Projet principal

Favoriser le dialogue et les partenariats entre les Écoles et les Familles en milieu populaire multiculturel
constitue le projet développé par le secteur Interculturel de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente

1. Contexte du projet

2. Objectifs généraux du projet

3. Le secteur interculturel

4. Partenariats

 

1. Contexte du projet

Fin des années ’70 et durant les années ’80, les militants bénévoles de la Ligue de l’Enseignement se mobilisent pour venir en soutien aux écoles publiques qui affichaient des difficultés sur le territoire des communes où la population d’origine immigrée s’implantait de plus en plus, dans les quartiers historiquement populaires et ouvriers.

Début des années ’90, des politiques bruxelloises spécifiques visant la « lutte contre l’exclusion sociale » se mettent en place, dans un contexte d’émeutes dans plusieurs communes à forte population immigrée, de crise économique et d’amplification du chômage dont on savait désormais qu’il était structurel. Pour la Ligue de l’Enseignement, on passe d’une démarche bénévole à une institutionnalisation des actions, par le biais des programmes de la Commission communautaire française (Cocof). En 2004, ces dispositifs de lutte contre l’exclusion sont fusionnés en un seul texte, le décret « cohésion sociale » (lire www.cocof.irisnet.be/site/fr/affsoc/cohesion/). Ce texte complète et élargit à l’échelle des quartiers les actions mises en place par le Secteur interculturel.

Dans ce contexte, quels sont les enjeux et problématiques que le secteur Interculturel entend rencontrer en termes de communication écoles-familles ? Sur ce volet, le travail de terrain nous a conduit à relever que les tensions et fractures entre ces deux grands pôles résultent, le plus souvent, des situations suivantes :

  • les habitudes culturelles des familles et celles des enseignants conduisent à des sensibilités différentes par rapport aux règles de comportement (rapport entre les sexes, conception de l’autorité, conception de la responsabilité des parents par rapport à la scolarité des enfants, …) ;
  • les compétences linguistiques : les parents et les enfants ne parlent pas le français ou le maîtrisent peu ;
  • l’insécurité sociale plus ou moins importante de la famille entrave le bon déroulement de la scolarité de l’enfant : difficultés financières, mauvaise hygiène de vie, précarité administrative, souffrances psychologiques liées au périple migratoire, méconnaissance de l’environnement urbain et de ses ressources, tensions intercommunautaires au sein du quartier, … ;
  • l’isolement des mères face aux problèmes d’éducation et face aux difficultés de la vie quotidienne ;
  • les effets du repli et d’une certaine crispation communautaires, notamment sur une base religieuse (dont on constate la progression ces dernières années).

En réaction, ces situations nouvelles ont conduit les écoles, à partir des années ’80, à se replier sur elles-mêmes et à perdre contact avec la réalité sociale de leur environnement. Il en résulte une série d’incompréhensions réciproques, basées sur des informations incomplètes ou fausses, compliquant davantage la communication. Ces évolutions sont d’autant plus dommageables que les liens sociaux se fragilisent localement au vu la multiplicité de populations et groupes ethniques qui sont amenés à cohabiter, à mesure que les vagues migratoires actuelles gonflent les effectifs urbains. Alors que l’école doit jouer un rôle actif dans l’intégration sociale et préparer les jeunes à faire leur place dans une société complexe et en évolution rapide.

Ainsi, dans cette approche de la cohésion sociale il convient d’agir conjointement sur l’école et le quartier, en ciblant les parents en premier lieu, les acteurs scolaires, les enfants, les populations locales ainsi que des partenaires associatifs.

