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Étudiant·e·s : inégaux face aux examens

Étudiant·e·s : inégaux face aux examens

La fin de l’année académique approche à grands pas, pourtant, beaucoup d’étudiant·e·s sont encore dans le flou quant aux modalités d’évaluation qui seront adoptées par leur établissement. Mais une chose est certaine : les examens auront bel et bien lieu.

Si les dernières mesures adoptées le 24 avril par le gouvernement ont défini un certain nombre de « balises pour protéger les étudiants » et veiller à une égalité de traitement, cette session d’examens opérera, encore plus que les autres, une sélection sociale particulièrement grave. 

Avec la crise du Covid-19, les inégalités entre les étudiant·e·s dans l’enseignement supérieur se sont encore cristallisées : moins de jobs pour payer ses études, son kot, sa nourriture…, des stages suspendus puis, pour certain·e·s, mais pas d’autres, relancés. Confiné·e·s en famille ou isolé·e·s dans leur kot, les étudiant·e·s sont de plus en plus nombreux·ses à être confronté·e·s à de grosses difficultés financières, pédagogiques et psychologiques. 

Renaud Maes est sociologue et enseignant. En 2011, il réalise une étude, dans le cadre de sa thèse, où il compare l’impact de l’enseignement à distance sur un groupe d’étudiant·e·s très favorisé·e·s s, et sur un autre groupe fortement précarisé. Dans une interview au journal Le Soir, il explique que « Les très privilégiés trouvaient à la maison un environnement d’étude plus agréable que le contexte de l’université, sans la distraction des copains. A l’inverse, les étudiants en situation précaire rapportaient des problèmes d’accès au matériel, et à des lieux d’étude adaptés. Ils trouvaient donc refuge dans les bibliothèques, qui aujourd’hui, sont fermées ».

Le passage à un enseignement dit « à distance » est donc générateur d’inégalités. Par ailleurs, tous les établissements d’enseignement supérieur n’ont pas été capables d’organiser des cours en ligne, parce qu’ils ne disposent pas tous des mêmes moyens.

Un enseignement supérieur à plusieurs vitesses

Depuis 1998, l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles fonctionne avec une enveloppe fermée, alors que le nombre d’étudiant·e·s inscrit·e·s ne fait qu’augmenter. Cela a entraîné un sous-financement qui se fait particulièrement ressentir dans les hautes écoles et les écoles de promotion sociale qui sont déjà, à la base, moins financées que les universités. Par ailleurs, ces établissements accueillent un public qui a moins de moyens financiers. 

Au moment du confinement, les universités ont décidé de suspendre tous les cours en présentiel, sans concertation avec la ministre et le reste de l’enseignement supérieur. Elles ont ensuite annoncé qu’elles prolongeraient leurs mesures jusqu’à la fin de la période d’enseignement et organiseraient la plupart des examens à distance, via des plateformes informatiques. À noter que si les universités ont semblé gérer le début de crise en étant réactives et créatives, des témoignages d’étudiant·e·s ont depuis lors montré que les cours en ligne étaient loin d’être la panacée. Des témoignages d’étudiant·e·s largué·e·s, surchargé·e·s de travail et coincé·e·s par le manque de moyens techniques ont rapidement afflué dans la presse.

Surcharge de travail

Pour le 27 avril au plus tard, les étudiant·e·s des hautes écoles et des universités devaient recevoir une communication leur précisant les dates des examens, leur contenu adapté aux matières qui avaient pu être suivies à distance, ainsi que les conditions pratiques de l’évaluation (présentiel, à distance ou mixe) et les caractéristiques générales des examens, à savoir : à livre ouvert, QCM ou questions ouvertes. Mais la Fédération des Etudiants Francophones (FEF) constate que beaucoup d’étudiant·e·s sont encore dans le flou.

À la fin du mois d’avril, la FEF a réalisé une enquête auprès de 5.000 étudiant·e·s. 70% d’entre eux/elles n’avaient pas encore reçu leurs modalités d’évaluation. « Dans 66% des cas, la matière n’a pas été allégée, ni adaptée, au contraire, presque 70% des étudiants sondés dénoncent une surcharge de travail par rapport à une situation normale ». Parmi les universitaires, ils sont près de huit sur dix à assurer que leurs professeurs n’ont rien changé au volume de cours. En revanche, dans les écoles d’arts, où les enseignements à distance se sont révélés très complexes à organiser, 30% des étudiant·e·s se sont sentis rassuré·e·s par l’indulgence de leurs enseignant·e·s.

