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Après l’école? Des projets innovants pour une insertion socioprofessionnelle

Après l’école? Des projets innovants pour une insertion socioprofessionnelle
Le parcours des jeunes placés dans l’enseignement spécialisé peut être semé d’embûches. Après une scolarité en dehors des sentiers battus, comment s’effectue la transition vers la vie active?

Le passage vers le monde professionnel est source de nombreux questionnements pour les élèves. Dans quelle voie se lancer? Comment se former? À qui s’adresser? Nombre de questions que les jeunes issus de l’enseignement spécialisé se posent également, avec parfois de grandes appréhensions. Afin de les accompagner dans ce cheminement, de nombreuses initiatives ont vu le jour.

Nous avons rencontré Marco Giannoni et Catherine Demoulin de l’asbl SOS JeunesQuartier Libre AMO (Aide en Milieu Ouvert), située à Ixelles, qui ont mis sur pied un projet de transition pour les jeunes de l’école Edmond Peters[1].

Éduquer: Quelle est la genèse du projet?

Catherine Demoulin: De nombreux jeunes, ayant terminé leur cursus scolaire à l’école Edmond Peters, revenaient régulièrement vers nous avec beaucoup de questions et d’incertitude quant à leur avenir professionnel. Il leur était difficile d’avoir accès à des informations pertinentes, à des lieux d’accueil où ils se sentaient bien accueillis. Une fois l’école terminée, ces jeunes se trouvaient perdus dans des grosses structures liées à l’emploi où l’accueil y est plus impersonnel qu’à l’école.

Éduquer: Quelle était la situation de ces jeunes?

C.D: On s’est rapidement rendu compte qu’il y avait une grande méconnaissance des jeunes quant au monde du travail. Ils revenaient systématiquement avec des informations erronées et, au final, ne savaient plus se positionner. Et jusque là, ils avaient été encadrés par l’école, maintenant, ils devaient se débrouiller seuls. Réciproquement, on s’est rendu compte que le secteur de l’insertion socioprofessionnelle ne connaissait pas la réalité de l’enseignement spécialisé. Au final, on était face à une situation de méconnaissance mutuelle qui engendrait un immobilisme assez fort. De ce constat est née l’idée d’accompagner des jeunes issus de l’enseignement spécialisé vers la vie active.

Éduquer: Les jeunes n’étaient donc pas suffisamment préparés à leur entrée dans la vie active?

C.D: Des séances d’information sont tout de même organisées à l’école, par les centres PMS, en partenariat avec le secteur de l’insertion socioprofessionnelle (Le Phare, Actiris…) pour les écoles spécialisées, mais ces dernières sont souvent perçues comme trop denses et obscures par les jeunes. Suite aux échecs de ces séances, l’AMO a proposé de mettre sur pied des séances d’information et de rencontres plus adaptées à ce type d’enseignement. L’idée était de créer un espace pour réfléchir à ce qui se passe après l’école, où on se projette dans l’avenir et où on fourni des éléments d’information permettant aux jeunes de s’orienter plus efficacement. La préoccupation majeure était de toujours s’ancrer dans la réalité des jeunes. De quoi ont-ils besoin? Qu’est-ce qui est possible après l’école? Comment avoir des personnes de contact dans les lieux ressources?

Éduquer: Quels sont les résultats de ces animations-rencontres? Comment sont-elles accueillies par les jeunes?

C.D: Il faut constamment être vigilant à l’hétérogénéité des publics issus de l’enseignement spécialisé. Il faut montrer tout ce qu’il est possible de faire mais ne pas cloisonner ou enfermer les jeunes dans des voies qui ne leur plaisent pas. Chaque élève doit avoir la possibilité de choisir de quoi sera fait son avenir. Le projet doit être porté par le jeune, ce ne doit pas être quelque chose qu’on lui impose. C’est pourquoi il est important de respecter le fait que certains jeunes n’ont pas forcément envie de chercher un emploi.

Éduquer: Avez-vous eu connaissance d’autres projets de ce type?

Marco Giannoni: Les initiatives de ce genre ont fait des petits sur le terrain, au niveau européen, ensuite à un niveau plus régional. Il y a un effet d’intérêt qui a débuté il y a plusieurs années avec une conjonction de réalités et de moyens qui a fait que certains projets ont vus le jour.

Éduquer: Y a-t-il une ligne de conduite commune dans ces différents projets?

M.G: Il y a plusieurs manières d’aborder la question de la transition des jeunes issus de l’enseignement spécialisé. Il n’y en a pas une plus légitime que l’autre. Elles doivent juste répondre à la réalité de terrain dans laquelle elles s’implantent. Il y a sans doute d’autres approches, peut-être plus spécifiques, dans d’autres écoles qui sont très intéressantes.

Éduquer: Quel est le rôle des parents par rapport à cela?