2. Objectifs généraux du projet :

  • Accueillir l’enfant et sa famille : penser l’école comme un milieu de vie accueillant, ouvert sur son environnement et suscitant la participation de tous (parents, enseignants, enfants, partenaires extérieurs) ;
  • Améliorer l’image de soi des enfants : valoriser les enfants en créant des situations réussies d’expression et des espaces de créativité et de développement personnel et collectif ;
  • Consolider le partenariat local : mettre en commun les énergies et les compétences de tous les acteurs pour soutenir l’école dans la réalisation de ses objectifs. Ce qui amène donc, selon les contextes, à organiser des projets dans le quartier avec la collaboration d’associations locales – fêtes, actions citoyennes, visites de structures sociales, de lieux culturels, mise en place de projets vidéos, d’une journal populaire de l’école et du quartier, etc. ;
  • Consolider le tissu social entre personnes de cultures et de générations différentes ;
  • Développer l’autonomie et la confiance en soi des femmes : familiariser les mères avec les ressources du quartier : maison médicale, planning familial, services sociaux, bibliothèque, ludothèque, ateliers d’informatique, administrations locales et autres institutions publiques… ;
  • Lutter contre l’enfermement communautaire et la solitude en favorisant l’émancipation des individus : amener les parents à devenir des acteurs de terrain, en les impliquant dans des projets dans l’école et dans le quartier, leur permettant d’acquérir les compétences nécessaires à la réalisation de ces actions.

3. Le secteur Interculturel

Le secteur interculturel c’est avant tout une équipe. Plus encore : une équipe tous terrains qui se compose d’animatrices et animateur dynamiques, rassemblant de multiples compétences, porteurs de bagages riches et issu/-es d’horizons divers. Au quotidien, ce qui la caractérise est d’emblée sa dimension mobile : chacun et chacune réalisent des projets dans l’école et l’environnement social que constitue le quartier. Ce mode de fonctionnement requiert des capacités d’écoute, d’ouverture, d’analyse et de souplesse pédagogique importantes, par la diversité des partenaires et des interlocuteurs avec lesquels notre équipe est amenée à collaborer.

Mobilité et souplesse constituent deux aptitudes spécifiques à notre travail, conférant un regard et une posture propres à nos intervenants : celui de l’entre-deux. Ni acteurs scolaires stricts, fonctionnant uniquement dans l’école, ni structure associative ancrée localement (avec des bureaux, des heures d’ouverture, des locaux d’accueil et d’activités), de ce fonctionnement et la complexité qui en résulte, nous avons résolument fait une spécificité.

Une équipe pleine de projets

Des activités récurrentes et de nombreux projets ponctuels réalisés sur un court, moyen ou long terme sont ainsi développés dans une quinzaine de quartiers, répartis sur huit communes de la Région bruxelloise. Une petite vingtaine d’écoles accueillent donc nos animatrices et animateur. L’équipe du Secteur interculturel – une douzaine de personnes, encadrées par un coordinateur et une assistante – reste attentive aux besoins, problèmes ainsi qu’aux propositions des instituteurs et institutrices, des directions et, bien sûr, des parents.

Une équipe attentive aux changements

L’équipe reste attentive aux évolutions sociales vécues dans nos quartiers populaires au fil des années : nouvelles migrations, besoins non rencontrés par les interlocuteurs institutionnels, besoins des familles en fonction de leur situation sociale et administrative, évolution dans les écoles, …

Ce travail se fait à deux niveaux complémentaires :

  • par l’équipe de terrain, grâce à ses contacts réguliers avec les publics et ses réalités sociales (les enseignants, les acteurs de l’école et les parents, les enfants, ainsi que les partenaires de terrain) ; de même que lors de réunions d’échange et d’analyse collective en équipe ;
  • par la coordination, tant de façon analytique et prospective qu’en relation avec des acteurs institutionnels ou associatifs spécialisés dans les problématiques qui traversent les champs du décret cohésion sociale : l’accueil des primo-arrivants, alphabétisation, la formation, les projets de revitalisation urbaine, les aînés et les rapports entre générations, les enjeux sociaux de la laïcité, l’intégration des familles Roms dans l’école, l’accès aux droits fondamentaux pour les femmes immigrées ou descendant de l’immigration ; ou l’acquisition, par nos publics, de compétences en lien avec leur besoins et leurs attentes, etc.

