Actualité: Coronavirus - Confinement, Obligation scolaire

Du rebond épidémique de novembre à la stagnation de décembre

Du rebond épidémique de novembre à la stagnation de décembre
Le premier trimestre de l’année scolaire s’est achevé sur un regain alarmant de l’épidémie. Le deuxième sur une stagnation des chiffres de la contamination tout aussi inquiétant. De quoi sera faite la vie des écoles en 2021?

Le Comité de concertation du 30 octobre 2020

Le 30 octobre 2020, le Comité de concertation (CODECO) qui réunit les responsables politiques du gouvernement fédéral et des entités fédérées prend une série de mesures d’urgence. La situation, en effet, se tend et une deuxième vague de contaminations grandit de manière exponentielle. Entre le 20 et 26 octobre, la Belgique enregistre 15.316 nouveaux cas. Au 30 octobre, le taux d’incidence s’établit à 1609 cas par 100.000 habitant·e·s, soit une augmentation de 186% par rapport à la semaine qui précède. Les admissions à l’hôpital atteignent une moyenne quotidienne de 618 dans les sept jours qui précèdent, soit une hausse de 77%. 6.187 personnes sont alors hospitalisées pour cause de covid-19 (+4%), dont 1.057 en soins intensifs (+9%). Durant la même période, 79 personnes décèdent par jour en moyenne (Le Soir, le 30 octobre 2020). Tous ces chiffres seront largement dépassés dans les semaines qui suivent. Les mesures de confinement sont renforcées dans un plan d’action que le Premier Ministre caractérise comme des «mesures de la dernière chance» pour éviter l’implosion des services hospitaliers. C’est la douche froide:

– Un seul contact rapproché est permis par famille par semaine (les personnes isolées peuvent avoir un deuxième contact, mais pas en même temps);

– à l’extérieur, les rencontres peuvent réunir 4 personnes au maximum;

– les commerces non essentiels doivent fermer;

– il reste possible de se faire livrer ou d’aller chercher des commandes (Take-Away) dans les restaurants; les hôtels restent ouverts, mais les repas doivent désormais être servis dans les chambres;

– les métiers de contacts non médicaux (coiffeur·se·s, salons de beauté, massages, etc.) sont interdits;

– le télétravail est obligatoire. S’il n’est pas possible, le masque et la ventilation sont requis;

– les enterrements sont limités à maximum 15 personnes, les repas sont prohibés;

– les lieux de prière restent ouverts mais aucun service religieux ne peut avoir lieu. Les rassemblements qui s’y dérouleraient ne peuvent excéder 4 personnes, moyennant le port du masque et le respect des distances;

– les mariages ne peuvent avoir lieu qu’en présence des époux et des témoins;

– les séjours dans les parcs récréatifs (parcs d’attractions, zoos, etc.) sont interdits.

Pour l’enseignement et l’accueil de la petite enfance, les mesures ne sont pas moins strictes:

– Les écoles sont fermées jusqu’au 15 novembre et les vacances d’automne prolongées pour les élèves d’une semaine;

– dans l’enseignement secondaire, les élèves des 2e et 3e degrés suivent un enseignement en présentiel à maximum 50% jusqu’au 1er décembre au moins. Il est prévu d’évaluer à cette date la situation pour déterminer si le présentiel à 100% est de nouveau possible;

– dans le supérieur, l’enseignement à distance devient obligatoire jusqu’au 1er décembre pour les étudiant·e·s de première année et jusqu’à la fin de l’année civile pour les autres;

– les crèches restent ouvertes.

Toutes ces mesures, devenues presque banales dans le contexte de l’épidémie, sont loin d’être anodines et ont un impact significatif sur les droits humains fondamentaux inscrits dans la Constitution: la liberté de circuler, de s’associer, les droits civils, les droits liés à l’exercice du culte, le droit à l’enseignement.

Les mesures spécifiques à l’enseignement obligatoire

Les mesures dans l’enseignement obligatoire sont traduites dans la circulaire n°7816 datée du 31 octobre 2020 pour l’enseignement secondaire et 7817 pour l’enseignement fondamental[1]. Les décisions s’appuient sur l’avis des experts sanitaires qui considèrent que si l’enseignement n’est pas la cause de l’accélération des contaminations, il en subit les conséquences. De même, les expert·e·s considèrent qu’il faut différencier les risques de propagation entre les enfants, les adolescent·e·s et les jeunes adultes. D’où la possibilité de différencier les mesures en fonction des classes d’âge dont les besoins et la capacité d’apprendre de façon autonome sont variables.

