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La formation des enseignant.e.s, aujourd’hui et demain!

La formation des enseignant.e.s, aujourd’hui et demain!
Le 17 mars dernier à la Maison de la Laïcité d’Ottignies, le Conseil d’administration de la Ligue a consacré une séance de travail sur les enjeux de la formation des enseignant.e.s. Etait invité Alain Wilkin, directeur de la  catégorie pédagogique de la Haute Ecole Francisco Ferrer de la Ville de Bruxelles, qui a introduit la discussion. Voici un bref compte-rendu de cette matinée de réflexion.

Difficile de parler de formation, commence Alain Wilkin,sans parler du métier. Si nous partons de nos propres souvenirs et que nous nous remémorons les enseignant.e.s qui nous ont marqué.e.s, ils/elles avaient généralement deux qualités: les savoirs qu’ils/elles transmettaient nous enthousiasmaient et la relation avait une influence sur la construction de l’humain en nous. À partir de ce point de départ, il est intéressant de mesurer tous les changements intervenus dans la mission d’un enseignement pédagogique.

Transmettre des savoirs, reproduire, accompagner le changement

Initialement, le rôle attendu de l’enseignant.e renvoie à la transmission d’un savoir et à la reproduction de normes  sociales, l’enseignant.e étant considéré d’abord comme détenteur.trice d’un savoir qu’il s’agit  d’imprimer dans les esprits selon le modèle classique de l’empreinte. Mais aujourd’hui, ce  n’est plus uniquement ce que l’on attend d’un.e enseignant.e: il/elle doit, à côté du rôle traditionnel  de transmetteur et de garant.e de la qualité des savoirs transmis, ne pas reproduire la situation existante, et impulser le changement. Songeons, à titre d’exemple, aux attentes concernant les rapports entre filles et garçons, où il s’agit de ne pas reproduire les stéréotypes de
genres.

Former pour «apprendre à apprendre» 

Les étudiant.e.s qui se forment sont marqué.e.s par leur première éducation, reçue en famille et dans leur vie sociale, et par leur formation scolaire. Il faut en tenir compte. Le rôle de l’enseignant.e n’est plus de transmettre un  savoir mais plutôt «d’apprendre à apprendre». Cela modifie donc substantiellement le rôle de l’enseignant.e d’une école pédagogique. Il ne s’agit plus seulement d’être expert.e dans son domaine disciplinaire. Il s‘agit d’enseigner «comment faire apprendre».

Lier les apprentissages à une vision de la société

Eu égard à l’axe des valeurs, on voit bien aussi que le rôle des enseignant.e.s a changé, par rapport à la relation d’autorité, dans les interactions avec les familles. Il est sensible d’observer sur le terrain que certain.e.s professeur.e.s transmettent des contenus disciplinaires sans les relier à une vision de la société, tandis que d’autres lient leur enseignement à une vision  plus stratégique de la société  globale. Il en va de même dans l’enseignement supérieur, ce qui complique le fait de former les futur.e.s enseignant.e.s à cette articulation.

Des profils d’étudiant.e.s variés

Dans la formation des futur.e.s professeur.e.s, il faut également tenir compte du fait que les étudiant.e.s ont des profils variés.  Si certain.e.s arrivent directement du secondaire dans le supérieur avec la vocation de devenir  enseignant.e, ce ne sont pas les plus nombreux.se. Beaucoup intègrent l’enseignement  pédagogique après avoir fait une ou plusieurs tentatives dans d’autres filières du supérieur.  Mais même quand les étudiant.e.s viennent  directement du secondaire, ils sortent autant du général que du qualifiant, sans parler des différentes orientations. Une autre catégorie d’étudiant.e.s gagne en importance: celle des adultes qui se recyclent après une vie  professionnelle, parfois déjà longue,  dans d’autres secteurs d’activité. Ce sont en général des étudiant.e.s très motivé.e.s avec un haut degré d’exigence.

