Actualité: Emploi et Formations

Former et accompagner à l’animation socioculturelle

Former et accompagner à l’animation socioculturelle

Retour sur quatre années de formation aux métiers de l’animation

Nous vous en parlions déjà en juin 2018, dans le numéro 139 d’Éduquer. Fin 2017, la Ligue de l’Enseignement, la Mission Locale de Bruxelles-Ville et le Centre Vidéo de Bruxelles lançaient pour la première fois un projet de formation de trois mois aux métiers de l’animation, soutenu par le Fonds Social Européen (FSE) dans le cadre de l’appel à projets «Investir les métiers de la culture». Quatre ans plus tard, cette formation à destination des demandeur·euse·s d’emploi de la Région de Bruxelles-Capitale rencontre toujours autant de succès.

Retour donc sur ces quatre premières éditions de la formation!

 

À la naissance de ce projet de formation, un constat: au travers des activités de la Ligue, nous rencontrons encore trop de personnes sans emploi qui peinent à faire un premier pas dans les secteurs associatif et non marchand, faute d’une formation suffisamment pratique et ancrée dans les réalités de ces secteurs. Parfois tout juste sorti·e·s de longues études, parfois issu·e·s d’horizons très différents, toutes et tous font preuve de la même motivation, mais beaucoup disent manquer du «vocabulaire» nécessaire pour convaincre les employeurs associatifs lors de leurs candidatures à l’embauche.

En 2017, avec le soutien du Fonds Social Européen, La Ligue a donc souhaité mettre à la disposition des demandeurs et demandeuses d’emploi de Bruxelles une nouvelle formation aux métiers de l’animation socioculturelle. Les formations sur cette thématique ne manquent pas en région bruxelloise. Nous avons toutefois voulu enrichir cette offre déjà bien étoffée d’une formation courte résolument pratique et participative, ayant pour objectifs principaux de remettre nos participant·e·s en confiance et en mouvement, et de les équiper des compétences et connaissances suffisantes pour décrocher, au terme de la formation, un emploi dans le secteur socioculturel.

Au fil de ces quatre années, le programme de la formation a connu quelques adaptations, pour toujours mieux répondre aux attentes des groupes. Il a toutefois conservé la même colonne vertébrale:

– une détermination du projet professionnel et un bilan de compétences;

– une formation commune à l’animation de groupe et à la gestion de projets socioculturels;

– une spécialisation au choix parmi 4 orientations (représentatives de différents métiers de l’animation, à savoir l’animation socioculturelle de terrain; la formation d’acteur·trice·s associatif·ve·s; l’animation d’ateliers audiovisuels; l’animation de seconde ligne et l’administration);

– et pour terminer, un stage e de 36H dans une association de son choix.

Pour atteindre la qualité de formation que nous recherchions et nos objectifs de (re) mise à l’emploi, le fait de donner la formation n’était pas suffisant. Il nous fallait aussi la possibilité de réaliser un accompagnement et un suivi individuel de nos participant·e·s, afin de les orienter convenablement et durablement vers de futures formations et emplois. Nous avons donc souhaité nous associer avec un acteur fort du secteur de l’insertion socioprofessionnelle: la Mission Locale de Bruxelles-Ville. Dans ce projet, la Mission Locale met en place des séances collectives et individuelles permettant aux participant·e·s de mieux déterminer leur projet professionnel et de faire le point sur leurs compétences. À l’issue de la formation, si l’équipe de la Ligue se charge d’orienter les participant·e·s dans leur recherche de stage, la Mission Locale, elle, les accompagne à long terme dans leur recherche d’emploi.

Par ailleurs, face à notre souhait d’injecter dans la formation une dimension créative et technique, et face au manque criant de formations dans le domaine de l’animation d’ateliers audiovisuels, il nous a paru naturel de nous appuyer sur l’expertise de l’équipe du Centre Vidéo de Bruxelles. Partenaire de longue date de la Ligue, le CVB prend en charge la spécialisation à l’animation d’ateliers vidéo. Au-delà d’une formation aux aspects techniques et à la manipulation des outils audiovisuels, le CVB met aussi et surtout l’accent sur la rencontre, l’expression citoyenne et la vie associative au service desquels ces outils peuvent être employés.

Bilan et résultats après 4 éditions du projet

Nous pouvons affirmer sans crainte que ces quatre premières éditions ont été un véritable succès. Beaucoup d’éléments nous portent en effet à croire que cette formation remplit les objectifs que nous nous étions fixés!