C.D: On remarque que les enfants qui jouissent d’un grand soutien parental vivent des histoires qui se déploient le mieux. Inversement, dans les familles où les parents n’ont pas les moyens de suivre et d’accompagner leurs enfants dans cette phase de transition, on constate que les jeunes peuvent être plus perdus. Certains parents associent l’école à leur propre échec scolaire, ce qui peut les inciter à ne pas participer à la vie de l’école. Par ailleurs, il n’est pas toujours évident de comprendre ce qu’est l’enseignement spécialisé, comment il fonctionne et quels sont les modes de transition après l’école.

Éduquer: Que pensez-vous de l’orientation des jeunes vers l’enseignement spécialisé?

M.G: L’AMO n’a pas de prise sur l’orientation des jeunes qu’elle accueille. Nous avons peu de pouvoir sur les mécanismes de prise de décision, sur ce moment où le choix s’opère entre l’enseignement ordinaire et le spécialisé. On constate qu’il y a des difficultés rencontrées en classe par le jeune mais on ne sait pas où elles se situent… Parle t-on de difficultés d’apprentissage, de langue?

Éduquer: Selon vous, tous ces enfants ont leur place dans ce type d’enseignement?

M.G: De là où on est, nous avons peu d’éléments pour pouvoir parler de cela. On ne peut pas se prononcer. On n’est pas compétents, en termes de diagnostic et de compétences psycho-médico-sociales, ce n’est pas notre métier et donc on ne peut donner qu’un avis tronqué. Ce qui nous importe c’est de rendre les jeunes les plus conscients possible de leur situation, et des possibilités pour la suite.

C.D: L’école attend les jeunes sur certaines compétences, à un certain moment donné de leur évolution. Cette conception de l’enseignement ne prend sans doute pas compte du jeune dans sa globalité. Pourquoi un enfant est orienté vers l’enseignement spécialisé? C’est une question difficile et délicate. Pourquoi cet enfant là? Quel est son parcours, son vécu? Certains jeunes remettent en question cette orientation. Ils ne comprennent pas pourquoi ils sont là. Ils ne comprennent pas ce choix qui, selon eux, est stigmatisant, discriminant. Ils remarquent également le fait qu’ils sont, pour beaucoup, issus de l’immigration. Par la suite, certains ont tendance à cacher le fait qu’ils sont issus de l’enseignement spécialisé par peur d’être discriminés. Dans tous les cas, on est là pour les soutenir dans ces questionnements, leur donner une place et leur offrir la possibilité d’être entendu.

Éduquer: Constatez-vous beaucoup de retour vers l’enseignement ordinaire parmi les jeunes que vous accueillez?

C.D: Nous expliquons qu’il y a la possibilité d’un retour vers l’enseignement ordinaire. Certains émettent le désir de reprendre leur cursus dans l’ordinaire, d’autres pas. Leurs parcours sont parfois difficiles. Certains obtiennent leur CESS, d’autre se réorientent vers des formations qualifiantes, d’autres arrêtent leurs études pour s’orienter vers un travail adapté. Il y a une multitude de parcours avec différentes bifurcations, des réussites et des échecs… C’est très diversifié. Ce qui nous importe c’est qu’ils puissent le vivre le mieux possible en ayant toutes les cartes en main pour mener à bien leurs projets.

Marie Versele, secteur Communication

[1] L’établissement organise un enseignement spécialisé de type 1, forme 3. Sont donc accueillis des enfants présentant un retard mental léger.


SOS Jeunes-Quartier Libre AMO

Née il y a 17 ans, SOS Jeunes-Quartier Libre AMO est un service en milieu ouvert reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le cadre de l’aide à la jeunesse. Suivant sa mission de prévention, le but de l’AMO est de travailler sur le terrain afin d’éviter les ruptures des jeunes avec leur environnement (familial, culturel, scolaire…). Travaillant sur deux axes d’intervention à travers l’aide individuelle et un travail communautaire, l’AMO met sur pied des projets permettant de relier des questionnements individuels à des projets collectifs de prévention. Dans son travail, l’AMO garde pour ligne de conduite l’accueil, l’écoute et le soutien des jeunes. Grâce à leur présence et leur écoute, les travailleurs sociaux de L’AMO ont établi une relation de confiance avec les jeunes, leur offrant un espace et une assistance tout au long de l’année.


VIDÉO: Et maintenant, que vais-je faire?

Et maintenant, que vais-je faire?

La vidéo, «Et maintenant, que vais-je faire?», est un outil créé par SOS Jeunes-Quartier Libre AMO. Utilisé lors de séances d’animation, la vidéo propose de retrouver une dizaine de jeunes fraîchement sortis de l’enseignement spécialisé, l’occasion de revenir sur leurs parcours, leurs projets, leurs ressentis. Un bel outil qui permet aux élèves de prendre mieux conscience des enjeux de «l’après-école».