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Dernière chronique (inter)culturelle avant la prochaine Hommage à ZongBao

Dernière chronique (inter)culturelle avant la prochaine Hommage à ZongBao

Selon l’étymologie, le mot «mixité» – «mixtus»: «mêler», «mélanger» – trouverait son origine dans son opposition au mot «fixité», état de ce qui est fixe.

Partant de ce postulat, je peux affirmer que mes rendez-vous didactiques hebdomadaires étaient fixes.

Le local était fixe.

Tout comme les horaires, fixes.

Et le groupe de participant·e·s, peu mixte… Jusqu’en mars 2019, le groupe était constitué en majorité de femmes marocaines, musulmanes, femme au foyer, souvent mère de famille, âgée de 25 à 40 ans.

Puis vint, ZongBao. Homme, chinois, sans religion revendiquée, 60 ans. Portant à lui seul toute la responsabilité transitoire du groupe de fixe à mixte!

Discrètement, il m’expliqua avoir quitté Shanghai environ deux décennies plus tôt et n’avait que peu pratiqué le français depuis, car il avait été en charge du nettoyage dans un hôtel tenu par un chinois près de la Gare du Nord. Cela pendant quinze ans.

Les autres apprenant·e·s, uniquement des femmes marocaines, le trouvaient « mignon ». Pas du tout la réaction constatée lorsqu’un homme musulman tentait de suivre les cours.

Si les plus ancien·ne·s connaissaient ma tendance à troquer les procédés alternatifs d’apprentissage du français pour une bonne vieille méthode traditionnelle, ZongBao ne l’envisageait pas autrement. Son élocution et sa phonétique étaient largement en-dessous du niveau du groupe mais son orthographe était, étonnamment, presque impeccable. Pas surprenant finalement vu le temps qu’il passait les yeux rivés dans son dictionnaire à traduire absolument tout ce qu’il entendait ou lisait.

Plus tard, je sus que les enfants chinois apprenaient à écrire durant de longues années. Ils traçaient des lignes de sinogrammes jusqu’à maîtriser les milliers de caractères. L’habileté du geste graphique de ZongBao provenait sans doute de là.

Sa capacité de travail était impressionnante, si bien qu’il fit presque un sans faute au test de fin d’année. Je le réorientai vers une structure plus exigeante.

Il ne lira certainement pas la reconnaissance que je lui témoigne ici mais ce fut néanmoins une expérience très enrichissante pour moi d’envisager la didactique du français comme langue étrangère avec une personne comme lui.

 

Pamela Cecchi, formatrice au secteur interculturel de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente

Dans le cadre de ses missions de Cohésion sociale, l’équipe du secteur Interculturel de la Ligue donne des cours de français à des adultes dans 6 communes bruxelloises. Ces cours sont un lieu d’apprentissage mais aussi et surtout un lieu de rencontres. L’équipe partagera donc régulièrement des petites tranches de vie glanées au fur et à mesure de ces rencontres… Avec légèreté, une pointe de second degré et d’humour et une grande dose d’humanité! Illustration: Pauline Laurent