Une reconnaissance réduite de la société

C’est un fait, l’enseignement est un métier aujourd’hui peu reconnu. Cela a toutes sortes d’effets sur les réalités professionnelles et par rebond, sur la formation des enseignant.e.s. Par exemple, bien qu’il soit établi que les premières années de la vie sont essentielles dans la formation, on trouve normal que plus les élèves sont jeunes (maternel, primaire), moins les  enseignant.e.s sont formé.e.s. On  ne parvient pas davantage à  abaisser l’âge de l’obligation scolaire. Et pourtant, on sait également que l’absence de scolarité en bas âge est source d’inégalité et de discrimination. La féminisation de la profession, le caractère inégalitaire  qui se perpétue sont, chacun à  leur manière, une sorte de marqueur de ce faible niveau de reconnaissance. Par-dessus tout, l’enseignement est un métier critiqué, où chacun se sent compétent, sur base fantasmée de sa propre expérience d’élève ou de parent. Existe-t-il d’autres métiers, où tout le monde croit savoir et donne son opinion? À quoi bon dès lors s’y former?

La qualité des enseignant.e.s est liée à la qualité de la formation

Et cependant, c’est une vérité parfaitement illustrée sur un plan international: mieux sont formé.e.s les enseignant.e.s et meilleurs ils/elles sont. Ce qui n’a pas empêché les bricolages en la matière: à la fin des années 80, le passage de 2 à 3 ans, la réforme de la Ministre Dupuis qui a morcelé la formation en fragilisant une approche plus globale de l’enfant… Les grilles horaires sont aujourd’hui surchargées, mais laisse-t-on aux étudiant.e.s le temps de «maturer» leur projet professionnel, de devenir… enseignant.e?

C’est dire que la réforme en préparation est importante et prometteuse, en ne perdant pas de vue qu’elle se produit dans le cadre du système actuel, qui a vu l’effacement de la classe au profit de parcours beaucoup plus individualisés, davantage placés sous la responsabilité des étudiant-e-s eux/elles-mêmes, qui jonglent avec les crédits et choisissent un peu à la carte le moment où ils/ elles suivent certains cours. Quels sont les changements en vue?

  • La durée augmente: de trois à  quatre ans pour la formation générale avec en option, une cinquième année facultative.Le premier diplôme correspondra à un barème 301 amélioré;la cinquième année donnera accès à un barème 501;
  • la formation devient pleinement interdisciplinaire et devient le fruit d’un travail commun entre l’enseignement supérieur et les universités qui bénéficient d’une habilité, soit sous la forme de collaborations (une sous-traitance), soit d’un véritable partenariat qui débouche sur une co-diplômation;
  • la réforme ouvre aussi la possibilité pour un.e futur.e instituteur/trice d’enseigner dans les premières années du secondaire, ou, inversement, à un régent, d’enseigner dans le primaire.

Tout cela est très positif, mais il reste  encore bien des écueils. L’enseignement catholique semble de plus en plus freiner des quatre fers. L’impact budgétaire du projet est considérable, tant dans l’enseignement supérieur que sur le budget de l’enseignement en général, vu l’accroissement  du coût salarial qui résultera de la réforme. Il ne faut pas négliger non plus la difficulté de mettre en œuvre les partenariats entre  Hautes Ecoles et universités dont les  cultures professionnelles divergent parfois beaucoup.

Rester vigilant.e.s

Comme le rappelle Guy Hattiez 1 , il faudra aussi faire face à deux ans de pénurie de nouveaux diplômés vu l’allongement des études, et prendre en compte les spécificités de chaque institution: il y a dans les Hautes Ecoles de  bon.ne.s didacticien.ne.s dont il ne faut pas négliger l’apport, comme les services universitaires, qui de leur côté, ont une expertise dont il faut pouvoir faire bénéficier la formation des enseignant.e.s, en renforçant le contact  a avec les résultats de la recherche.  C’est, en effet, la conception même de la formation qui est différente dans les universités et les Hautes Ecoles, intervient Guy Vlaeminck 2 , les Hautes Ecoles prolongent en  quelque sorte l’enseignement secondaire, tandis que la formation universitaire marque une rupture avec cet enseignement. L’actualité récente du cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté doit également rendre attentif aux évolutions. Le régendat en français et morale est sans doute promis à s’éteindre  rapidement tandis que  le certificat pour l’éducation à  la philosophie et à la citoyenneté est appelé à se  développer. La formation est organisée à la Haute Ecole Francisco Ferrer avec trois axes: la philosophie et l’histoire des religions, la pratique pédagogique, la connaissance des institutions, de l’argumentation et de la  philosophie pour les enfants. La formation est dispensée en horaire décalé et les étudiant.e.s qui la suivent sont soit des anciens étudiant.e.s, soit … des ancien.ne.s professeur.e.s de religion.

Patrick Hullebroeck, directeur de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente

1. Président de la Ligue régionalede Mons.
2. Président sortant de la Ligue.