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Ecole et voiture, un problème de mobilité ou d’immobilisme?

Ecole et voiture, un problème de mobilité ou d’immobilisme?
Pour emmener les enfants à l’école et à leurs activités extrascolaires, un parent parcourt en moyenne 120 000 km avant leurs 18 ans. Soit trois fois le tour de la Terre. Les familles recomposées, elles, vont jusqu’à la lune (370 000 km). Ce sont les chiffes étonnants d’un sondage réalisé par la Ligue des Familles en mars 2016 auprès de 650 parents et 1 255 enfants et ados. Les parents souhaitent ne plus être des parents taxis, mais comment changer les habitudes ?

Conduire les enfants à l’école, les rechercher, les amener chez des copains, à l’entraînement de foot ou à l’académie de musique… Pour un parent sur quatre, la mobilité quotidienne est une source importante de stress, qui a un impact sur la vie familiale, les relations de couple, le budget de la famille, constate Le Ligueur, le journal de la Ligue des Familles, dans son édition du 20 avril. Les parents interrogés reconnaissent qu’ils privilégient la voiture en toutes circonstances. Six parents sur dix l’utilisent tous les jours pour les déplacements vers l’école et davantage encore pour les activités extrascolaires. Mais ils aimeraient que ce soit moins le cas et ils dénoncent l’insuffisance et le manque de fiabilité des transports en commun. Ce serait même leur première préoccupation en matière de mobilité, surtout chez les familles monoparentales. Sept parents sur dix veulent plus de ponctualité et des transports plus fréquents, surtout le soir et le week-end. Cela suffirait-il à changer les modes de déplacements ? Et l’alternative se situe-elle seulement au niveau des transports en commun ? Un chiffre dans le sondage de la Ligue des Familles pose question : à peine 35% des parents laissent leur enfant aller seul à l’école à partir de dix ans et 52% le font à partir de 13 ans. Il y a quinze ans, dans les années qui ont suivi l’affaire Dutroux, c’était pire, nuance François Bertrand, chargé d’étude à la Ligue des Familles.

Il est utile de rapprocher ces chiffres d’autres, issus d’une enquête « mobilité scolaire », menée par la Région wallonne, il y a cinq ans. Un enjeu de taille pour la Région car aux heures de pointe, les déplacements scolaires représentent près d’un tiers de tous les déplacements. L’enquête fait la différence entre les déplacements des enfants à l’école primaire et secondaire et, surtout, elle se penche sur les raisons des choix opérés par les parents. Et là, on constate des choses parfois surprenantes.

Le « tout à l’auto » est une évidence pour les enfants en primaire : 73% des enfants sont conduits en voiture et le plus souvent comme unique passager. Le deuxième mode de déplacement est « à pied » ( 19%). Quelle que soit la province étudiée, les transports en commun font pâle figure : moins de 3% des déplacements.  L’école primaire n’est pourtant pas si éloignée du domicile. Pour plus de 70% des personnes interrogées, la distance est égale ou inférieure à 4km et pour 35%, elle est même inférieure à un kilomètre. Mais cela ne change pas grand-chose dans la manière de se déplacer. Si l’école est à moins d’un kilomètre de la maison, la moitié des enfants s’y rendent à pied et l’autre moitié…en voiture (ne parlons pas du vélo, les chiffres sont dérisoires). Et pour des distances inférieures à 4 km, la voiture l’emporte haut la main.

Un sentiment d’insécurité sur le chemin de l’école

Pourquoi les enfants ne vont-ils pas à pied ou à vélo à l’école lorsque la distance est « raisonnable » ? Parce que c’est « trop dangereux », c’est la raison donnée par la plus grande majorité des parents. Comment interpréter ce sentiment d’insécurité ? Et les parents n’y contribuent-ils pas en utilisant eux-mêmes massivement la voiture ? Si un dispositif de transport scolaire performant était mis en place, six parents sur dix renonceraient alors à l’usage de leur voiture, mais cela reste une courte majorité.

Les comportements évoluent (un peu) pour les adolescents qui fréquent l’école secondaire. La voiture reste le mode de transport privilégié (44,5%) et le bus arrive en seconde position (25%). On constate aussi que la distance moyenne entre le domicile et l’école s’agrandit. Elle est le plus souvent de 4 à 12 km. On a interrogé les jeunes sur les raisons pour lesquelles ils ne vont pas à pied ou à vélo à l’école lorsque celle-ci n’est éloignée que de 4 km. La majorité évoque les conditions climatiques. Face à la pluie, le froid ou la grande chaleur, la voiture est considérée comme étant le moyen le plus confortable de se déplacer. Et les transports en commun ? On les rejette surtout parce que le voyage « prend trop de temps » et « parce que les horaires ne sont pas adaptés ».

Sur ce point, il y a consensus avec l’expérience des parents interrogés par la Ligue des Familles qui dénoncent l’offre insuffisance en matière de transports en commun. Il faut, disent les parents, un investissement des pouvoirs publics dans ce domaine et 54% aimeraient que la fameuse redevance kilométrique imposée aux poids lourds serve à financer aussi les transports en commun.

Les réponses aux carences des transports publics ne sont pas aussi simples. Le 14 avril, la Ligue des Familles a confronté des experts en mobilité aux chiffres de son sondage. Jean-Marie Halleux, chargé de cours au département « géographie économique » de l’ULg, a constaté qu’on peut certes tenter d’agir sur l’offre en développant les réseaux de transports en commun, « mais les performances économiques et écologiques sont faibles. En dehors des agglomérations, il n’y a pas toujours une clientèle suffisante et faire rouler les bus engendre peu de recettes. »  Une analyse confirmée par le représentant des TEC. Les TEC estiment à 30% la diminution du nombre d’ élèves-voyageurs d’ici 2020, explique François Bertrand. Une baisse qui s’explique…  par l’utilisation croissante de la voiture pour les déplacements scolaires. Pour les parents et les élèves, les bus ne sont pas assez rapides… mais ils ne le sont pas à cause de l’accroissement du trafic automobile.

C’est un peu donc le serpent qui se mord la queue. Lors de la journée d’étude, le représentant des TEC s’est dit très conscient des lacunes des transports en commun en matière de fréquence et de desserte des zones rurales et périurbaines. Mais si les TEC promettent d’augmenter l’offre en soirée, pendant le week-end et les vacances (ce qui est important pour les activités extrascolaires), ce ne sera pas le cas pour les zones jugées non rentables. Là, on doit s’attendre à la mise en œuvre d’un TEC à la demande, sorte de taxi collectif, qui circulera lorsque plusieurs voyageurs feront appel à lui via des bornes interactives. Pas sûr que cela arrangera la situation des parents habitant des communes déjà mal desservies.

Il faudra donc compter sur d’autres moyens, comme le covoiturage qui devrait aussi contribuer à réduire les embouteillages autour des écoles. Dans le sondage, près d’un parent sur deux (cela reste une minorité) est favorable à des « zones pacifiées » autour des écoles, c’est à dire des zones sans arrêt ni stationnement. « Les gens ciblent les comportements négatifs des autres, relève François Bertrand. Mais ils sont aussi conscients d’y participer. »

 

Martine Vandemeulebroucke, responsable du secteur Communication