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Extinction Rebellion: agir contre l’agonie du monde

Extinction Rebellion: agir contre l’agonie du monde
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En à peine un an d’existence, le mouvement Extinction Rebellion prend une ampleur considérable et multiplie les actions aux quatre coins du monde pour alerter sur la destruction du vivant. Rencontre avec deux membres d’XR Louvain-la-
Climat: désobéir pour faire bouger les lignes
Neuve.

XR, c’est un logo – un sablier entouré d’un cercle, noir sur fond vert – qu’on voit s’afficher partout, des ponts de Londres aux pavés de Paris en passant par les murs de Bruxelles. C’est le signe de ralliement d’Extinction Rebellion, un mouvement de désobéissance civile non violente, lancé fin octobre 2018 au Royaume-Uni qui séduit de nombreuses personnes de par le monde. Extinction Rebellion revendique plus de 100 000 militant·e·s réparti·e·s dans 70 pays, ils/ elles seraient 2500 en Belgique.

Leur credo? Le temps est aujourd’hui compté pour de nombreuses espèces vivantes.

Coclès, militant écologiste de longue date a rejoint la section LLN d’Extinction Rebellion, lancée voilà un mois et forte déjà d’une soixantaine de personnes. «J’ai essayé beaucoup de chose mais à ce stade-ci, il est évident qu’il faut passer à des actions non-violentes pacifiques pour exiger l’urgence climatique et écologique. C’est fini les vaguelettes, il n’y as plus de temps à perdre», explique-t-il. À ses côtés, Newsilencio confie: «J’ai rejoint le groupe pour ‘canaliser ma colère’: Après la sortie du rapport du GIEC en décembre dernier, je suis rentré dans un état de colère. J’ai même pensé aux mouvements violents alors que je suis pacifique. XR venait tout juste de débarquer, j’ai rejoint le mouvement».

Extinction Rebellion exige du gouvernement belge qu’il «déclare l’urgence climatique et écologique, et reconnaisse la nécessité d’une transformation rapide de notre système économique» et «lance un plan d’urgence national complet et juridiquement contraignant, qui élimine l’importation et l’extraction de combustibles fossiles d’ici 2025, tout en privilégiant la restauration de la biodiversité et la préservation de notre environnement nature».

XR entend aussi créer des assemblées citoyennes pour «assurer une transition maîtrisée vers une société post-croissance équitable». «On ne veut pas faire tomber le gouvernement mais le faire agir dans le bon sens», précise NewSilencio. «La démocratie représentative est à bout de souffle, c’est pourquoi on prône un régime de démocratie représentative», ajoute son camarade. Les groupes d’Extinction Rebellion s’organisent d’ailleurs de façon horizontale, avec une coordination tournante.

La non-violence au cœur de XR

La méthode de protestation choisie par ces nouveaux rebelles du climat est la désobéissance civile. Mettre le désordre oui, mais pacifiquement. Laisser éclater sa rage, mais en restant animé par l’amour.

«On veut agir par la paix sans être naïf», explique Coclès. «Nous menons un combat temporel et spirituel», ajoute-t-il. Une pensée qui, comme le soulignait la rédaction de France Inter[1], se rapproche de Joanna Macy, universitaire américaine pionnière de l’éco-psychologie. Pour cette adepte de l’éco-psychologie, il faut transformer le désespoir en action constructive et collective. Pour elle, «il n’y a pas d’ennemis, pas de gentils contre les méchants parce que nous sommes tous concernés par la catastrophe climatique. Les solutions ne peuvent se trouver que tous ensemble».

«Nous n’avons pas d’ennemis», «nous ne sommes pas dans le ‘contre’». Ces mots reviennent souvent dans la bouche des membres de XR. Et la police ne fait pas exception à leurs élans d’amour.

Durant la semaine d’actions à Londres, un militant du nom de XRUK, en blocage sur Trafalgar Square s’adressait à la police. «À celui qui avait une barbe dans la barricade de l’autre côté du Pont de la Foi, qui me souriait avec un sourire chaud et fripouille, quand personne ne regardait. (…) Il y aura des moments de violence et d’obscurité. Nous avons tous en nous des parties qui utilisent la violence comme moyen de défense, y compris eux. En ce moment même, alors que j’écris dans le noir à 5h30 du matin, le bruit des hélicoptères de police au-dessus de moi, j’admets reconnaître qu’ils sont prisonniers des rôles que notre état leur a donnés. Leurs enfants dépendent d’eux, alors ils doivent se conformer à la règle et garder leur emploi. Leurs enfants dépendent aussi de changements radicaux dans notre mode de vie. Nous aimons la police, et nous le faisons pour leurs enfants».

