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Belgique, à quand la reconnaissance du féminicide et du droit des femmes à une vie sans violence ?

Belgique, à quand la reconnaissance du féminicide et du droit des femmes à une vie sans violence ?

« Lutter contre les féminicides passe par la reconnaissance dans l’arsenal juridique de la spécificité du féminicide », un combat relancé aujourd’hui par la coprésidente d’Ecolo Zakia Khattabi, suite à ce double meurtre perpétré samedi à Herstal où une mère et sa fille ont été égorgées.

Zakia Khattabi et son groupe souhaitent que la Belgique intensifie sa lutte contre les violences faites aux femmes en reconnaissant de toute urgence le féminicide, tant au niveau de notre justice que du travail d’accompagnement et de signalement que réalisent la police. En Amérique latine, de nombreux pays sont parvenus à rendre l’État juridiquement responsable de ces violences, car incapable de protéger la vie des femmes. Quid de la Belgique ?

En 2017, 38 femmes ont été tuées en Belgique à cause de violences machistes et déjà 14 à dénombrer pour ce début 2018, selon la plate­forme Mirabal Belgium, qui fédère des associations féministes belges. Pour l’Organisation mondiale de la Santé, le féminicide est « tout meurtre de filles ou de femmes au simple motif qu’elles sont des femmes ». Ces meurtres ou assassinats sont donc des crimes de genre, des crimes misogynes, de haine contre les femmes. Les féminicides concernent tous les âges et toutes les cultures. Les modes opératoires peuvent varier : coups de couteau, égorgement, étranglement, tir par balle…

Où en est la Belgique ?

En 2016, la Belgique signe la Convention d’Istanbul qui prévoit de lutter contre toutes les formes de violence à l’égard des femmes et à tout mettre en œuvre pour protéger les femmes de violences machistes. Par ailleurs, une « résolution condamnant le féminicide » avait été adoptée le 10 juin 2016 par le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale. Un texte qui qualifie de féminicides les violences à l’égard des femmes et élargit le champ sémantique à l’hétérosexualité forcée. Le texte appelait déjà le gouvernement fédéral à ériger le féminicide en infraction pénale.

Aujourd’hui, la coprésidente d’Ecolo  interpelle le gouvernement fédéral et lui demande de faire de cet enjeu une priorité de sa politique criminelle en reconnaissant la spécificité du féminicide tant au niveau de la justice que de la police. « Il faut que les policiers soient formés à l’accompagnement des signalements de violences faites aux femmes. Il est temps de se doter de moyens d’agir dès que la menace existe pour ne pas avoir à réagir quand il est trop tard« .

Que fait-on ailleurs ?

En novembre 2016, le magazine féministe belge Axelle faisait le point sur les avancées en la matière dans les autres pays d’Europe. Il en ressort que « Malgré la ratification de la Convention d’Istanbul par 18 États membres du Conseil de l’Europe, ce crime spécifique assorti d’une peine spécifique n’existe dans aucun pays. L’Italie et l’Espagne ont toutefois intégré le féminicide en 2013 dans leurs Codes pénaux. En France, la question est toujours ouverte ». Pour sûr, l’envie de s’exprimer et de se positionner par rapport à ces violences est forte, notamment dans la presse. Le journal sportif français L’Équipe, publiait ce 26 mars dernier le témoignage d’une femme battue, ex-compagne d’un footballeur professionnel. Ce choix de une consacrée aux violences conjugales, de la part d’un magazine sportif, a beaucoup fait parlé et plutôt en bien notamment sur les réseaux sociaux.

Le Maroc est actuellement traversé par une vague de violences à l’égard des femmes. Des hommes agressent sexuellement des femmes et filment leurs agressions qui sont ensuite diffusées sur le Net. Le Parlement marocain a adopté à la mi-février une loi contre les violences faites aux femmes, qui incrimine pour la première fois « certains actes considérés comme des formes de harcèlement, d’agression, d’exploitation sexuelle ou de mauvais traitement ». Mais le texte a toutefois été jugé trop léger par les mouvements de défense des droits des femmes.

Origines latines du féminicide

Dans son article de novembre 2016, le magazine Axelle revenait également sur les origines du terme féminicide. « Ce néologisme a fait son apparition en 1992 dans le livre de la féministe sud-africaine Diana Russell : Femicide. The Politics of Woman Killing (écrit avec Jill Radford). C’est d’abord en Amérique latine que ce concept s’est développé, notamment grâce aux enquêtes menées par des féministes afin de faire la lumière sur les meurtres de Ciudad Juárez[1] ». Près de 1.500 femmes ont été violées et tuées entre 1993 et 2011 à Ciudad Juárez au Mexique. Marcela Lagarde est élue députée eu parlement mexicain en 2003. Elle créera une commission spéciale pour étudier le phénomène et chercher des solutions. Une loi sera promulguée en 2007. Elle vise à protéger le droit des femmes à une vie sans violence, qu’elle soit communautaire, institutionnelle, éducative et professionnelle. Cette reconnaissance a d’ailleurs permis de rendre l’État juridiquement responsable, car incapable de protéger la vie des femmes. D’autres pays ont suivi le même chemin juridique, comme le Costa Rica en 2007, le Guatemala en 2008, le Chili et le Salvador en 2010, le Pérou en 2011, l’Argentine et le Nicaragua en 2012, le Honduras en 2013 et le Brésil en 2015.

Plus d’informations :

http://www.axellemag.be/feminicide/

[1] http://www.axellemag.be/feminicide/