Alexis Sluys, franc-maçon

Les activités maçonniques d’Alexis Sluys ne se bornèrent pas à la défense de l’enseignement officiel, mais aussi au droit des femmes à l’admission en franc-maçonnerie, au coût exorbitant des cotisations, autre frein à l’universalité de la franc-maçonnerie et à la mainmise du clergé catholique sur l’Etat indépendant du Congo.

Sluys et l’admission des femmes en maçonnerie

Le droit des femmes à l’admission en franc-maçonnerie revint à l’avant plan avec la création en France, en 1893, de l’Ordre mixte international « Le Droit Humain ». En 1904, la loge bruxelloise des « Amis Philanthropes », dont Alexis Sluys était membre, s’inquiète de savoir si les statuts généraux du Grand Orient de Belgique et le règlement de l’Atelier permettent de recevoir en tenue maçonnique, une femme membre d’une loge mixte française? Il est possible que « la femme » dont il est question soit Isabelle Gatti de Gamond qui avait été initiée, en 1903 ou 1904, par la loge Diderot.[1]

le_droit_humainEn 1907, la question est de nouveau posée au Grand Orient de Belgique. Pour le Frère Eugène Goblet d’Alviella, député de la loge  » Les amis philanthropes n°2″, la Maçonnerie n’a rien à gagner avec l’admission des femmes.  » Leur entrée en masse serait un danger pour l’Ordre dont elles ne tarderaient pas à faire dévier le caractère et les traditions. »

En revanche, le Frère Alexis Sluys, féministe convaincu, regrette que le Grand Orient rejette la moitié de l’humanité.

Sluys et l’abaissement du coût de l’initiation maçonnique

Lors du dédoublement des Amis Philanthropes, le courant le plus avant-gardiste en politique resta fidèle aux « Amis Philanthropes ». Cet atelier avait tenté de rendre la franc-maçonnerie plus accessible financièrement en abaissant le prix de l’initiation. Cette innovation avait été vivement combattue au sein du Grand Orient par Eugène Goblet d’Alviella, fondateur de la loge dissidente des Amis philanthropes n°2, qui déclara : »La Maçonnerie est une institution de la bourgeoisie, la barrière de l’article 105 des Statuts et Règlements du Grand Orient est là pour lui maintenir ce caractère que nous ne voulons pas qu’elle perde. »

Le Frère Alexis Sluys, ancien Vénérable Maître, lui répondit, dans une de ses « Instructions maçonniques », en déclarant que la franc-maçonnerie ne représente nullement l’humanité par l’exclusion de la femme et par la barrière métallique qui en écarte les travailleurs intellectuels et manuels non fortunés.[2]

Sluys et la création de Loges dans l’Etat indépendant du Congo

Dans un Bulletin du Grand Orient de Belgique, en 1910, Alexis Sluys émet le désir de voir des loges se créer dans l’Etat Indépendant du Congo.

afriquemacon« [Certains] ont des préjugés sur ces peuplades et sont disposés à les traiter comme des inférieurs, même comme du vil bétail sur lequel le blanc a tous les droits, envers lesquels il n’a aucun devoir…

La plupart… nourrissent des préjugés théologiques qui leur font croire qu’ils sont des êtres supérieurs possédant la vérité religieuse et que les sauvages fétichistes, idolâtres, païens sont des espèces de réprouvés dignes tout au plus d’être les esclaves, les jouets ou les victimes des blancs.

D’autre part, l’Eglise catholique a envoyé au Congo des moines et des nonnes chargés de convertir les indigènes à ses dogmes et à sa morale. Ces missions sont généralement richement dotées: l’argent afflue pour les œuvres. Elles sont d’ailleurs protégées par le gouvernement.

Notre race a passé du fétichisme le plus grossier au polythéisme, puis du polythéisme au monothéisme chrétien et elle se dégage péniblement des tares morales que le catholicisme lui a imprimées. Les dogmes de l’Eglise de Rome ne sont pas une forme supérieure de croyance et il ne faut pas souhaiter de les voir se substituer chez les nègres à leurs superstitions. Elle est bien maigre la distance entre le féticheur nègre qui évoque les esprits par des gestes et des paroles et le prêtre catholique qui fait croire que le morceau de pain sur lequel il a fait quelques signes et prononcé une formule sacramentelle s’est transformé en corps, en sang, en humanité et en divinité de Jésus-Christ, et, au point de vue moral, il n’y a pas à choisir entre ces deux genres de superstitions, qui se valent et doivent l’une comme l’autre être réprouvées. Aux vices naturels, le convertisseur catholique ajoute, en somme, quelques vices nouveaux, l’hypocrisie et le fanatisme, aux croyances grossières des noirs, ils en substituent d’autres tout aussi absurdes. »[3]

Très présent et actif dans son atelier maçonnique, Sluys y exprime fréquemment ses positions pour une laïcisation des hôpitaux où il dénonce l’absence d’infirmiers et d’infirmières laïques, et préconise la gratuité de l’enseignement et une plus grande qualité de l’enseignement primaire.

René Robbrecht, administrateur et membre du Bureau exécutif de la Ligue


[1] La Loge Diderot était un des six ateliers de la « Grande Loge Ecossaise » qui ont initié des femmes dans les années 1880 et ont entretenu des liens d’amitié avec le « Droit Humain » depuis 1899.

[2] Un siècle des Amis Philanthropes, n°3, 1911-2011, Imp. Bietlot, Gilly.

[3] Bulletin du G.O.B., novembre 1900.