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La Chouette heure au Lycée Henriette Dachsbeck

La Chouette heure au Lycée Henriette Dachsbeck
Faire du bien-être une valeur forte de l’école. Tel était le pari du projet «La Chouette heure», mené par une équipe d’enseignant.e.s motivé.e.s, soutenu.e.s par leur direction. L’amélioration du climat scolaire, la construction de l’identité de
Eduquer 137: Pour une école bienveillante
l’élève, le développement de l’assertivité élèves/profs la réussite scolaire, tels étaient les objectifs de cette initiative qui, dix ans plus tard, continue de faire ses preuves…

Le projet prend ses racines en 2008, quand, avant même la mise en place des décrets Inscriptions, l’établissement voit son public évoluer, accueillant, alors, de plus en plus d’élèves économiquement peu privilégiés: «les enfants n’étaient plus suffisamment structurés par rapport à ce que l’on attendait d’eux à l’école, il en résultait donc, à certains moments, des comportements inappropriés dans une collectivité importante. Ils pouvaient avoir, par ailleurs, les uns et les autres, des priorités ou des valeurs différentes, ce qui engendrait des problèmes d’incompréhension», nous explique la préfète Michelle Tasiaux. En outre, l’établissement comptait, à l’époque, un nombre important d’exclusions à la fin du premier degré. Face à cela, l’équipe pédagogique prend conscience de la nécessité de modifier sa pratique.  «Par chance, un enseignant avait entendu parler d’une initiative autour du bien-être, prise, autrefois, par Isidore Pelc, professeur à la faculté de médecine de l’ULB, afin de lutter contre les problèmes liés aux assuétudes». Les enseignant.e.s accueillent donc le  scientifique pour une conférence intitulée: «Le bien-être pour un développement humain durable». La rencontre suscitera  une émulation parmi les profs.

«Vu l’aspect novateur, la première étape du projet pilote fut de former les enseignants volontaires, cela grâce à l’intervention d’animateurs qui, lors de séminaires, les ont initiés aux dimensions du développement personnel. Ce qui a permis de mettre en évidence l’importance de la relation enseignant/ apprenant. La deuxième phase fut la concertation entre promoteur et enseignants afin d’analyser des situations problématiques pour y répondre de façon adéquate. Enfin la troisième phase fut et est toujours la mise en place des ateliers du bien-être…»  L’idée de départ était donc de créer une plateforme d’échanges, balisée, qui  permette de tisser des liens, d’une part  entre les profs et les élèves, et d’autre part, au niveau de la classe: «un espace de parole privilégié où le titulaire volontaire propose des activités liées au bien

Les élèves au centre

Les objectifs du projet ont  été définis comme suit: l’amélioration du climat scolaire, la construction de l’identité de l’élève,  le développement de l’assertivité élèves/professeurs, la  réussite scolaire. La notion de bien-être est  centrale: «… dans la construction de l’identité personnelle, le bien-être, qui peut  s’acquérir à l’école, est une protection contre les difficultés avec soi même, mais aussi avec les autres  au quotidien. […] Or ce bien-être ne va  plus de soi au sein de certaines familles. L’École, ayant pour rôle de donner à tous les mêmes chances, se doit alors d’intégrer cet aspect à la pédagogie et créer les ateliers du bien-être où s’instaure un climat de relations  humaines de qualité.», relaie le site internet de l’école.

En 2009, le projet voit le jour. La «Chouette heure», ou les ateliers du bien-être, est une heure destinée à tous les élèves de première et ne correspond pas à la préparation classique d’une matière enseignée: ce sont les élèves qui impulsent les sujets, les thèmes abordés doivent répondre à des préoccupations énoncées par la classe. Pour exemple, est abordée la notion de  préjugé: «on évoque  lors les trésors du pays d’origine, les terres de vacances, les rencontres familiales… Les élèves apportent ce qu’ils veulent: un objet, un costume, un instrument de musique, une friandise… Cela permet à chacun  des élèves de découvrir d’autres cultures, d’effectuer des comparaisons, afin de retrouver être afin de mettre en place une prévention  globale non ciblée sur une problématique, et de cultiver le respect au sein du groupe classe.» des traits communs ou les mêmes principes, comme entre le tajine et la potée, par exemple. Cela permet de faire tomber les préjugés, les inquiétudes, et cela rapproche les élèves.»