Tout d’abord, au fil de ces quatre années, les participant·e·s nous ont confié avoir été reboosté·e·s par les dynamiques engendrées par la formation. Les contenus abordés leur permettent d’acquérir des compétences supplémentaires en animation, en communication, mais aussi une meilleure vue d’ensemble du cadre institutionnel dans lequel ils et elles seront ensuite amené·e·s à évoluer. La diversité des profils constituant les groupes de participant·e·s leur ouvrent les yeux sur d’autres réalités, d’autres possibilités. Les rencontres avec des acteurs et actrices de terrain et d’ancien·ne·s participant·e·s, les moments d’échanges et d’entraide, renforcent leur confiance et leur motivation à poursuivre leurs démarches.

Les chiffres parlent aussi d’eux-mêmes. Entre 2017 et 2020, 131 personnes ont pu prendre part à notre formation. Parmi elles, 79 (soit 60%) ont pu réaliser un stage de 36H dans une association de leur choix; ces stages, s’ils ont chaque fois été une opportunité de réaliser une première expérience de terrain, ont parfois débouché sur des perspectives à plus long terme: un bénévolat de longue durée, ou même un emploi! Jusqu’ici, 74 participant·e·s sur 131 ont trouvé un emploi ou une formation qualifiante à l’issue de la formation; soit, dans le jargon de l’insertion socioprofessionnelle, un taux de «sorties positives» de 56%! Un taux de remise à l’emploi impressionnant et rarement égalé dans d’autres missions d’ISP

Enfin, soulignons quelques éléments d’amélioration introduits dans les éditions plus récentes du projet. En 2019, nous avons mis en place une journée de rencontre avec des acteurs et actrices de terrain issus de notre réseau. Parmi les intervenant·e·s, nous avons pu compter sur la participation d’ancien·ne·s stagiaires ayant trouvé du travail à l’issue de la formation. Cette journée commune permet aux différents groupes de participant·e·s d’interviewer des professionnel·le·s du secteur sur les réalités de leurs métiers. En 2019 également, la Mission Locale a organisé une journée de networking, intitulée «Les rencontres animées». Diverses associations ont été conviées, et nos participant·e·s ont pu en rencontrer les représentant·e·s autour d’un «world café». Pour certain·e·s, cette journée est l’occasion d’étoffer leur carnet d’adresse, voire même de dégoter un stage ou une promesse d’emploi!

Le cas particulier de la session 2020

La crise sanitaire liée au COVID-19 n’aura bien sûr pas épargné l’édition 2020 de notre formation. Celle-ci avait pourtant pu commencer (presque!) normalement: trois groupes de 12 participant·e·s ont démarré leur formation de base à l’animation en présentiel, dans le respect des mesures sanitaires.

Malheureusement, le mois d’octobre et l’arrivée du deuxième confinement nous ont poussés dans nos retranchements: pour poursuivre notre formation et notre accompagnement, nous n’avions d’autre choix que d’adapter notre programme en ligne. Nous nous sommes bien sûr beaucoup questionné·e·s sur l’adaptation à distance de cette formation. Comment former à l’animation d’un groupe lorsque le groupe est physiquement et géographiquement éclaté? Comment aborder avec nos participant·e·s les questions de posture et de corporalité propre à l’animateur·trice, qui nous sont d’ordinaire si chères? Comment s’assurer que chacun et chacune, derrière son écran, accède bien au contenu et reste maître de son apprentissage? En plus de ces énigmes qu’il nous a fallu solutionner, l’adaptation a évidemment demandé à notre équipe d’intervenant·e·s des efforts considérables: modifier séquences et conduites, chercher et s’approprier de nouveaux outils digitaux, etc.

Enfin, au-delà de l’énorme travail pour rendre le contenu de formation compatible à ce nouveau format, le problème de la fracture numérique s’est également fait sentir. Nous avons donc redoublé d’ingéniosité pour équiper nos participant·e·s d’un ordinateur ou d’une connexion Internet fiable, mais aussi pour sélectionner les outils qui faciliteraient au mieux les apprentissages de celles et ceux moins rompu·e·s à l’usage du numérique.

Si nous espérons que le caractère exceptionnel de cette édition 2020 ne deviendra pas la norme, nous devons admettre que nous avons beaucoup appris de cette épreuve. L’utilisation de certains outils d’animation numériques pourrait même intégrer notre programme à l’avenir! Il faut en tout cas souligner la ténacité, la motivation et la résilience de nos groupes cette année. Tout le monde a poursuivi la formation jusqu’à la dernière minute. Mieux encore: contre toute attente, le taux de participation s’est avéré être exceptionnellement élevé!

Et la suite?

Forts des résultats produits lors de ces quatre premières éditions, nous ne comptons évidemment pas en rester là! Nous travaillons en ce moment avec nos deux partenaires à l’élaboration d’un nouveau dossier à remettre au Fonds Social Européen, dans le cadre de son nouveau programme FSE+ 2021-2027. Nous espérons pouvoir à nouveau proposer notre formation dès l’automne 2022, et l’enrichir d’ici-là d’encore plus d’opportunités de rencontres, de partage et d’emploi pour notre public! Une aventure à suivre!