Semblable positionnement s’inscrit, faut-il le rappeler, dans l’approche qui fonde les missions de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente : en même temps qu’une action de terrain ancrée dans les réalités sociales des quartiers populaires, il s’agit de produire une réflexion appuyée sur une analyse qui embrasse les dimensions sociopolitiques du monde scolaire contemporain. Enfin, de proposer des ressources pédagogiques assorties d’une réflexion qui font le lien entre ces deux grands domaines.

Formation continue

Pour rencontrer les défis de notre société en mutation et les compétences que demande un travail exigeant, notre secteur a développé depuis longtemps une politique de formation continue.

Ainsi, notre équipe est formée aux méthodes et approches suivantes :

  • l’alphabétisation, avec « Pourquoi pas ! », une approche dite structuro-globale audiovisuelle ;
  • le secourisme ;
  • la conception, gestion et l’évaluation de projets ;
  • la gestion des conflits articulée à la gestion du stress.

Pour l’année 2009, les formations « Alphabétisation en lien avec la conception, la gestion et l’évaluation de projets » ainsi que la formation relative à la « Gestion des conflits et la gestion du stress » ont été organisées grâce au soutien financier du Fonds social des Secteurs Socioculturel et Sportif (CP 329.02)

4. Partenariats

Bien que le projet du Secteur interculturel constitue en soi un partenariat entre les écoles communales et la Ligue de l’Enseignement, à l’intérieur de ce partenariat structurel, une série de projets de terrain se basent également sur une collaboration partenariale.

Le partenariat est une collaboration concrète, basée sur la mise en commun de compétences, de méthodes, d’outils techniques, d’espaces (infrastructures) ou de démarches faisant converger des objectifs, en termes d’amélioration de la cohésion sociale. À cette occasion une convention peut être établie, qui précise les moyens (matériels, financiers, …), buts, rôles respectifs, méthodes ainsi que les délais de cette collaboration. Certains partenariats s’étalent sur une ou plusieurs années (voir, par exemple, le projet « Grundtvig »), d’autres sur un mois ou deux ; d’autres, enfin, sur quelques séances d’animations.

D’autres encore se démarquent par l’ampleur du projet. C’est le cas d’événements comme la préparation d’une fête de quartier (Place Bethléem à St-Gilles, par ex.), une fête de rue (la « Ransfiesta », fête annuelle de la rue Ransfort à Molenbeek) ou la fameuse « Zinneke Parade », à laquelle plusieurs de nos animatrices ont participé pour les éditions 2004 à Saint-Gilles, 2006 et 2008, à Etterbeek.

Des collaborations ont lieu avec des associations des quartiers, des institutions (les CPMS, les centres de santé communautaire), des habitants, des acteurs de la vie locale (PME, commerces de proximité, asbl), mais encore des services communaux et leurs agents (service citoyenneté, participation, antennes scolaires, lutte contre le décrochage scolaire, service logement, contrats de quartier).

Deux exemples :

L’École n°5 à Molenbeek et les « contrats de quartier » :

des classes rencontrent les acteurs des contrats de quartiers des environs : « Heyvaert », « Écluses-Lazare », voire le vaste projet de la Gare de l’Ouest (appelé une « ZIR », pour zone d’intérêt régional). Depuis plusieurs années, des groupes-classes se mobilisent pour découvrir ces contrats de quartier qui jalonnent l’environnement de l’école, située dans le quartier « Duchesse ». Pour ce faire, ils ont développé au fil des numéros du Chouette Journal (le « Journal populaire de l’école et du quartier ») de réelles collaborations avec les équipes communales ou les institutions qui gèrent ces programmes de revitalisation urbaine.

Toujours à Molenbeek, l’accueil des mères roms et roumaines à l’école n°7, avec la collaboration d’une médiatrice interculturelle du Foyer, Mihaela Mihai, une association ayant mis en place un service orienté vers les besoins des populations Roms à Bruxelles (les Roms sont des Tsiganes d’Europe de l’Est, arrivés ces dernières années en Belgique ; à Bruxelles une partie importante viennent de Roumanie) – www.foyer.be