Un texte partagé par XR Louvain-laNeuve pour qui «ce n’est pas le policier qu’il faut blâmer mais l’institution qui l’oblige à agir ainsi».

Ce positionnement à l’égard de la violence policière passe mal auprès de certains activistes. En France, Désobéissance Ecolo Paris et d’autres signataires dont le Comité Adama soulignent dans une lettre ouverte[2] le risque de «banalisation des violences policières» par XR, rappelant que «la violence des forces de l’ordre contre les habitant-e-s des banlieues s’exerce de manière quotidienne». «La police est une institution intrinsèquement violente», rappellent-ils/elles.

Brasser large et voir loin

«Il ne faut pas opposer les mouvements ou en fustiger d’autres. Ca ferait le jeu du gouvernement. Qu’on soit blackblocs ou grands-parents pour le climat, on converge tous vers la même chose», défend NewSilencio, rencontré avant l’action du 12 octobre. «On part d’un plaidoyer et qu’on veut qu’un maximum de personnes se le réapproprient. Quand on voit une telle mobilisation en un an, c’est que le mouvement est inclusif et parle à beaucoup de gens», précise aussi Coclès. Et quand on leur demande s’ils s’identifient plutôt aux colibris de Pierre Rabhi ou aux canaris qui annoncent le coup de grisou dans une mine – «nom d’oiseau» qu’on a attribué aux gilets jaunes – ils répondent: «Ni l’un ni l’autre. Choisir, ça serait nous réduire et nous mettre une étiquette. S’il fallait nous identifier dans le bestiaire, nous ne serions pas des chacals, pas des prédateurs. Nous pourrions être des girafes. Des animaux qui voient loin… En plus, le signe de la girafe est celui qu’on utilise pour avoir le silence dans une assemblée.» Pour l’heure, XR ne compte pas se taire.

Manon Legrand, journaliste

[1] www.franceinter.fr/joanna-macy-lachercheuse-americaine-qui-inspire-lesactivistes-du-climat-d-extinction-rebellion.

[2] À lire en ligne: https://acta.zone/lettre-ouverteaux-militant-e-s-dextinction-rebellion.

 


Rébellion? Répression!

Retour sur l’action de désobéissance civile menée le 12 octobre à Bruxelles.

À l’instar de plusieurs villes européennes, Bruxelles a vu déferler des militant·e·s XR ce samedi 12 octobre à Bruxelles. L’idée: occuper les jardins du Palais Royal afin de demander au roi qu’il déclare l’urgence climatique et y tenir des assemblées citoyennes pour informer le public sur diverses thématiques liées à l’écologie. «Votre Majesté, Votre Royaume brûle. Nous demandons ainsi respectueusement à sa Majesté de sortir de sa réserve constitutionnelle pour déclarer officiellement l’urgence climatique et écologique en Belgique», adressaient-ils/elles au roi dans une lettre pour annoncer cette Royal Rebellion. Une action annoncée donc, et pour laquelle les participant·e·s ont été informé·e·s au préalable des risques d’arrestation. Le jour dit, impossible d’accéder aux jardins, tous les accès ayant été bloqués. Les activistes, se sont donc déplacés. Et c’est au pied de Godefroid Bouillon sur la Place Royale qu’ils ont élu domicile provisoire. Un sitting de plusieurs heures qu’XR voulait pacifique et qui a mal tourné, les militant·e·s ayant été confronté·e·s à la brutalité policière.

En fin de journée, la police a décidé de libérer les rails de tram. A grand renfort de gaz lacrymos et d’autopompes. Il y aurait eu plus de 400 arrestations administratives. «Personne n’avait l’intention de résister aux arrestations. La police connaît parfaitement notre mode d’action. Il lui suffisait de venir nous chercher, nous menotter et nous embarquer. Nous n’aurions (et n’avons) opposé aucune résistance. La violence déployée n’est donc en rien justifiée et dans de nombreux cas illégale et totalement disproportionnée. L’occupation de la place avec le consentement de la police n’était donc en rien une agression, l’attitude de la police elle l’a été. Gratuitement qui plus est!», dénonce XR Louvain-La-Neuve dans un communiqué sur son groupe facebook.

La Ligue des Droits humains a elle aussi réagi, dénonçant des «mesures disproportionnées»: «Ces usages de la force mais surtout de la violence semblent avoir dépassé de loin ce que nécessite la gestion d’un rassemblement citoyen pacifique. Ils semblent donc aller à l’encontre du droit fondamental qu’est le droit de manifester, inhérent à toute société démocratique». Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles, a commandé au chef de corps un rapport relatif aux méthodes utilisées par les forces de l’ordre pour faire évacuer la place royale. Il a par ailleurs rencontré le mardi 15 octobre des représentants d’XR qui lui ont remis un dossier rassemblant des témoignages de mauvais traitements.