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État de la pauvreté chez les étudiants du supérieur

État de la pauvreté chez les étudiants du supérieur
Depuis une dizaine d’années, on assiste à une précarisation accrue des étudiants. Cette situation résulte du manque de financement de l’enseignement supérieur de Communauté française de Belgique, qui ne peut leur offrir ce droit à l’éducation. Résultats: les demandes d’intervention auprès des CPAS ont explosé et les inégalités au sein des établissements d’enseignement supérieur se creusent.

Depuis les années 2000, on constate plusieurs phénomènes de précarisation. Les étudiants issus de milieux moins favorisés sont de plus en plus nombreux à accéder aux universités. Mais rares sont ceux qui arrivent à passer le cap de la première année. Pourquoi? D’une part, le passage du secondaire à l’universitaire n’est pas à négliger. Débarquer du jour au lendemain sur un campus représente un changement important dans l’organisation et l’apprentissage de l’étudiant. D’autre part, et d’un point de vue plus matériel, certains jeunes font face à des difficultés financières qui entravent la bonne concentration nécessaire à leur progression dans l’enseignement supérieur. Les moins favorisés ne disposent pas de ressources suffisantes pour mener une vie estudiantine digne (alimentation, logement, énergie, accès à la culture…). Pourtant, des financements existent comme les aides sociales des institutions du supérieur, les allocations d’études de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les CPAS et enfin, les aides provinciales, très peu connues. Le premier constat est que chaque niveau de pouvoir propose une aide mais aussi beaucoup d’incohérences. De plus, trop peu de coordination entre ces entités font que déjà, dans le processus d’accès à ces aides disponibles, certains demandeurs se découragent. Concrètement, les étudiants disposent de deux outils pour leur prêter main forte: les aides sociales octroyées par leur établissement et les allocations d’études de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Aides sociales trop maigres

Il est utile de savoir que les moyens financiers diffèrent d’une école ou d’une université à l’autre pour saisir l’ampleur des inégalités présentes dans notre enseignement. Globalement, les universités disposent de davantage de moyens par rapport aux Hautes écoles. Et selon que l’on choisisse telle ou telle institution, les critères de sélection sont aléatoires. «On estime qu’une année à l’université coûte environ 10.000 euros, ce qui comprend les frais d’inscription, le logement, les syllabi et livres, les transports et la nourriture», explique Renaud Maes de l’Observatoire de la Vie étudiante à l’ULB. «Mais ce que les étudiants reçoivent couvre à peine les frais du premier mois d’étude». En plus, le versement est opéré, pour la plus grosse part, en une seule fois. On peut, dès lors, imaginer que la gestion du budget de l’étudiant ne sera pas simple. Nous avons rencontré Zoé, 18 ans, étudiante en Psychologie à l’Université Libre de Bruxelles. Elle bénéficie d’une aide et pour le coup, elle est plutôt organisée: «le service social des étudiants m’a versé 270 euros pour le matériel pédagogique et 309 euros pour les transports. J’ai acheté mes livres en seconde main et j’ai mis l’argent qu’il me restait, de côté».

Jobs étudiants et dérives

Pour les jeunes qui font le choix de prendre un job étudiant, d’autres difficultés d’organisation du temps se présentent et les études montrent que les effets sur la réussite de leur cursus sont plutôt néfastes. «De plus en plus de jobistes acceptent des jobs ‘alimentaires’, au noir, notamment dans l’horeca, et qui dépassent le nombre d’heures admises (…) le phénomène est assez répandu en Europe: le schéma du job étudiant glisse de plus en plus vers celui du job alimentaire», explique Renaud Maes de l’Observatoire de la Vie étudiante à l’ULB. Une autre problématique, moins courante, mais réelle touche les étudiants qui émargent au CPAS. Normalement, ils sont dispensés de travailler quand ils étudient, mais certains CPAS considèrent qu’ils doivent alors travailler durant les mois d’été. Parmi les étudiants les plus défavorisés, on dénombre aussi de plus en plus de cas de prostitution. «La prostitution des étudiants est en lien direct avec le phénomène de précarité», explique Renaud Maes qui a mené des travaux sur la prostitution dans l’enseignement supérieur, «même si elle est difficilement quantifiable, elle est en constante augmentation, partout en Europe et touche entre 2 et 3% de la population étudiante».

Allocations d’études: trop d’inégalités

Depuis cette rentrée 2016, une réforme des allocations d’études par le Ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, a permis à 4.000 étudiants supplémentaires de bénéficier d’une bourse. Grâce à cette réforme, le critère acadé- mique de réussite a été supprimé. À pré- sent, un étudiant boursier qui rate son année, ne sera pas pénalisé par le retrait de son allocation d’étude. Selon Maxime Mori Président de la FEF (Fédération des Étudiants Francophones), «c’est un grand pas vers moins d’inégalités mais il reste beaucoup de questions à traiter car les critères d’octroi restent trop restrictifs et les montants des allocations dérisoires».

Pistes de réflexion

Conséquences de ce manque de financement, les demandes auprès des CPAS ont littéralement explosé. En dix ans, elles ont augmenté de 150% en Wallonie et de 230% à Bruxelles. Le CPAS qui est censé être le dernier tissu social à être sollicité, devient en réalité, la toute première aide sollicitée! Il faut donc, au plus tôt, réaliser un inventaire précis des aides existantes en Communauté française de Belgique et rendre leur accessibilité plus simple pour tous. Il est nécessaire de leur accorder plus de moyens mais également sans doute, de réfléchir à comment mieux les répartir entre institutions. Un système d’aide centralisé permettrait à davantage d’étudiants d’être soutenus. Enfin, il semble indispensable de lancer des enquêtes de fond sur les populations étudiantes en Belgique, car d’une école à l’autre, d’une université à l’autre, les étudiants diffèrent, socialement et économiquement. Aujourd’hui, Il n’existe malheureusement que très peu d’initiatives d’études sur ces différents profils sociologiques. C’est au politique de mettre en place un organe actif sur le sujet rapidement, ou ce phénomène de précarisation n’aura de cesse de s’intensifier.