Moins de chances de réussite

85 % des étudiant·e·s sont stressé·e·s par les examens à distance, les dispositifs anti-triches, logiciel espion, les QCM où un retour en arrière est impossible ou encore les examens chronométrés… Ils/Elles craignent surtout de ne pas parvenir à gérer un examen à domicile où le calme n’est pas toujours garanti, d’avoir des problèmes de connexion ou d’autres difficultés techniques… Il apparaît que trois étudiant·e·s sur quatre pensent que leurs chances de réussite sont amoindries à cause des mesures prises par le gouvernement les concernant.

Il ressort également de l’enquête de la FEF que « pour des études identiques, certaines écoles annulent les examens alors que d’autres maintiennent l’entièreté des cours ». Chems Mabrouck, présidente de la FEF, appelle les directions et les politiques à leurs responsabilités : « Nous appelons les recteurs, les directions d’établissement et la ministre à sensibiliser les professeurs à la nécessité d’alléger la matière et de l’adapter aux circonstances actuelles ». 

En maintenant les examens, les universités et écoles nient les inégalités entre étudiant·e·s et les reproduisent. La responsabilité repose sur la subjectivité des professeurs et sur le travail des jurys. Les étudiant·e·s en sont bien conscient·e·s et fort inquiété·e·s, d’autant qu’ils/elles savent combien le fait de rater une année est lourd de conséquences particulièrement, pour les plus précaires pour qui le coût d’une année supplémentaire est souvent inenvisageable.

Maud Baccichet, secteur communication


Les étudiant·e·s font du bruit !

Le vendredi 8 mai 2020, la Fédération des Etudiant·e·s Francophones (FEF) a organisé un #WakeUpChallenge « Faites du bruit ! ». L’objectif : faire entendre la voix des étudiant·e·s qui se retrouvent dans des difficultés financières, pédagogiques ou psychologiques importantes à cause de la crise du covid-19. « Réveillons la ministre et les établissements d’enseignement supérieur ! POUR un allègement de la matière d’examen et de la charge de travail, POUR une garantie de la financabilité de tou·te·s l’an prochain, CONTRE les logiciels de surveillances invasifs, POUR des conditions de réussite pour tou·te·s ». Les étudiant·e·s se sont ainsi filmé·e·s en faisant du bruit (avec casseroles, syllabus, stylos…). Une fois dans la boîte, les vidéos ont été postées sur leurs profils ou sur l’événement Facebook avec un tag adressé à la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny. On peut y voir, par exemple, Aliyah, en train de réviser ses cours avec en « fond sonore », un bébé qui hurle. Son message : « Madame la ministre, comment pouvons-nous étudier dans des conditions pareilles ? POUR des conditions de réussite pour tous ! ». 


Mesures du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles concernant l’organisation de la fin de l’année académique 2019-2020

Même si l’année académique se termine officiellement le 10 juillet, les établissements d’enseignement supérieur auront la possibilité d’allonger le 3e quadrimestre jusqu’au 30 septembre 2020, voire jusqu’au 30 janvier 2021 (« en cas de force majeure » et « en dernier recours » uniquement).

Une semaine « tampon » entre la dernière semaine des activités d’apprentissage et le début de la période des évaluations du deuxième quadrimestre (« semaine blanche ») est prévue pour les universitaires afin de leur permettre de se préparer aux épreuves. En revanche, cette disposition est seulement « préconisée » pour les Hautes écoles et les écoles supérieures des arts.

Pour l’enseignement de promotion sociale, la ministre de l’Enseignement a revu le calendrier afin de limiter l’impact de la pandémie sur le déroulement de la prochaine année académique et d’éviter un allongement des études qui génèrerait un risque accru de précarité chez les apprenant·e·s de l’enseignement de promotion sociale :

  • exemption du droit d’inscription, pour l’année académique 2020-2021, pour les étudiant·e·s considéré·e·s comme régulier·e·s au 13 mars 2020 se réinscrivant dans des unités d’enseignement organisées pendant le confinement qu’ils n’ont pas pu suivre entièrement ;
  • possibilité d’« évaluation continue » dans l’enseignement de promotion sociale supérieur, comme c’est déjà le cas pour l’enseignement de promotion sociale secondaire, afin de faciliter, dans le contexte de la crise sanitaire, les évaluations de fin d’année ;
  • possibilité de délibérer par étudiant·e pour s’adapter à l’avancement individuel de chacun·e, et ainsi éviter l’allongement de leur parcours et le décrochage scolaire ;
  • possibilité d’allonger la durée maximum d’une unité d’enseignement jusqu’au 31 décembre 2020 maximum. Cette mesure permettrait de régler bon nombre de situations difficiles, dont celles liées aux stages et aux épreuves intégrées.