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Enseignement: comment sortir des tensions politiques?

Enseignement: comment sortir des tensions politiques?
Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles voit sa réforme de l’enseignement sérieusement menacée. Ecolo, DéFI et le MR n’en veulent pas en l’état. Quel avenir pour le réseau officiel?

Voilà des années maintenant que les enseignant·e·s attendent une réforme de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Au mois de septembre, les deux premiers textes législatifs importants et liés au Pacte pour un Enseignement d’Excellence, ont été votés en plénière au Parlement. Concrètement, ces textes, basés sur la contractualisation des écoles, sont censés donner plus d’autonomie aux équipes pédagogiques et permettre de mieux atteindre les objectifs généraux du système éducatif. L’enjeu est de taille puisque sera instauré un tout nouveau mode de gouvernance du système d’enseignement.

Pour être mis en place, une scission entre WBE (le réseau d’enseignement organisé par la Fédération) et les services du Gouvernement en charge du rôle de régulateur de l’enseignement, deux entités juridiquement distinctes, devait auparavant être votée. Le projet, porté par la majorité PS-cdH était de mettre fin à la double casquette de la ministre de l’Éducation, Marie-Martine Schyns, source de conflits d’intérêts et de partialité par rapport aux autres réseaux. Le MR, convaincu du bienfondé d’une scission, négociait depuis 5 mois avec la majorité. Seulement voilà, le lundi 12 novembre 2018, les libéraux ont décidé de ne pas soutenir le projet de scission tel que présenté par le PS et le cdH, condition pourtant sine qua non de la mise en place de mesures-phares du Pacte pour un Enseignement d’Excellence.

Pourquoi cela bloque?

En s’opposant au projet de la majorité, le MR lâche le PS et le cdH. Sans le MR, impossible d’obtenir une majorité des 2/3 nécessaire pour entériner le projet au Parlement. Pourtant, sur le fond, le MR soutient la réforme, qui figure par ailleurs dans son programme. Mais c’est le projet tel qu’il est actuellement proposé qui ne convainc pas. Selon Olivier Chastel, président du MR, et Françoise Bertieaux, cheffe de groupe MR au Parlement de la FWB, il s’agit là d’«un véritable mastodonte qui nécessitera l’engagement de 80 personnes et qui comptera, à terme, près de 560 équivalents temps plein[1] ».

Pour les syndicats d’enseignant·e·s, le blocage actuel est très problématique, tant du côté de la CGSP-Enseignement que de la CSCEnseignement, où l’on craint une remise en question du Pacte. Étienne Michel, le directeur de l’enseignement catholique, place les libéraux devant leurs responsabilités tout en comprenant leurs justifications. Dans les colonnes de La Libre du 14 novembre, il écrit: «Ils ont raison. Les chiffres cités dans la presse pour couvrir les besoins d’encadrement paraissent effectivement très élevés.» Il appelle néanmoins le MR à rester ouvert au Pacte s’il souhaite qu’il soit réellement «excellent»[2]. «Si le MR peut se retrouver dans la réforme, sa tradition libérale sera également très précieuse pour permettre au Pacte d’atteindre ses propres objectifs. On a donc besoin de l’engagement des libéraux».

Au même titre que d’autres, la CSCEnseignement enjoint toutefois la ministre Schyns de tout faire pour nouer un compromis avec les libéraux: «Il revient de proposer une position d’équilibre sur ces questions pour tenter de nouer l’ultime compromis». Le cabinet de la ministre MarieMartine Schyns souhaite prouver que ce «mastodonte» n’existe pas. «Nous sommes ouverts à la discussion et comptons sur le travail parlementaire et les amendements pour avancer». Le texte a par ailleurs été publié dès le 13 novembre, sous le nom de «Proposition de décret spécial portant création de l’organisme public chargé de la fonction de pouvoir organisateur de l’enseignement organisé par la Communauté française»[3].