La gravité de la situation est sanctionnée par le passage de l’enseignement fondamental et secondaire en code rouge tel que défini dans la circulaire n°7796, à partir du 16 novembre et jusqu’à la fin de l’année civile au moins (la mesure sera prolongée jusqu’à la mi-janvier au moins en décembre). Cela signifie que si les enfants du fondamental sont à 100% présents à l’école, il n’en va plus de même pour les élèves du secondaire: leur présence est limitée à 50% de la population habituelle pour les élèves des 2e , 3e et 4e degrés (dans l’enseignement spécialisé, l’hybridation est mise en œuvre lorsque c’est possible en tenant compte des spécificités et des besoins des élèves). Important: les modalités de mise en œuvre de l’hybridation sont laissées à l’appréciation des équipes éducatives moyennant le respect de quelques balises définies dans la circulaire n°7816:

50% de la population scolaire globale des 2e , 3e et 4e degrés d’enseignement peut être présente simultanément à l’école moyennant le fait que: «chaque élève dispose d’un temps minimum de cours donnés en présentiel à l’école (exemples: cours en présentiel deux/ trois jours par semaine ou une semaine sur deux); certains groupes ou certaines années (ou phases dans l’enseignement spécialisé) peuvent faire l’objet d’un temps en classe plus important, avec une attention particulière aux publics en difficulté scolaire et aux publics vulnérables (en particulier dans le spécialisé) ainsi qu’aux cours de pratique professionnelle dans le qualifiant et dans le spécialisé; l’école doit s’assurer que tous les élèves disposent d’un accès aux contenus étudiés à distance. Les élèves qui ne disposent pas de l’équipement numérique nécessaire à domicile sont accueillis dans des locaux de l’école ou dans un des lieux répertoriés dans la circulaire 7793[2] ».

Par ailleurs, les «stratégies de différenciation et d’hybridation doivent être mises en œuvre, en veillant à ce que: un suivi soit accordé à tous les élèves en tenant compte de leurs conditions de travail à domicile; des contenus à distance soient effectivement proposés dans les matières qui s’y prêtent en tenant compte de la capacité des élèves à travailler en autonomie; ces contenus se concentrent sur des apprentissages correspondant à des ‘essentiels’; une coordination soit assurée entre les enseignants pour que les apprentissages à distance soient proportionnés dans leur volume et dans le temps à y consacrer par les élèves mais aussi qu’ils prennent des formes diversifiées en prenant en compte le temps passé devant l’écran.» Reste la question des stages dans l’enseignement qualifiant et en alternance qui reste pendante même si une tolérance est laissée aux écoles quant à la conclusion d’accords de stages avec des employeurs ou de leur remplacement par des activités intramuros.

Aspect important, la circulaire de la Ministre de l’enseignement, Madame Caroline Désir, informe les écoles que l’enseignement a été reconnu comme profession essentielle au même titre que les métiers de la santé par exemple. La conséquence immédiate de cette reconnaissance est le raccourcissement de la quarantaine à 7 jours pour tous les membres du personnel asymptomatiques. Il sera intéressant de noter si, ce caractère essentiel reconnu, les enseignant·e·s auront, ou non, accès aux premiers vaccins lorsqu’ils seront disponibles et selon quelles modalités.

Notons par ailleurs que les internats peuvent poursuivre leur mission en code rouge mais, avec de sérieuses limitations. Les internats du réseau WBE servent de modèle dont les autres pouvoirs organisateurs sont invités à s’inspirer: «lorsque leurs cours se font en présentiel, les élèves/internes/résidents sont accueillis normalement; lorsque leurs cours se font à distance, un accueil est prévu pour un nombre très limité d’élèves/internes/résidents (…), en dehors des heures normales d’ouverture de l’internat, du home d’accueil ou du home d’accueil permanent. L’école et l’internat, le home d’accueil ou le home d’accueil permanent étudient les possibilités d’accueil en journée.» Cet accueil est réservé aux élèves qui en ont le plus besoin: les élèves résidants sur décision du SAJ ou du SPJ; les élèves dont le besoin de soins dépasse la capacité de la famille; les élèves dont les parents travaillent dans des secteurs cruciaux ou exercent une profession essentielle; les enfants et les jeunes qui ne font pas partie des catégories précédentes mais éprouvent un grand besoin d’accueil laissé à l’appréciation des pouvoirs organisateurs

