, p.18 ;
  • Archives de la Ligue de l’Enseignement, 1892.

Notes:

1. Le président de la Ligue ucclois auquel cette lettre est adressée est Léon Vanderkindere (1842- 1906).  Professeur éminent d’histoire médiévale à l’ULB, député libéral, bourgmestre d’Uccle, recteur de l’ULB, il présida la Ligue de l’Enseignement de 1883 à 1893.