Le gouvernement sous pression

Deux jours après le refus du MR se tenait la commission de l’Éducation. Le député Ecolo, Philippe Henry est revenu sur le refus du MR de soutenir le projet de la majorité, rappelant qu’il y a déjà quelques mois, les écologistes et le groupe DéFI s’étaient déjà retiré des discussions. Philippe Henry a interpellé le ministre-président de la FWB, Rudy Demotte, sur ce «découplage nécessaire pour ce réseau qui ne se porte pas très bien, ainsi que pour la mise en œuvre de toute une série d’éléments du Pacte», remettant en doute les capacités du gouvernement à parvenir à un accord. Rudy Demotte a estimé que la structure proposée était «le bon véhicule». Pour le gouvernement, il s’agit maintenant d’attendre les remarques formulées par le Conseil d’État et de les examiner: «Sachant que nous avons ouvert un certain nombre de portes dans les négociations entamées, j’espère toujours que nous pourrons poursuivre. Mais je ne puis faire de spéculations à ce stade».

Philippe Henry a conclu son intervention par un appel du pied au ministre-président: «Il vous revient, en tout cas, de prendre une initiative pour permettre cet atterrissage et élaborer une structure qui requiert une majorité suffisante pour être adoptée dans les prochains mois. Elle ne tombera pas du ciel. Si vous ne fermez pas la porte, vous ne l’ouvrez pas non plus. Je vous demande donc, au nom de mon groupe, d’inciter le gouvernement à prendre rapidement des initiatives pour que cette étape soit franchie dans les prochains mois».

Des principes à respecter

Dans un communiqué paru le 14 novembre, le bureau exécutif de la Ligue de l’Enseignement s’exprimait: «L’échec des négociations sur cette scission, pourtant indispensable, laisse notre réseau d’enseignement dans une sorte d’entre-deux et de flou peu souhaitable pour les personnels et les établissements scolaires concernés[4] ». Il a également rappelé que le nouveau réseau de la Communauté française devra bénéficier de financements et moyens en personnel suffisants pour exercer pleinement sa mission. Par ailleurs, plus de responsabilité et de capacité d’initiative devront être laissées aux équipes pédagogiques et aux responsables du réseau, dans une meilleure répartition des responsabilités.

 

Maud Baccichet, secteur communication

 

[1] Extrait article du 12 novembre 2018: https:// ligue-enseignement.be/le-mr-dit-non-au-projetpouvoir-organisateur-pouvoir-regulateur-enfederation-wallonie-bruxelles/

[2] Bosco d’Otreppe, «Le pacte d’excellence a besoin de la tradition libérale du MR», La Libre, 14/11/2018.

[3] Proposition de décret – 704 (2018-2019) – N°1.

[4] Extrait du Communiqué de presse du Bureau exécutif de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente du 14 novembre 2018: https://ligue-enseignement.be/ communique-de-presse/#.W_KNzeKNy70

 


L’actu en bref!

Migrations: engagements mondiaux pour l’éducation

Un groupe d’expert·e·s mandaté·e·s par l’Unesco a publié le 20 novembre, Le Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2019 de l’UNESCO, intitulé «Migration, déplacement et éducation: Bâtir des ponts, pas des murs». Il

montre que le nombre d’enfants migrants et réfugiés en âge d’aller à l’école dans le monde a augmenté de 26% depuis 2000 et pourrait aujourd’hui remplir un demi-million de salles de classe. En termes d’accès à l’éducation, il souligne en effet que la Belgique respecte une obligation scolaire tant dans l’accueil que dans la détention. En revanche, en termes de résultats scolaires, les jeunes issus de l’immigration ont beaucoup plus de risque de doubler une année et sont massivement orientés vers l’enseignement technique. Manos Antoninis, le directeur du rapport a déclaré: «Les pays ne peuvent pas considérer qu’ils se sont acquittés de leur tâche une fois que les immigrants sont à l’école car ils sont exclus de bien d’autres manières. Ils finissent dans des écoles moins performantes ou dans des établissements moins bien dotés situés dans des quartiers en difficulté. Néanmoins,
presque tous les pays sont en train de se rallier à deux pactes mondiaux sur les réfugiés et les migrants, qui contiennent plusieurs engagements clés en matière d’éducation. Ça pourrait être le point de bascule tant attendu». Le rapport met en avant la situation de deux pays actifs en matière d’accueil et de scolarité. D’une part, le Canada, qui compte le plus grand pourcentage d’immigrant·e·s parmi les sept pays industrialisés les plus riches. Il veille à ce que les enfants soient sensibilisés aux problématiques liées à la migration dès la deuxième année du secondaire et a inscrit le multiculturalisme dans sa Constitution. Et d’autre part, l’Irlande, qui affiche le pourcentage le plus élevé d’immigrant·e·s de première génération dans l’Union européenne et qui a réussi à financer une stratégie d’éducation interculturelle alors qu’elle traversait une crise financière profonde.