Une attention particulière est accordée au respect dans la prise de parole: «Il faut apprendre aux élèves à s’écouter les uns les autres.» Aussi, durant l’heure, un code de conduite est instauré, dont le fonctionnement est inspiré  des sociétés à tradition orale. L’élève, s’il souhaite s’exprimer, sollicite le bâton de parole: «Si les règles sont bien explicitées et si l’élève sent qu’elles sont équitables, il va les intégrer.» Par ailleurs, «il faut aussi rassurer et pousser les élèves qui craignent de parler, afin que la discussion soit le reflet de ce que pense l’ensemble de la classe.»

Les enseignant.e.s travaillent ensemble

L’heure est intégrée de façon structurelle  à l’emploi du temps et a lieu tous les 15 jours, le mercredi, en fin de matinée. La séance est organisée par les titulaires de chaque classe, toujours dans le même local, sorte de  repère spatial» pour les élèves. Ayant lieu toutes les deux semaines, l’heure est couplée, pour l’autre semaine, avec une autre matière: la natation, par exemple.

Du coté des enseignant.e.s, lorsqu’ils n’animent pas la  Chouette heure», ils se retrouvent, collégialement, pour travailler sur les sujets qui tournent autour du bien-être, pour évoquer, ensemble, les préoccupations des élèves, afin de confronter leurs idées et de partager les informations.

Le recrutement des enseignant.e.s s’effectue sur base d’un volontariat. Ces enseignant.e.s «doivent avoir conscience de l’importance du bien-être dans le développement humain durable, être sensibilisés à ces notions et pouvoir gérer des exercices afin d’y contribuer, être libres et créatifs». Ils doivent aussi être prêts «à utiliser des pédagogies alternatives, à collaborer avec le CPMS et d’autres  écoles de types différents».

Tout le monde est gagnant

La «Chouette heure» a amélioré nombre d’aspects:

  • les objectifs initiaux sont atteints: «Les problèmes de comportement ont diminué,apparaissent beaucoup plus vite et sont immédiatement pris en charge. En effet la‘Chouette  heure’ a changé le climat de vie en communauté qu’est l’école. Les élèves, en pleine construction de leur identité, ont pris possession de cet espace de parole où leur vie est prise en compte et plus uniquement leurs compétences  scolaires. Quant aux problématiques personnelles plus lourdes, elles sont plus facilement identifiables et des intervenants spécialisés sont alors contactés.»;
  • la manière de gérer les problèmes  disciplinaires a changé;
  • il y a une diminution importante des refus de réinscription: «Alors que la population a augmenté de plus de 100 élèves en 4 ans, au niveau des statistiques, nous sommes passés de 35 dossiers d’exclusion à une petite dizaine.»;
  • «Quant aux professeurs, dont la formation initiale n’a jamais tenu compte de cet aspect, ils découvrent toute la richesse et toutes les conséquences positives d’être capables, en tant que professeurs de guidance, de gérer les difficultés vécues par les jeunes.»;
  • grâce au Fonds Houtman (ONE), un certain nombre de formations ont pu être mises en place, comme des formations pour devenir professeur.e.s référent.e.s, autour de la communication relationnelle, de la gestion des conflits, etc., mais aussi des formations autour des problèmes d’apprentissage, tels que la dyslexie, etc.: «les enseignants apprennent à comprendre les  non dits, le gestuel, un ‘froncement de sourcil’, et ils apprennent à ‘tendre des perches’. Quant aux formateurs, ils doivent s’adapter aux demandes des enseignants et être attentifs à la faisabilité de développer des réflexions,  des exercices ou des interventions des enseignants auprès des élèves.»;
  • l’association des parents d’élèves a, très vite, relayé l’information. Le projet a, d’ailleurs, reçu de nombreuses marques d’approbation, dont une  reconnaissance académique avec le Prix Scola ULB.

Contact:
Michelle Tasiaux (préfète): michelle.tasiaux@brunette.brucity.be

 

Juliette Bossé, secteur communication

Sommaire du dossier


De «chouettes» projets!

La chouette, «symbole de la sagesse dans le monde antique», est le symbole de l’établissement. Autour d’un jeu de mots, les projets s’articulent entre eux: «chouette heure», «chouette rentrée», «chouette  journée»,etc. Ce qui est «chouette» devient la «colonne vertébrale» des différentes initiatives.