Audrey Dion, animatrice du secteur Formation

Crédit photo: Hanane Ikhzabna


Témoignages d’ancien·ne·s participant·e·s de 2020… Parce qu’ils et elles parlent parfois de nos projets mieux que nous!

«Je ne pouvais pas me permettre de faire une formation longue sur plus de six mois. La formation de la Ligue de l’Enseignement était parfaite: elle durait 3 mois, il y avait plusieurs options possibles, et  beaucoup d’ancien.ne.s participant.e.s avaient trouvé du travail rapidement après. 
Mon plus gros apprentissage lors de la formation reste la définition et la construction d’un projet dans le secteur socioculturel. Je ne me rendais pas compte des vrais tenants et aboutissants des projets d’animation. Et grâce à la formation, j’ai maintenant conscience de toutes les étapes, des choses à prendre en compte, et surtout de ce qui doit motiver chaque projet. 
Après la formation, j’ai postulé au Pivot ASBL et j’avais vraiment envie d’avoir toutes les cartes en main pour réussir mon entretien. L’équipe de la Mission locale m’a beaucoup aidé sur la structure de l’entretien, les pièges à éviter, les questions à préparer… L’équipe de la Ligue, de son côté, m’a permis d’approfondir ce qui était lié au secteur de l’animation socioculturelle: ce que je pouvais mettre en avant, les points importants du secteur et du poste que je pouvais mettre en relation avec mes compétences,… Les deux équipes m’ont chacune apporté une aide précieuse, et ont reboosté ma confiance en moi. Sans elles, je serais arrivée beaucoup plus fébrile à mon entretien
Marion, participante de la formation 2020, désormais animatrice d’ateliers créatifs pour enfants
au Pivot ASBL.

 

«J’avais déjà une formation de technicienne monteuse en vidéo. Je n’avais par contre aucune expérience dans le milieu socio-culturel bruxellois. Je voulais apprendre les bases des techniques d’animation, et aussi connaître un peu mieux le secteur socio-culturel à Bruxelles, ses différents publics
et ses acteurs.
La formation a complètement répondu à mes attentes. J’ai été agréablement surprise par la qualité de l’enseignement et l’implication des différents formateurs et formatrices. Malgré les difficultés liées à la crise sanitaire, nous avons pu continuer jusqu’au bout grâce aux cours en ligne. Je garde aussi un très bon souvenir du groupe. Il y avait un bon équilibre, de l’écoute et du respect de la part de chacun.e. Je suis d’ailleurs toujours en contact avec certaines personnes rencontrées pendant la formation.
Grâce à la formation, j’ai pu faire mon stage dans une structure qui m’intéressait depuis longtemps, l’Atelier Graphoui. Il s’agit d’un atelier de production audiovisuelle et un centre d’expression et de créativité. Grâce au stage, j’ai recroisé Louise, une ancienne participante de la formation qui m’a parlé du Beit Project, un projet européen sur le vivre-ensemble qui associe le patrimoine historique à la lutte contre le racisme, l’exclusion sociale et les discriminations. Ils cherchaient un.e animateur.trice et j’ai pu animer quelques sessions dans les écoles ces derniers mois. Cette première expérience en tant  qu’animatrice qui m’a beaucoup plu!»
Laura, participante de la formation 2020, active sur son propre projet de café-cinéma de
quartier.

 

«J’ai toujours aimé le social, les échanges, la communication… mais le social, c’est un grand domaine! J’avais besoin de me situer, d’avoir un cadre, et de savoir par où commencer mes recherches d’emploi. À mon inscription à la formation, je voulais faire de l’animation de terrain, mais au fur et à mesure des journées, je me suis découvert un vrai intérêt pour le métier de formateur·trice. 
J’avais déjà eu des expériences de terrain mais la formation m’a permis de mettre des mots sur tout, de mettre des théories derrière ce que j’appliquais naturellement. Désormais, j’essaie d’appliquer tous ces concepts dans mon parcours professionnel mais aussi dans ma vie privée: je prends mieux conscience de mes priorités, je mets l’accent sur le bien-être des personnes qui m’entourent, mais aussi sur mon bien-être à moi.
À la suite de la formation, j’ai démarré un bénévolat de longue durée à la maison des femmes à Molenbeek. On y reçoit les femmes et les mamans du quartier, et on y met en place de petites activités pour les aider à pratiquer le français et à développer leur autonomie. D’autre part, je suis toujours accompagnée par la Mission Locale dans ma recherche d’emploi. Je suis en tout cas vraiment reconnaissante d’avoir pu suivre cette formation, et je la recommande partout autour de moi. Elle  permet de tisser un réseau, de s’ouvrir aux autres, et de mieux savoir à quelle porte frapper pour avancer!»
Hanane, participante de la formation 2020, bénévole à l’asbl MOVE et toujours en recherche
d’emploi