Médecine: interdiction d’exercer

Dans sa déclaration de politique générale, la ministre de la Santé Maggie De Block (VLD) a annoncé qu’elle déposerait cette année, au gouvernement, un arrêté royal prévoyant l’introduction du système appelé «Attestations de contingentement». Ces attestations ne seront délivrées qu’à certain·e·s jeunes diplômé·e·s en médecine. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une manière supplémentaire de limiter le nombre d’accès à la profession afin de contrer les dépassements du passé. Sans attestation, pas de stage et pas de numéro Inami permettant de facturer des prestations à l’assurance maladie. Pour rappel, la mise en place d’un examen d’entrée fait déjà office de filtre au début des études. Seulement, la deuxième édition de septembre 2018 a vu 1.042 lauréats en médecine passer l’épreuve, pour seulement 505 numéros Inami. Très prochainement, la ministre devrait entamer des négociations
avec les Communautés française et flamande afin de trouver un protocole d’accord. Le groupe Ecolo a rapidement réagi via un communiqué qui appelle à «une planification territoriale de l’offre de soins plutôt qu’au  contingentement».

 

Des logopèdes en plus dans les PMS

Après avoir ouvert plus de 400 nouveaux postes dans l’enseignement en 2017, 673 postes de psychomotricien·ne·s et puéricult·eur·rice·s en 2018, la ministre de l’Éducation annonce pour 2019, la venue de 170 logopèdes supplémentaires dans les centres PMS. «Concrètement, ces logopèdes auront pour but d’accompagner les enseignants dans l’observation des difficultés et des situations de handicap vécues par les enfants mais surtout de les conseiller pour apporter les différenciations, remédiations et aménagements nécessaires. L’objectif n’est donc pas que ces logopèdes effectuent eux-mêmes des bilans et rééducations individualisés ou collectifs mais qu’en concertation directe avec les équipes pédagogiques, ils soutiennent, conseillent et accompagnent de leur expertise. C’est pour cette raison que ce personnel sera affecté non directement aux écoles, mais bien aux centres PMS qui sont à l’écoute des besoins des écoles de leur territoire [1]», explique la ministre Marie-Martine Schyns.

[1] 1. Extrait article du 15/11/2018, Le Soir. E. Burgraff et M. Thieffry.

Un cours d’empathie à l’école?

En réponse aux replis identitaires mais aussi à l’islamophobie, à l’homophobie, le député David Weytsman (MR) propose d’intégrer des cours obligatoires d’empathie dans les écoles bruxelloises «pour appeler les élèves à mettre des mots sur les sentiments des autres et à exprimer leurs ressentis, par exemple», explique-t-il. «Au Danemark, tous les élèves sont encouragés à se préoccuper du bien-être des autres et à écouter leurs condisciples pour mieux les comprendre. Isolés davantage par les réseaux sociaux, les jeunes sont les plus touchés par cette baisse générale d’empathie dans notre société. Il faut que les politiques prennent leurs responsabilités et mettent à la disposition du plus grand nombre les outils qui leur permettent de comprendre le monde dans lequel ils vivent afin qu’ils puissent le respecter».