Rebond épidémique et stagnation des chiffres

Les mesures sévères adoptées fin octobre donnent des résultats suffisamment encourageants pour que le Comité de concertation décide le 27 novembre la réouverture des magasins non essentiels à partir du 1er décembre moyennant un protocole très strict. Mais les fêtes de fin d’année seront réduites à la portion congrue en tout petit comité.

Malheureusement, début décembre, les chiffres de l’épidémie cessent de diminuer et commencent à stagner, alors que le niveau épidémique reste inquiétant. Les expert·e·s restent prudent·e·s sur les causes du phénomène: la réouverture des écoles une quinzaine de jours plus tôt, la réouverture des magasins, le respect moins strict du télétravail ou du confinement, l’arrivée progressive du froid hivernal?

Au cours de la période du 1 décembre au 7 décembre, 15157 nouveaux cas sont diagnostiqués. Parmi ces 15157 nouveaux cas, 9080 (60%) étaient rapportés en Flandre, 4724 (31%) en Wallonie, dont 63 cas pour la communauté germanophone, et 1133 (7%) à Bruxelles. (Source: CNR, laboratoires cliniques et plateforme nationale. Publication de Sciensano).

Le nombre quotidien de décès reste élevé avec près de 100 décès par jour.

Plus inquiétant, le nombre de décès touche désormais, certes dans des proportions différentes, toutes les catégories d’âge. Si les plus de 65 ans paient toujours un lourd tribut au covid-19, les tranches d’âge correspondant aux actif·ve·s sont également impactées. Faut-il parler de contamination intergénérationnelle? On ne le sait pas, mais la question repose avec acuité la question de l’ouverture des écoles: les jeunes pourraient-ils se contaminer les uns les autres, être asymptomatiques et transmettre le virus dans le cercle familial? Des études sont en cours pour essayer de le déterminer.

Quoi qu’il en soit, les chiffres restent trop élevés, surtout dans la perspective des contacts nombreux qui risquent de résulter des fêtes de fin d’année, compte tenu du niveau d’occupation des lits covid-19 dans les hôpitaux en décembre, pour se permettre de ramener les élèves à 100% en présentiel. Environ 250 hospitalisations par jour sont, en effet, encore à déplorer au début du mois de décembre.

Tout cela conduit les gouvernements wallons et bruxellois à prolonger le couvre-feu de 22H à 6H du matin jusqu’au 15 janvier, en ce compris la nuit du 31 décembre. Le soir de Noël, toutefois, le couvre-feu ne commencera qu’à minuit. Pour l’enseignement également, les mesures sont prolongées, au moins jusqu’à la mi-janvier et les règles sont adaptées dans la circulaire n°7867[3] pour l’enseignement fondamental et n°7868 pour l’enseignement secondaire.[4]

Rien, non rien vraiment, ne présage un retour à la normale pour la deuxième partie de l’année scolaire 2020 – 2021.

Patrick Hullebroeck, directeur


[1] Circulaire n°7816 du 30/10/2020 «Covid-19 -Organisation de la vie scolaire en contexte de crise sanitaire -suite du Comité de concertation (CODECO) du 30 octobre 2020»; Circulaire n°7817 du 31 octobre 2020 «Covid-19 -Organisation de la vie scolaire en contexte de crise sanitaire -Suite du Comité de concertation du 30 octobre 2020».

[2] Circulaire n° 7793 du 20 octobre 2020 «Répertoire des lieux accessibles aux élèves pour un enseignement à distance».

[3] Circulaire 7867: «Covid-19 – Organisation de la vie scolaire en contexte de crise sanitaire – suite de l’évaluation de la situation sanitaire du 1er décembre 2020 enseignement fondamental» (parue le 08-12-2020)

[4] Circulaire 7868 du 08/12/2020 «Covid-19 – Organisation de la vie scolaire en contexte de crise sanitaire -suite de l’évaluation de la situation sanitaire du 1er décembre 2020 enseignement secondaire»